La passion de Mme HELIAS

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

Bonne année ! C'est en effet le premier mercredi que nous passons à la maison de retraite, après un séjour dans nos pénates pour les fêtes... Notre retour se fait sur les chapeaux de roues : à peine arrivés, nous montons interviewer Mme Hélias ! Pour notre plus grand plaisir, nous la retrouvons comme nous l'avions laissée : souriante et pleine d'entrain. L'interview se présente donc sous les meilleurs auspices... mais prendra vite un tour inattendu, car si nous pensions parler un peu avec Mme Hélias de la vie du quartier de la Madeleine, c'est en fait à un véritable tour du monde qu'elle va nous convier !


Pouvez-vous nous parler un peu du quartier ?
Le quartier de la Madeleine, je ne le connais pas beaucoup. J'y suis née. Eh oui ! Je suis partie bien au-delà...
Vous n'avez pas toujours vécu ici ?
J'ai beaucoup voyagé, j'ai beaucoup...vécu ailleurs...parce que j'ai eu 3 enfants : un près de Paris, un autre à Marseille, un autre à Nantes, quand même, oui. Et puis je suis partie, j'ai vécu une dizaine d'années en Afrique : 4 ans à Abidjan, 4 ans à Dakar, et puis même le Sahara...J'ai même connu le Sahara...grâce à mon mari. Il était dans l'aviation.
Donc vous suiviez votre mari ?
Ah oui, oui ! De moi-même, je n'aurais pas eu besoin de bouger comme ça. Mais ça me plaisait beaucoup. Je n'aurais pas voulu d'une vie monotone.
C'est bien, vous avez vu du pays !
J'en ai vu beaucoup, et ça m'a beaucoup plu ! Je dis, j'ai eu un enfant à Marseille, un autre près de Paris à Montfermeil, le troisième à Nantes...j'ai habité tous ces endroits-là. Après j'ai habité Mâcon, j'ai habité Abidjan 4 ans, j'ai habité...j'ai quand même beaucoup, beaucoup voyagé...j'ai beaucoup bougé.
Depuis combien de temps étiez-vous revenue à Nantes ?
Je ne suis pas revenue à Nantes brutalement ; on a d'abord été à Strasbourg. D'Afrique...J'ai été à Nantes pendant la guerre...et puis après, je suis allée à Mâcon. En Afrique, à Mâcon. En Afrique, j'ai été une dizaine d'années. Alors à Mâcon... Mes parents étaient à Nantes, je suis revenue à Nantes. Comme j'étais fille unique, je ne pouvais pas les laisser tout seuls vieillir. Parce que quand on vieillit on est heureux d'avoir des enfants
Quand je suis revenue à Nantes avec mon mari...on était d'abord à Mâcon, ensuite à Nantes, ensuite à Strasbourg, et puis je suis revenue à Nantes. Oh pas le quartier non. Enfin si, la pointe de l'île là. Les grands immeubles qu'il y a dans le fond.
Ça fait combien de temps que vous êtes dans la maison ?
Ici, ça fait six ans.
Vous avez pu sortir un petit peu, visiter tout ce qu'il y avait autour?
Je connaissais, je suis née dans le quartier. Je suis née rue de la tour d'Auvergne. Mais alors je l'ai quittée vers 6 ans. Mais j'ai quand même des souvenirs. Le transbordeur, le pont transbordeur qu'il y avait à Nantes. Ah oui parce que j'aimais bien. Mes parents avaient des amis qui habitaient auprès, de chez eux leur fenêtre donnait sur le pont transbordeur. Ah c'était une animation. C'est pas mal de regarder un pont comme ça. C'était très intéressant, je m'en souviens très bien. Puis je suis partie ailleurs, on est partis dans le Nord...dans le ch'nord ! (rires) J'ai appris « le p’tit quinquin ». Puis on est revenus à Nantes, maman aimait beaucoup Nantes. Mes parents étaient du Finistère, mais ils sont venus très tôt à Nantes, et ils aimaient beaucoup Nantes.
Donc vous êtes un peu bretonne ?
Je suis bretonne, bretonne avant tout ! Et puis j'y tiens, j'aime la Bretagne.
Vous parlez un peu breton ?
Vaguement, oui. J'avais une grand-mère qui parlait pas français, mais ça ne m'a pas appris le breton pour autant, parce que j'étais trop petite. Et puis elle essayait de parler français, elle disait 'une bol' (rires), ça m'amusait terriblement! Moi je n'apprenais rien. Moi je ne sais pas apprendre sans un coach avec moi pour me faire apprendre. De moi-même je suis paresseuse. Sauf quand c'est quelque chose à faire : si on me donne quelque chose à faire je le fais, du mieux que je peux. Je suis sage-femme de diplôme, et j'ai travaillé dans bien d'autres choses. J'ai travaillé comme assistante sociale pendant la guerre, j'ai travaillé comme infirmière. Et alors ma passion après ça a été l'accouchement, alors là j'ai étudié à fond et j'apprenais aux femmes à accoucher sans douleur. C'est une fonction normale, on doit pouvoir la faire normalement. Et on peut la faire normalement. Le tout c'est de savoir pourquoi vous souffrez, et comment on peut faire pour ne pas souffrir. C'est tout (rires)! Ce n'est pas tellement dur il suffit de réfléchir et puis d'étudier la chose, et d'apprendre, apprendre à se décontracter.
Vous donniez des cours à l'hôpital?
Quand j'ai été en Afrique j'ai donné des cours à Dakar, j'ai donné des cours particuliers. Ca marchait mieux en Afrique, parce qu’en France ça n'a pas beaucoup marché parce que ce n'est pas un apport pour les docteurs. Les femmes apprennent à accoucher, on a plus besoin de docteurs. On souffre plus, on peut ne pas avoir de piqûre, de choses qui font que ça aggrave toujours le prix de la chose, alors ce n'est pas intéressant en France, ça marche pas.
Alors qu'en Afrique ça marchait bien?
Ah oui, avec les femmes… En Afrique en général les gens se prennent en main. Ce ne sont pas les même. Enfin y en a des comme ça aussi ailleurs, ce n'est pas ça, il y a pas que ça, c'était beaucoup plus facile je pense. Parce qu'ici on suit la tradition on ne se casse pas la tête (rires). Là-bas quand on est expatriés on se rassemble et puis on sait qu'on n'a pas les parents à côté alors on apprend à faire sans! On est plus simple si vous voulez. On n'est pas accrocs à l'argent de la même façon. Quand on apprend à accoucher, c'est l'accouchement très simple. Sans douleur donc sans forceps sans piqûre sans rien, c'est simple comme tout. C'est comme autrefois comme la Sainte Vierge, on n'a jamais dit qu'elle a souffert, c'est pareil! Mais ça ne peut pas prendre ici, tout est contre. D'abord les personnes sont pas pour, parce que elles aiment bien être dorlotées puis dire à leur enfant « oh tu sais j'ai souffert quand je t'ai eux ». Je ne sais pas, ce n'est pas passé dans les mœurs.
Vous ne donniez des cours qu'à des expatriées ou à des sénégalaises aussi?
Les sénégalaise non, enfin...c'était surtout les expatriées. Parce que les sénégalaises qui sont instruites préfèrent venir en France. Alors je sais qu'il y en avait peu qui restaient, et puis les autres n'étaient pas intéressées. Il paraît qu'au Maroc, à l'époque on disait ça, je n'ai pas été vérifier : plus la personne crie dans son accouchement, plus elle a de cadeaux, alors de toutes façons elle n’avait pas intérêt à accoucher 'dignement' dirons-nous! Mais l'accouchement c'est un acte normal, et si on se décontracte...ce qui fait qu'on a des douleurs c'est qu'on se contracte parce qu'on est émue, et puis bon il y a des sensations, le cœur si on apprend une mauvaise nouvelle il y a des personnes ça les fait rendre, pourquoi, ce n’est pas parce que tout d'un coup on devient malade. C'est parce qu'on se contracte que tout marche pas bien alors hop... Et bien, c'est pareil. L'accouchement si on n'est pas préparés, c'est un acte émotionnel, automatiquement on souffre plus. On se contracte, si on se contracte, la circulation du sang marche moins bien, on arrive à ce que la contraction, au lieu d'être une contraction normale, devient une contracture, puisqu'elle est dans de mauvaises conditions puisqu'on est contractés, vous voyez? Tout ça, ça marche comme ça, alors forcément ça devient de pire en pire et puis voilà quoi. Ce qu'il faut savoir, tout ce qui est naturel dans le corps humain, si on sait l'accepter et se décontracter pour laisser faire...on ne souffre pas.
Donc c'était beaucoup un travail sur l'esprit alors que vous faisiez?
On apprend à se décontracter quoi. Oui, il faut apprendre à se décontracter, ça on ne le sait pas toujours. Moi-même je sais que je ne savais pas me décontracter. Je suis une personne très nerveuse alors voilà, je ne savais pas me décontracter, et j'ai appris avec mon fils, à l'époque il avait 10 ou 11 ans, moi je ne savais pas, c'est facile de dire 'décontractez décontractez', les hommes se décontracte mieux, pourquoi? Vous savez pourquoi? Parce que, ayant plus de muscles, et ils les sentent mieux, et s'ils les sentent mieux ils sentent quand ils travaillent, quand ils ne travaillent pas. Les femmes, qui n'ont pas l'habitude de faire travailler leurs muscles savent pas quand est-ce que qu'ils travaillent ou qu'ils travaillent. Vous demandez à une femme par exemple de tendre la main puis lui dites « décontractez-vous », elle fait ça, elle croit qu'elle est décontractée parce qu'elle ne bouge pas, mais, ce n'est pas la même chose. C'est ça qu'il se passe. L'accouchement, si on commence à se contracter, forcément on gêne le travail et c'est un cercle vicieux. C'est tout. Maintenant il faut quand même mieux avoir une personne près de soi quand on doit accoucher, parce que on sait jamais, il peut se passer quelque chose, on ne va pas accoucher comme des bêtes, bien que les bêtes maintenant on reste auprès d'elles, mais enfin (rires), mais autrement c'est quelque chose de normal, faut pas s'en inquiéter.
Donc du coup vous avez fait ça toute votre vie, vous avez travaillé beaucoup dans le médical?
Ah oui, mais c'était ma passion. Quand j'ai été au Sahara, parce que j'ai habité le Sahara, à Oulef, en plein Sahara. On peut pas s'évader, à pieds on ne peut pas, parce que il n’y a rien, enfin avec une boussole on sait dans quel sens aller, mais c'est long (rires). Et donc j'ai eu le temps de travailler ça, de bosser la chose, et comme ça je me sentais sûre de moi. Et en effet j'ai eu des résultats qui m'ont étonné moi-même. Eh oui, parce que moi j'ai eu mes enfants avant d'avoir ces idées-là ! Parce que ça vient uniquement, ces idées-là ont commencé à venir après. Il y a un russe, qui avait justement compris...parce qu'autrefois on nous disait que dans le corps humain, il y avait deux systèmes nerveux : le cérébro-spinal, et le...comment qu'il s'appelle...un nom pour les organes...
Le système végétatif ?
Oui enfin il y avait deux systèmes. Alors justement, celui-là, j'ai oublié son nom, pourtant je le connais bien...mais maintenant j'oublie tout. Celui-là il a montré que les deux étaient liés. Ils étaient peut-être séparés, mais ils pouvaient se lier. Donc on pouvait agir sur son accouchement, alors qu'avant on croyait que l'on ne pouvait pas agir dessus. Comme on était émotionnés, en se contractant, ce qui n'arrangeait rien. Non parce qu'il faut comprendre, moi je suis contre la méthode Coué, hein. Je ne crois pas uniquement parce qu'on dit, c'est comme ça, c'est comme ça...c'est comme ça pourquoi ? Quand on sait comment viennent, pourquoi on a des douleurs, ce sont des contractions, pourquoi elles sont douloureuses, on a arrive à savoir comment elles peuvent ne pas l'être. C'est facile ! C'est le tout d'y penser. Ah oui, ça a été ma passion. Je suis contente, parce que j'ai même été décorée. J'ai été décorée chevalier du mérite social.
Ah ce n'est pas rien !
C'est une très belle décoration, je me suis étonné moi-même, parce que bon, il y en a d'autres qui ont fait autre chose.
Enfin vous faisiez quand même un métier important, ça servait aux autres...
Oui, eh oui ! Je crois que c'est là, c'était à Dakar, et comme j'avais préparé entre autres, des femmes d'ambassadeurs, de tout ça. Quand on a voulu faire décorer quelques uns pour faire voir que la France s'occupait d'eux, on a voulu mettre quand même quelques Français, parmi eux et moi j'ai été « foutue » dans le tas. Je crois que c'est ça ! (rires). C'est comme ça pour les décorations enfin moi ça m'a surpris. Mais enfin après j'ai été encore plus surprise, deux mois après j'ai reçu des demandes de décoration qu'il fallait que je remplisse. Oui, oui, oui, oui...je les ai gardées. Des demandes...ah, il était temps ! C'est vous dire qu'il y a des choses qui se passent comme ça, qui vous surprennent dans la vie.
Oui, ce n'est pas une chose à laquelle vous vous attendiez...
Non, personne n'attend ; enfin je ne crois pas. Enfin moi c'est quelque chose qui ne me viendrait pas à l'idée. Ça m'a plu, parce que j'aime bien le mot chevalier. J'aime même mieux chevalier qu'officier ! Ça vous fait rêver, officier ça me fait pas rêver du tout...c'est resté à chevalier. Alors je suis très contente. Il y a des choses comme ça dans la vie qui vous surprennent. On a plein de surprises dans la vie. Avec, je ne sais pas, j'ai eu plein de surprises parce que j'ai beaucoup voyagé quand même, j'ai beaucoup habité ailleurs qu'à Nantes. J'ai roulé, roulé, roulé...parce que mon mari bougeait beaucoup aussi, alors je suivais. J'avais un mari charmant, alors je ne le laissais pas partir trop tout seul. Et c'est pour ça que je n'ai pas pu même avoir un véritable métier, je ne pouvais pas le suivre vraiment. Je n'ai pas pu faire une carrière. Je travaillais par moments. Au bout d'un moment, quand j'étais connue, hop ! Il a fallu partir ailleurs. J'ai travaillé en Suisse, j'ai travaillé comme ça, quelques mois, et puis après, au revoir ! D'un autre côté, pour moi, c'est très agréable.
Vous auriez voulu avoir une carrière ?
Non, non ! En fait, je n'aurais pas refusé à cause de ça. Mais autrement, ça m'est égal. Au contraire, j'étais bien plus libre.
Ça vous a donné du temps pour voir d'autres choses...
Oui ! Oui, je n'ai jamais eu de patron, parce que je crois que quand on travaille, le plus dur, c'est le patron. C'est pas le travail... c'est surtout d'avoir un patron... Moi, j'ai un fils qui travaille toujours au même endroit, depuis 45 ans, mais lui n'a pas de patron. Il va toujours seul, quand il va quelque part. Aussi, même en retraite, il en redemande ! Et en effet, ce n'est pas pareil du tout ! Parce que d'être obligé de subir la régularité d'un travail, ça doit pas être marrant. Enfin je ne sais pas, parce que je ne l'ai pas subi. Et puis c'est-à-dire, on arrive à trop connaître les défauts, les qualités aussi, mais les qualités ne vous gênent pas, tandis que les défauts vous gênent. Alors on ne se rappelle que des défauts ! C'est ça le truc sur Terre...et alors vous avez qu'à voir, quand quelqu'un disparaît, quelqu'un que vous avez bien connu, que vous aimiez plus ou moins, mais enfin vous n’étiez pas contre...mais quand il était vivant, y avait des défauts qui vous agaçaient. Une fois qu'il est mort, c'est les qualités qu'on voit...je ne sais pas, alors on dit parce qu'il est mort, on fait que dire du bien de lui. Mais oui, mais c'est parce que c'est ça qui manque ! Ce n'est pas les défauts. Tous ceux qu'on a quand on vit, mais...une fois qu'on est mort, on se rappelle que ce qui nous manque.
On ne se le dit peut-être pas assez pendant la vie...
Oh c'est comme ça, on fait jamais de bien très bien, ce qu'on doit faire. On veut, mais c'est difficile. On est trop imparfaits, pour faire quelque chose de parfait. On essaie, c'est déjà pas mal. Et il faut essayer, sans ça, où on va ? C'est ce qu'il faut surtout, quand on a un travail, par exemple, faut être consciencieux. Bon j'avais des parents pour ça, ils me disaient, ce n'est pas plus dur de faire bien que de faire mal. Alors faut essayer de faire bien, on passe autant de temps.
Que faisaient vos parents comme travail ?
Maman était sage-femme, aussi. C'est pourquoi d'ailleurs, c'est ce que je me suis dit, je me suis laissée faire, je ne savais pas quoi faire ; je n'avais aucune passion. Ça m'est venu comme ça. Et mon père était un grand blessé de la guerre de 14. Il est rentré dans l'administration, il était contrôleur des indirects. Il aimait bien son métier, parce qu'il aimait bien courir un peu partout. Il a fait tout le sud de Nantes, il aimait bien Nantes. Alors, c'était des bretons bretonnants ; ils venaient du Finistère. Oui, ils aimaient beaucoup Nantes.
Vous qui avez beaucoup voyagé, vous aimez toujours autant Nantes ?
Ah oui ! Je me plais partout quand j'étais avec mon mari, parce que j'avais un mari charmant, alors du moment qu'il était là, je me plaisais partout. Ça m'était bien égal ! Je suis revenue à Nantes parce que j'avais mes parents. Toutes les villes sont intéressantes, ont quelque chose. J'ai habité Mâcon, j'aimais bien Mâcon aussi. Lyon est pas mal non plus. Strasbourg, c'est pas mal non plus. Marseille...c'est pas mal non plus ! Ça dépend des coins, il y a tellement de voleurs là-dedans...qu'est-ce que j'ai pu être volée ! J'ai jamais porté plainte, ça serait ridicule, rien que des petits trucs, des petits larcins, continuellement, comme quand on va en Afrique, qu'ils vous font les poches, des trucs comme ça. C'est une ville comme ça, c'est la Méditerranée ! Je crois que c'est un peu comme ça, enfin peut-être que j'exagère.
C'est une ville qui est très grande aussi, on a plus de chances de se faire voler...
Ah non, c'est l'ambiance ! Ah oui...ah oui, oh oui. Oui, oui, on était jeunes ! Vous aviez des gens charmants, ils vous dorlotaient, ils vous passaient la main dans le dos, puis tac ! Oui, oui, oh non, c'est une ville comme ça, une ville cosmopolite ; enfin pas tous, bien sûr ! Mais des vrais Marseillais...enfin, j'aimais bien, j'ai trouvé intéressant d'habiter Marseille. C'est une ville intéressante, mais j'aime mieux Nantes. Je trouve que Nantes, c'est ma ville. J'y suis revenue parce que Strasbourg, c'était pas mal non plus. Mâcon, c'est mignon. J'ai de très bons souvenirs de Mâcon. Mais c'est vrai que Nantes, c'est la ville où vous êtes née, celle où habitait vos parents... Moi je suis revenue parce que mes parents, je ne pouvais pas les laisser seuls ! J'étais seule comme fille, je n'aurais pas voulu avoir un enfant seul, je me suis tellement ennuyée dans mon enfance. Oh oui...vous êtes seuls aussi ?
Samuel : non, j'ai un petit frère et une petite sœur
Ah ça c'est bien !
Céline : j'ai deux grands frères
Ah oui c'est bien ! Ah non, faut être deux, trois, hein, parce que moi je n'aurais pas voulu, c'est affreux, vous savez, d'être seul. On est malheureux après, toute la vie. Parce qu'on n’apprend pas à vivre, étant petit. On apprend à vivre avec les frères et sœurs, parce qu'au milieu de tout, quand même, on se dispute...c'est normal ! Mais oui, mais moi j'ai jamais pu me disputer ! Ça m'a manqué ! Avec mon mari, je n'ai pas pu non plus, parce qu'avec lui, ce n'était pas possible...ah non, nous avons été trois ans séparés par la guerre. Il était parti en Afrique, comment, en Algérie, pour acheter du poisson, et il est revenu trois ans après. Il avait 21 ans, il est revenu à 24 ans...je lui ai dit : « tu as connu bien des choses ? ». Il m'a dit : « bah, je ne te demande rien ! ». Bon bah voilà, avec ça j'étais servie ! (rires) Oh oui, il n’était pas curieux du tout...alors on ne pouvait pas se disputer.
Ce n'est pas plus mal !
Oh, je pense que ça n'a pas d'importance, tout ça, ça dépend comment on prend les choses. Moi, j'aurais eu un mari autrement, et j'aurais été autrement ! Je m'y serais faite aussi. Moi j'aime bien discuter ! J'ai raison ou j'ai tort, sur le moment je crois avoir raison, après coup des fois je réfléchis et je me dis « oh ! J'avais peut-être tort ! »...bon alors, on n'en parle plus. Mais enfin là je ne pouvais pas. Bon, je m'en suis passée, quoi. Faut savoir s'adapter dans la vie ! Il y a un bon côté à chaque chose mais quand on aime quelqu'un, on l'aime jusqu'au bout. Je ne comprends pas, une personne qui me disait, elle avait un homme, il a divorcé au bout de dix ans de mariage, parce que sa femme dépensait trop. Ça m'a surpris ! Elle dépensait que de l'argent qu'elle avait, quand même ! Mais oui, mais il voulait garder l'argent ! Il était pingre, ah ça m'aurait pas plu un mari comme ça...moi j'en avais un, il dépensait trop, d'accord, mais je l'aurais pas lâché pour ça. Ce n'est pas ça, c'est vrai ?
Oui c'est vrai, faut pouvoir profiter aussi !
Et puis les gens pingres, ce n'est pas des gens généreux ! C'est vrai, non ?
Oui !
Vous savez, vous n'avez qu'à voir, les gens qui sont près de leur argent comme ça...ah non, ils ne sont pas drôles ! Non, non, en général, ils n'ont pas le cœur ouvert ! Ils n’ont pas la bourse, mais ils n’ont pas le cœur non plus !
Donc c'est bien qu'on ait un peu d'argent pour pouvoir en profiter?
Malgré moi il ne faut pas dans un couple qu'il y en ait deux dépensiers, ça fait trop, là on n'arrive plus à rien ! Il faut toujours qu'il y en ait un qui rattrape l'autre mais enfin aller divorcer rien que pour ça... Faut s'adapter, si on s'aime on trouvera toujours un moment pour s'adapter. Mais seulement, ce n'est pas facile quand même. Faut vraiment être accroché. Être accroché puis être déterminé, avoir de la patience. Parce que c'est au bout simplement d'un grand moment qu’on peut voir ce qu'on peut faire. Mais quand on s'aime vraiment ce n'est pas une affaire d'argent qui peut vous changer, non. Moi je pense que j'ai de la chance parce que j'ai un amour total. C'est une chance. Il était beau en plus, regardez là-haut (elle nous montre une photo de son mari) ! Ce n'est pas vrai ?! Et puis intelligent et puis tout enfin bref, je l'aimais quoi ! Il aurait été autrement je l'aurais aimé quand même, si ça avait été comme ça !
Vous vous êtes rencontrés comment ?
Ça a pas été pour moi le coup de foudre, non, on se connaissait dans un club d'école, parce qu’il était au lycée...moi j'étais à Guist'hau, lui il était à Clémenceau, et on avait quand même des amis qui habitaient auprès de chez lui, enfin, on s'est vus comme ça. Mais au début moi il m'intéressait pas, enfin aucun ne m’intéressait, enfin aucun particulièrement. Il était toujours derrière moi, toujours prêt à m'aider tout ça. A la fin, le jour où il y n’était pas là, j'ai ressenti un vide. Oui c'est ça des fois, parce que moi je me suis pas laissée faire comme ça. D'autres c'est l'inverse j'en sais rien, on n'aime pas sur commande ni rien! Mais c'est ça alors, j'étais tellement habituée qu'il soit là dans mon entourage et tout que le jour où il y était pas je dis « Tiens qu'est-ce qui lui est arrivé? ». Voilà, c'est tout. Puis ça a duré ma foi jusqu'à sa mort. Je n'aurais pas cru, mais lui il y croyait, si un croit... et puis je lui ai donc dit bon je veux bien continuer de croire aussi. Le tout c'est que ça vienne d'un côté ou de l'autre, c'est assez rare que ça vienne des deux en même temps. Ça peut arriver certainement, enfin moi je n'ai pas eu la chance d'un truc comme ça mais je ne me plains pas. Je ne me plains pas parce que c'était bien quand même.
Vos trois enfants se sont mariés aussi ?
J'ai un garçon, une fille, un garçon. Le garçon a deux enfants, la fille à deux enfants, le troisième n'en a pas du tout. Mais tout va très bien, madame la Marquise ! Non, non, et puis ils sont bien mariés. Je ne vois pas mes enfants divorcer. Je crois que ça leur viendrait même pas...ce n'est même pas un soupçon, je suis sûre qu'en colère ils y pensent même pas ! Non je ne vois pas. Enfin j'espère. Parce qu'il faut savoir aussi, il faut être déterminé. Si on pense se marier on est ensemble. Si on commence comme ça alors à la moindre dispute on peut laisser tomber. Faut être déterminé et je pense qu'on doit pouvoir se déterminer surtout si on a des enfants. Parce que alors faut penser aux enfants l'un comme l'autre que les enfants seraient malheureux, alors à ce moment-là ça vous lie quand même les enfants, faut pas avoir des enfants avec n'importe qui, première chose faut avoir des enfants qu'avec quelqu'un qu'on aime. C'est la première chose, c'est très important. Quand je pense qu'il y a des jeunes qui se laissent aller à n'importe quoi, mon dieu mon dieu mon dieu. Ça me fait frémir. Et commencer trop tôt vous croyez que ce n'est pas triste ? Mais non, maintenant on commence trop vite parce que il y a des moyens pour pas avoir d'enfants, c'est déjà ça, mais enfin, il faut mieux attendre quand même. Parce que tant qu'on n’a pas goûté par exemple de tarte à la crème on ne sait pas si c'est bon, donc on peut attendre. Pour tout c'est pareil, c'est facile d'attendre tant qu'on se retient et qu'on attend le bon moment, qu'on attend...qu'on attend on ne sait pas quoi mais un jour où l'autre on saura quoi. On ne sait pas si on est sûrs, mais on est entraînés. Ou c'est le partenaire qui vous entraîne, ou c'est vous qui entraînez le partenaire, ce n'est pas décidé. Faut que ça vienne comme ça, je crois. Je crois en l'amour vrai, je crois que ça peut durer toujours, entre deux personnes. Mais il ne faut pas se précipiter. Nous on s'est fréquentés trois ans, on s'est connus à 17 ans, mais comme à l'époque il y avait rien pour...donc on n'avait pas de rapport. Et ça a duré toute la vie comme on était vraiment amoureux et on pouvait être séparés après et on se retrouvait toujours. On n'est pas obligés de rester collés pour autant mais se retrouver toujours c'était beau. Quand il est revenu...Parce que pendant la guerre on a été trois ans séparés, et quand il est revenu mon mari je lui ai dit au bout d'un moment « tu as rencontré d'autres femmes? », quand même il avait 24 ans et je le connaissais, et il me dit « je ne te demande rien! ». Il ne me demandait rien! Il a bien fait, de ne rien me demander (rires). C'est ça faut pas être trop curieux non plus. Faut que chacun soit libre, ça veut pas dire que si on tient l'un à l'autre... ça tiendra, ça tiendra la distance, c'est comme ça. Je pense que c'est plus agréable, je ne sais pas, parce que je n'ai pas connu autre chose. Alors je peux parler que pour moi ! Mais je pense qu’une fois qu'on a des enfants quand même, ça vous lie. Et moi je dis à mes petits-enfants là maintenant, je leur dis ne vous mariez pas avant de savoir si vous avez envie d'avoir des enfants, puis si vous en voulez. Et autrement avec les lois actuelles ce n'est pas la peine de se marier ! Autant vivre ensemble comme ça. Alors ce n'est pas la peine de se marier parce que comme ça on se sent plus libre et ça veut pas dire qu'on est libres de quoi que ce soit, mais enfin, si on doit avoir un enfant, faut savoir qu'à ce moment là, il vaut mieux quand même, ne serait-ce que pour l'enfant, et en général on est heureux. Parce qu'on ne fait pas un enfant avec n'importe qui quand même. D'abord l'ovule refuse. Moi j'ai une de mes petites-filles qui était un peu ; pas écervelée ce n'est pas ça, elle était directrice d'une école à Limoges, mais alors elle était ce qu'on appelait fofolle si vous voulez, elle a été mariée, elle a divorcé, elle a connu ci...et tout ça fallait pas, elle a fait de la danse, elle était très bonne autrement puisqu'elle était quand même directrice d'une école publique, mais d'une école de gastronomie. Enfin elle avait tout, et puis à 40 ans elle a eu un enfant, du dernier donc. Ah bah elle n’en revenait pas ! Et elle a changé du tout au tout, elle qui était fofolle! Elle est d'un calme ! Je suis même étonnée, c'est la première fois que je vois ça! C'est terrible ça, d'avoir un premier à 40 ans, et qui l'a complètement changée, là maintenant elle est d'un calme.
Oui ça l'a rendue stable en fait...
Oui elle est bien avec le père de l'enfant, elle ne se marie pas parce que ce n'est pas la peine enfin je ne sais pas, c'est son affaire, ce n’est pas la mienne. Je vois ma filleule, elle fréquentait, dirons-nous, un nobliau, et alors depuis le temps, elle a toujours eu que cet amour-là, et...elle ne rentrait pas dans la famille, parce qu'il ne voulait pas. Alors quand il allait voir ses parents, elle restait dans le hall. Quand elle a été enceinte, ah ! Du coup, surtout quand a su que c'était un garçon, ma filleule avait un autre fils, mais ils avaient que deux filles.
(quelques onomatopées plus tard...) Elle dit « qu'est-ce que c'est que ça ? C'est qu'ils voudraient prendre mon fils, parce qu'elle devait avoir un garçon. Du coup, elle voulait plus se marier, elle serait bien restée avec lui bien entendu, mais du coup ils voulaient qu'elle se marie. Ils étaient prêts à accepter n'importe quoi. Même qu'elle se marie sans être religieuse ni rien, enfin n'importe quoi...Et elle s'est mariée que quand le gamin-là, a eu onze ans, parce que c'est lui qui a demandé. Il dit : « c'est moche à l'école, comme vous n’avez pas le même nom tout ça... » Enfin bref, il n’était pas content. Alors ils se sont mariés ! ...il y a plusieurs façons... Remarquez c'est vrai, elle se disait, pourquoi ils veulent tout d'un coup ? Avant ils ne voulaient pas la recevoir, et maintenant, sachant qu'elle allait avoir un fils...oui...ah y'a des cas bizarres sur Terre.
Ah on est souvent surpris, oui...
Oui...oui, oui...et alors je vois au mariage, j'ai été invitée au mariage, parce que là justement son père, (quand j'étais assistante sociale) c'est un des jeunes que j'ai pu sauvés. Mais c'est vrai ! C'est tombé comme ça ! Il a eu de la chance, j'ai eu de la chance, enfin voilà...et d'avoir des parents qui le connaissaient, parce que sinon c'était dur, autrement il allait dans une maison de fous, vous savez c'est des histoires terribles, qu'on ne peut pas comprendre. On ne peut même pas croire que ça existe, si on ne les a pas vécues. Parce que ce gamin-là, ils étaient deux d'ailleurs, il avait un frère, ils étaient chez une grand-mère, et voilà que la grand-mère l'avait pris en grippe. Je n'ai jamais compris, je n'ai pas cherché à comprendre plus, puisque j'avais autre chose à faire ! Mais elle le faisait coucher mains liées dans le dos, par terre, et il était à Sucé, sans manger et sans boire ! Au mois d'août, quand il fait chaud ! Vous vous rendez compte, de ce que c'était ? Vous croyez que ça existe ça, de notre temps ? Bah oui, ça peut exister. C'est quelque chose, hein...eh ben c'est celui-là qui est maintenant vieux, et qui s'est bien marié, et qui a des enfants, une fille qui s'est mariée quand son fils avait onze ans. Mais ce gosse-là, je l'ai rencontré sur le bord de la route, comme ça. Parce que je fais mon enquête, et comme j'avais l'habitude, on commence, quand on a une enquête, à faire le tour. La mairie, les gens du tour, et puis après j'arrive au milieu. Et là on me dit, « oh vous savez, ces enfants-là, ils sont épouvantables ! D'ailleurs l'aîné s'est sauvé ce matin, il avait 13 ans. Et il avait prémédité, il a emmené son pardessus !» Dans mon idée, de la façon dont on m'en parlait et tout, je voyais un garçon de 13 ans, un sale gosse quoi, hein. Puis sur la route en revenant, oh bah j'avais entendu ça, mais je me dis, ça me dépassait...moi je ne cherche pas le travail, il me tombe dessus ! (rires) Mais quand je l'ai, je le fais jusqu'au bout ! Et alors je revenais de Sucé, j'arrivais vers la Chapelle, j'étais en vélo, tous était en vélo pendant la guerre...qu'est-ce que je vois ? Un gamin avec un pardessus sur le bras, au mois d'août. Oh, ça a fait tilt je m'arrête et je dis « Mais toi tu n’es pas... » je savais même plus son nom, il me dit « Si madame », puis il pleure à grosses larmes. Oh moi qui m'attendais à autre chose, j'ai été retournée comme une crêpe vous comprenez ! Et je lui dis « Mais enfin ta grand-mère est inquiète, tu es parti comme ça », il dit « Oui mais je veux aller voir papa ». Moi j'avais demandé où était le père bien entendu, dans mon enquête on me l'a dit qu'il était sur les bateaux...comment on dit, un pétrolier le père, et puis je me suis dit « oh c'est loin je ne vais pas courir là-bas », pour je ne sais pas quoi parce que j'avais aucune intuition que ça pouvait être intéressant. Simplement on m'avait demandé d'aller voir, le maire m'a demandé d'aller voir ces enfants qui avaient l'air de souffrir. Le grand était parti, je ne pouvais rien dire, le petit je l'ai emmené avec moi, j'ai essayé de l'interroger, mais j'ai rien pu en tirer. Alors je me disais je laisse courir, oh vous savez je ne cours pas après le travail ! Mais comme ça j'étais obligée, et bien j'ai réussi avec cet enfant, à le sauver, c'est le cas de le dire, je l'ai ramené à son père, je lui ai fait confiance, pourquoi ? Parce que je suis comme ça! J'avais une collègue, son père était gendarme, si il était tombé sur celle-là elle l'aurait remis aux gendarmes parce que c'était correct. Mais moi le correct...je fais toujours d'après mon flair … (fait mine de renifler !)
Votre flair?
Mon instinct, c'est comme ça, on me fera ne pas faire des choses si je ne l’ai pas. Et donc je l'ai appelé puisqu'il me disait que son père n'habitait pas loin de chez moi, ça tombait bien, je me disais je vais l'appeler, on verra bien. Et c'est comme ça que j'ai eu à m'en occuper et à l'enlever...il allait partir 8 jours après dans une maison de fous, avec un certificat de docteur, et son beau-père, parce que mes parents, je les mettais bien sûr au courant et ils étaient prêts à me donner...enfin me soutenir, et comme mon père connaissait quand même pas mal de personnes, il était assez influent, il connaissait le secrétaire général de la préfecture. Et le lendemain, parce que le petit donc il avait vu son père et le père dit « Je ne peux pas te garder » donc il était revenu à la maison, mon père dit « On va voir à la préfecture pour voir si c'est vrai qu'il doit partir quelque part ». Nous sommes partis à la préfecture, on a demandé, on me dit « Mais oui il doit partir dans 8 jours, c'était dans le Nord, une maison d'anormaux », alors qu'il était tout à fait normal ! Et ils nous disent voilà c'est marqué et tout. Puis à ce moment-là le secrétaire de la préfecture passe, voit mon père, vient le saluer. Comme il a été parti, l'autre, qui était dans le bureau, il dit « Bon alors vous dites que ce petit là aurait changé du tout au tout ? ». Il dit « Bon bah on va faire ça de côté et on va voir. ». Vous voyez, c'est fou hein, ce que ça sert de connaître des gens et c'est normal mais c'est fou hein, on se rend pas compte et sans rien demander tout ça, ah bah c'était un coup de pot qu'il avait ce gosse là, d'être tombé sur moi qui avait un père comme ça ! Mais c'est vrai ? Autrement ça aurait pas marché, il serait tombé sur ma collègue dont le père était gendarme, donc pour le régulier, bah ils n’auraient pas été à la préfecture d'abord, et puis il serait parti. Ah non y a des choses bizarres dans la vie, c'est pour ça que moi je crois en Dieu, parce que je me dis y a vraiment des choses on se demande pourquoi ça agit comme ça, ça réagit comme ça. Et il est toujours très heureux maintenant. Alors que...ah la la il était mal parti dans la vie. J'ai eu la chance ah oui oui oui, j'ai eu beaucoup de chance de pouvoir faire des choses comme ça, qui m'ont fait plaisir, et qui ont servies à quelqu'un. On est toujours heureux de pouvoir rendre service. C'est vraiment ce qui remplit le cœur. En plus d'un amour quand même, parce que c'est quand même l'amour qui est primordial. Mais ça, ça ne se commande pas. L'autre non plus. Ça se trouve pas sous les pas d'un cheval (rires), c'est pareil, on ne sait pas trop comment ça se trouve. Oh oui, c'est bizarre comme tout. Oh j'ai eu plein plein de choses intéressantes dans ma vie. Y en a tellement que...je n'ai pas eu une vie calme. D'ailleurs, je suis contre aussi ; je n'aurais pas aimé. Quand j'étais jeune, j'ai rencontré un jeune homme et, oh !, il était plus vieux que moi, je le trouvais vieux, il avait 24 ans, je me suis dit « qu'est-ce qu'il est vieux ! ». Et il rêvait, c'était un ancien marin, de sa petite maison tranquille, oh la la...alors là, il n’était pas prêt de m'avoir ! (rires) J'avais horreur de ça, alors...j'ai peut-être voyagé un peu trop, et puis j'avais un mari qui avait les poches percées aussi, alors c'était pas rien. Mais ça fait rien, c'est bien mieux que celui qui est radin, qui bouge pas de place. Ah non, je ne me suis jamais ennuyée...voilà, ma vie...
Ah oui, vous avez eu une vie bien remplie...
Alors mes petites-filles me disent « Mais écris ! Écris ! »...mais je suis paresseuse ! Ce n'est pas pareil...pour parler ça va, mais pour écrire...
Vos enfants viennent vous voir régulièrement ?
Oh oui, je ne suis pas abandonnée. Mes petits-enfants non plus...non, tout va très bien.


(Elle nous montre alors avec intérêt toute une série de photos, défilant sur un cadre numérique...la discussion se meurt paisiblement, au gré des images de sa famille...)

array(0) { }