La Maison

Un témoignage de soeur jeanette BARUS,
né(e) le 8 février 1932
Mémoire recueillie à

Je suis Sœur Jeannette, à Igon, je suis religieuse, « fille de la croix ». Je suis dans cette maison de retraite depuis maintenant 5 ans ; où j’ai été envoyé pour assurer une présence auprès de nos Sœurs âgées et des résidents qui sont accueillis dans cette maison, où tout le monde cohabite.
Vivre dans une maison de retraite, qu’on nomme aujourd’hui EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personne Agée Dépendante), pour moi ça a été une révélation, une découverte de ceux que peut vivre une personne âgée, de ceux que peuvent vivre aussi des familles, qui demandent à la maison d’accueillir ou leur maman, ou leur papa. J’ai découvert que pour eux, c’était parfois une grande souffrance. Pour le résident aussi qui doit vivre un temps d’adaptation de plusieurs jours, plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, ce qui demande un accompagnement, une grande présence, beaucoup d’attention, d’affection, surtout beaucoup d’écoute. Ce qui permet que petit à petit les personnes arrivent à vivre dans cette connectivité, alors que la plupart vivait seule à la maison avec leurs habitudes qui sont dures à quitter.
C’est une Maison, qui est pour moi une maison de vie. On accueille la vie que ce soit des personnes âgées ou très âgées. Ce qui me touche ce sont les soignants, toutes les personnes au service de ces personnes âgées.
Avant j’étais enseignante, j’étais donc beaucoup plus proche des enfants que des personnes âgées. Ce qui m’a émerveillé c’est l’attitude des soignants et des personnes au service des résidents, pour qui on sent que c’est une vocation. Ils traitent la personne avec du respect, une grande attention, « je me dis, il faut vraiment avoir une vocation !». Je reçois beaucoup du personnel, je crois qu’il y a une grande communication. Je communique beaucoup avec le personnel, que se soit les infirmières, les aides-soignantes, les ASH, c’est une mission très intéressante ! L’équipe soignante est jeune, les plus âgées ont une grande expérience, elles ont connu le fonctionnement de notre maison, qui était dirigée autrefois par les « filles de la croix » et ses sœurs ont appris, ont données à ce lieu un esprit de service et d’attention à l’autre. Les anciens disent souvent : « oui mais, nous les sœurs nous ont appris. Elles nous ont appris à respecter les personnes, à être à leur service. Aussi à vivre de l’esprit des sœurs. » Le charisme des sœurs c’est d’avoir une vie évangélique, une vie à la suite du Christ, de Jésus à qui on c’est consacré, dans la simplicité, dans l’humilité, dans un grand esprit de famille. C’est ce que nous, les « filles de la croix », nous voulons témoigner. Les anciennes qui ont travaillés uniquement avec des sœurs, où il y avait peu de laïques en service, ont acquis cet esprit et elles le communiquent aux autres.
Notre conviction aujourd’hui c’est d’entendre la détresse de notre société et d’accompagner les hommes et les femmes délaissés et oubliés. Et d’accompagner surtout les malades, les personnes qui sont en fin de vie, de les accompagner sur tous les plans : le plan soin, le plan psychologique, sur le plan spirituel en respectant le cheminement de chacun. « L’attention, la disponibilité, l’écoute, le respect de chaque personne dans sa dimension humaine spirituelle, familiale et sociale. La connaissance et le respect de l’esprit de la congrégation et de son charisme fondateur. » Parce que nos fondateurs, qui s’appelaient Jeanne Elisabeth et André Hubert ont voulu que notre congrégation, notre famille religieuse ait pour mission d’accompagner les plus pauvres, les plus démunis, les plus petits de la société. On reçoit beaucoup de ces personnes.
Un jour un monsieur en fin de vie me pose la question : « Qu’est qu’il y a après ? Qu’est ce qu’on devient ? ». Je lui ais répondu : « vous savez notre vie, elle nous a été donnée, et pour nous croyant, elle nous a été donné par le Dieu créateur, que nous appelons aussi Dieu père. Et cette vie elle est parfois longue longue…. Et il arrive un moment où il faut la rendre à Dieu, Dieu va accueillir cette vie telle qu’elle est. L’important dans cette vie c’est d’avoir aimé les autres, ce qui compte c’est l’amour. Je lui dis à ce monsieur :
« Vous avez donné de l’amour vous ? »
« Je sais pas. »
« Vous avez donné la vie à vos enfants et de l’amour. » Il me dit « mais comment j’ai donné la vie ? » « La vie elle vient de l’amour ! » Un père et une mère qui donne la vie c’est qu’ils s’aiment.
Et nous c’est notre Dieu qui nous aime jusqu’au bout de notre vie et il nous accueille dans son amour. J’ai eu une longue discussion avec ce résident, ça l’a un peu apaisé, mais j’ai découvert un homme en recherche, avec des doutes, je lui ais dit nous avons tous des doutes. Moi aussi j’ai des doutes mais ma foi me fait toujours revenir à la conviction que quelqu’un est là et qu’il m’aime.
Je me sui consacrée à Dieu pour être au service des autres.

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