La jeunesse d’hier à aujourd’hui

Un témoignage de George Pezeron,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

Le rapport avec les parents


« Avec mes parents, j’avais de bonnes relations. Mon père est décédé, j’étais très jeune mais avec ma mère, ça allait bien. On était une famille nombreuse, il y avait, des fois, des petites querelles de gamins. C’était un cocon familial. J’ai entendu des endroits où l’enfant n’a pas le droit de tutoyer ses parents alors que là, moi, je n’ai jamais connu ça. J’étais dans une famille où il y avait onze enfants et on était libres de nos opinions. On disait ce qu’on pensait.


L’école et les loisirs


Je suis allé à l’école jusqu’à 16 ans, je crois. En ce temps là, le certificat d’études, c’était un diplôme, alors que maintenant ça n’existe plus. J’ai eu mon certificat et j’ai continué un peu pour arriver au BEPC. Ca n’existe plus non plus. J’ai été découragé par rapport à la vision que j’avais. C’était un handicap. En plus de ça, j’étais grand. Je ne pouvais pas être devant. Quand j’avais dix ans, j’avais la taille d’un gamin de quinze ans. On avait la même morphologie.


Après, j’étais comme un poisson dans l’eau. J’ai fait beaucoup de natation. Ca m’a développé un peu. Gamin, je n’avais pas de muscle. Un gamin qui a trop grandit. Qu’est ce qui se passe ? Il a les bras plus longs que le corps. Il faut muscler ce corps. C’est ce que j’ai essayé de faire après pour pouvoir en imposer. Pour me faire distinguer. J’aimais beaucoup le football mais comme j’avais des lunettes, ce n’était pas conseillé. Sinon, je me faisais enguirlander par ma mère. Après, j’ai fait du vélo mais c’était plus dur. A cause de mon poids. Moins un cycliste est lourd, plus ça va. Il faut garder un poids bien défini. Si vous êtes trop lourd, c’est un handicap. Si vous êtes trop léger, vous ne tenez pas assis sur le vélo. Je me suis développé comme ça. C’était à la fois sport et loisirs.


Le premier travail et la vie professionnelle


J’ai quitté l’école à 16 ans. Mon premier travail est arrivé très banalement. Je n’en avais pas envie mais je l’ai pris quand même. Quand on se fait un ami, on se rapproche de sa famille, de sa vie. La mère d’un jeune homme qui était dans ma classe travaillait dans un magasin et finalement, ils étaient prêts à s’expatrier. Le père, il est venu et m’a dit « si tu veux un job, je peux t’en trouver ». Il a bien vu que j’allais plus à l’école et que je flânais. Je ne faisais rien. Je jouais au football, me baignais… Mais je ne gagnais pas ma vie. La majorité, c’était à 21 ans. C’est lui qui m’a trouvé ce travail là. Il m’a dit « la seule chose que tu dois faire tout seul parce que je ne peux pas venir avec toi, c’est te présenter, dire que tu viens de ma part. » Alors j'y suis allé. Il m’a reçu comme il se doit et m’a dit qu’on allait faire un essai. Au bout de trois mois, il m’a dit : « je vous garde ». Ce qui l’a frappé, c’est que j’avais envie de faire quelque chose. Je me disais que pour arriver à faire quelque chose, je devais gagner l’estime de celui qui m’engagerait. Ensuite, j’ai été infirmier. Et je le suis resté jusqu’à la retraite.


La convocation au service militaire.


Mes frères ont été réformés alors que moi, qui étais plus malade qu’eux, j’ai fait mon service militaire. J’étais infirmier à l’hôpital militaire et je restais dans mon milieu. J’arrivais le matin, j’avais ma blouse. Je n’ai pas fait une armée mobile. J’étais plutôt dans l’armée de services. Mon service militaire, je l’ai fait à Montauban. Du coté de Toulouse. Le trajet pour moi, c’était la métropole. Quand j’ai été appelé au service militaire, j’étais encore à la Guadeloupe. Je venais de quitter l’école. C’est un déplacement assez important quand même. Je n’allais pas être arraché de ma famille, pas du tout, parce que j’étais bien content de partir. Quand j’avais 20 ans, pour nous, la France, c’était un pays mystérieux.


Le service militaire aujourd’hui


On ne peut pas comparer maintenant avec mon service militaire. Moi, je l’ai fait, il y a déjà 40 ans. Les temps ont changé. Si les gamins d’aujourd’hui le faisaient, on pourrait les redresser. On faisait de la tôle. La tôle, c’était uniquement pour passer la nuit dans un cabanon où il n’y a pas de matelas pour dormir. Il y avait des couvertures mais pas de matelas. Rien. Pas de traversin. Pas d’oreiller. On était couché sur les planches. Je m’en souviens encore parce que ce n’était pas confortable. Pas du tout. Il fallait que je passe 7 jours là-dedans.


La jeunesse d’aujourd’hui


Maintenant, ce serait plus difficile. De mon temps, on recevait quand même un coup de pied dans les fesses. Alors que maintenant, même un gamin de dix ans ou quinze ans, si vous le frappez d’un coup de pied dans les fesses, il va se plaindre. A l’école, maintenant, un enfant, peut insulter son professeur, alors que de mon temps, si on insultait le professeur, on recevait par le professeur en question, tout d’abord une gifle. Et après, à la maison, on recevait des coups. Même les parents, n’ont plus le droit de toucher au gamin.


Aujourd’hui, n’importe quel gamin, vous devriez lui fournir un certificat de travail, un salaire. Là bas, ce n’était pas obligatoire. On vous prenait comme apprentis. Et vous n’aviez pas de salaire. C’était différent.


La jeunesse de ses enfants, l’éducation


Je n’ai pas donné la même éducation à mes enfants que celle que j’ai reçue. Comme je vous le disais, on n’a pas le droit de toucher un enfant. Moi, j’ai reçu des coups de ceinture alors que pour mes enfants, je n’en avais pas le droit. C’est une différence dans l’éducation. Mes parents, pour nous faire comprendre quelque chose, il fallait d’abord la ceinture alors que là, c’était complètement différent. C'est-à-dire, on éduque le gamin. On lui fait comprendre si c’est bien, si c’est mal. Mais on ne le touche pas.


L’école


Je me souviens, à l’école quand on faisait une dictée : lorsqu’on faisait 5 fautes, on était nul. Aujourd’hui, on pourrait croire que les gamins sont plus intelligents. Certes, mais la France, elle est 5ème par rapport au degré de connaissance des gamins. Le gamin de 6ème ne sait pas lire, écrire et compter. C’est ce qu’ils disent en ce moment. Ils veulent contrôler les gamins. Et pourtant, l’accès aux études est plus facile aujourd’hui. J’ai trois enfants qui sont bacheliers. Ils ne sont pas allés à l’université. Mon fils est entré à la gendarmerie. Mes filles, une, programme les ordinateurs, l’autre, elle fait de l’intérim. A mon époque, quand quelqu’un avait son bac, c’était joli. On était fiers même.


Les loisirs


J’emmenais souvent mon fils au football. Des fois, je travaillais alors je ne pouvais pas mais dès que j’étais de repos, le samedi ou le dimanche, je l’emmenais avec moi. Mes filles, elles allaient à la piscine, voir les copines et tout ça. Elles n’avaient pas à se plaindre. Je faisais tout pour amener une gaieté.


Les jeunes aujourd’hui ?


Dans le temps, quand c’était Noël, quand j’avais un cadeau, on ne savait pas ce que c’était. C’était une petite voiture et une orange. Allez donner ça un enfant de maintenant. Il va dire « tu te fous de moi ou quoi ? Tu viens avec moi, je vais t’emmener dans un magasin et tu vas m’acheter un ordinateur. » Alors que moi, j’aurais jamais demandé un ordinateur. Je me souviens, une fois pourtant, je voulais absolument des tendeurs et c’était quelque chose qui ne coûtait pas excessivement cher. J’avais vu les tendeurs. Des fils en caoutchouc avec des poignées et ça fait de la résistance quand on tire. Et on faisait travailler son corps comme ça. Quand j’ai demandé ça à ma mère, elle m’a dit que je n’avais pas besoin de ça. Maintenant, un gamin qui demande la même chose à sa mère, il est prêt à exiger qu’on lui donne. Vous voyez la différence ? Les jeunes sont nettement plus gâtés qu’avant. Aujourd’hui, ce sont des signes extérieurs de richesse.


Comme je ne sais pas ce qu’il se passe autour de moi, je suis très méfiant. Il m’est arrivé, au moment de vous recevoir, un moment d’hésitation. Je me disais, est-ce que les gens, ils sont gentils ? Est-ce qu’ils sont sérieux ? Depuis que j’ai le problème à l’œil, je me suis déjà fait attaquer. Je n’ai pas de contrôle dans la mesure où je ne vois pas autour de moi. A savoir qui est « net », qui ne l’est pas. La première fois que je me suis fait attaquer, c’était dans un magasin et comme ils se sont aperçus que je ne voyais pas, ils m’ont embobiné. Dans mon cas, la question se pose. Je me suis persuadé que les deux petits jeunes, ce n’est pas possible qu’ils soient malhonnêtes. Dès que je me suis mis ça dans la tête, c’était mieux. Maintenant, je vous donne le bon dieu sans confession. »


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