La joie auprès des enfants

Un témoignage de Marie Josephe MOREAU,
né(e) le 29 juin 1934
Mémoire recueillie à

J’ai passé mon enfance dans le Nord, dans un village près de Lille, à 11 kilomètres : Avelain (connu pour ses noisettes). Mon père était plutôt strict et comme ma mère est tombée malade lorsque j’avais 14 ans, je n’ai pas pu passer mon BEPC et poursuivre des études. Je restais à la maison pour m’occuper de mon père, mon grand-père et mes frères aussi car ma mère était souvent alitée. Pourtant j’aurais aimé aller plus loin dans les études… A l’époque, on ne se posait pas tant de questions, on aidait notre famille lorsqu’elle avait besoin de nous. Plus tard, avec du recul, je me suis dit que j’aurais aimé devenir institutrice : un métier où l’on se consacre aux enfants. J’ai enchaîné de nombreux petits boulots…toujours en rapport avec l’enfance. Les différents questionnaires d’orientation que j’ai pu remplir ont toujours confirmé cette vocation. J’ai été auxiliaire dans l’enseignement, animatrice de colonies de vacances et également dans les centres aérés. Je me souviens d’une colonie où nous avons pu partir à Peyrouse en 1958 : c’était une époque où nous avions de maigres moyens alors nous avons organisé des séances récréatives. Ces séances sont des spectacles de danse, de chant, et de théâtre. Alors, ces nombreux spectacles, produits dans les villages alentours, nous ont permis de collecter les fonds nécessaires pour le voyage. Nous avions tous dormi dans une grange, quel bon souvenir !
En 1969, c’est lors de vacances à Lestelle Bétharram que j’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari. J’ai donc emménagé avec lui à Bizanos. Et c’est en 1970, que j’ai mis au monde d’adorables jumeaux, une fille et un garçon. Ils sont nés à seulement 7 mois et je garde un souvenir douloureux de cette période, séparée d’eux par une grande vitre de verre. Mais je garde un souvenir encore plus douloureux de la période où leur père a voulu me les enlever : les enquêtes auprès des voisins, de la famille, le passage devant le juge des enfants…
Après cette dure épreuve, j’ai été conseillée : je devais éloigner mes enfants de tout ça. J’ai quitté les Pyrénées lorsque mes enfants ont eu 3 ans : direction Méribel ! Là-bas, j’ai exercé le métier de monitrice de ski pour les très jeunes enfants. Avant d’exercer, j’ai évidemment du apprendre à skier.
Ensuite, je suis revenu dans le village de mon enfance, Avelain. J’habitais avec ma mère et j’ai trouvé un travail de réceptionniste dans une entreprise puis j’ai enseigné le catéchisme : les enfants ont toujours des questionnements surprenants. J’ai aussi effectué un remplacement de 2 ans dans une école comme auxiliaire. J’organisais des animations pour des élèves âgés de 2 à 10 ans. La méthode Montessori m’a beaucoup plu…Enseigner par le jeu, essayer de trouver des solutions pour rendre le travail scolaire intéressant, c’était vraiment enthousiasmant !
Je pense que j’ai vraiment une part de moi qui ne voudra jamais grandir : l’enfance est une période merveilleuse !
Ma vie a aussi été ponctuée par de nombreuses rencontres, des amitiés inoubliables, un peu partout en France : en Auvergne, dans le Jura, sur l’île de Ré.... Je me souviens d’un couple de Martiniquais que j’ai rencontré lors d’une cure, en Savoie au cours de l’an 1988. On se baladait avec une voiture de location qu’ils avaient louée puis on allait se promener dans la montagne. Un jour le monsieur me fit remarquer qu’il n’y avait pas de musique dans cette voiture et que c’était regrettable. Alors, pour les remercier de leur gentillesse, je leur ai offert une cassette de chansons.
Ensuite, chacun est reparti de son côté, ils sont rentrés sur leur île. Peu de temps après, j’ai reçu une lettre qui provenait de Martinique. Quelle surprise en découvrant dans l’enveloppe un billet d’avion et une invitation à rester 15 jours là-bas ! J’ai confié les enfants à ma mère et je suis partie au mois de janvier (le mois où la chaleur est la moins forte sur l’île : 28°). J’ai vu des plages de toutes sortes : certaines où l’on pouvait se baigner, d’autres réservées à la pêche…Nous sommes même montés sur un bateau au fond transparent, ce qui nous a permis de voir une multitude de magnifiques poissons ! Poissons que nous avons retrouvés le soir même, au restaurant, servis en quantité dans un plat où trônaient algues et fleurs d’hibiscus.
Mon existence a été enrichie par de nombreuses amitiés, par les rires des enfants. Mes enfants et mes petits enfants sont la meilleure chose que la vie m’a donnée.

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