La solidarité il n’y en a que quand il y a des coups durs.

Un témoignage de Raymonde Glaziou,
né(e) le 2 février 1938
Mémoire recueillie à

Comment occupiez-vous votre temps libres (vacances, week-end) ?
C'était très simple, mes parents avaient une petite ferme donc pendant les vacances, je les aidais. Il y avait le cinéma le dimanche au village puis c'est tout. C'était le summum, c'était qu'une fois de temps en temps, ou si il y avait des assemblées pour danser.
La mer, je ne l'ai vue qu'à 10 ans, mes parents n'avaient pas de voiture, il y avait rien en fin de compte, on était à la campagne, on s'occupait des animaux, des moissons, sans tout le matériel qu'il y a maintenant, ça n'a rien à voir. Le soir on faisait des veillées, on se rassemblait à plusieurs pour jouer au carte (à l'époque c'était la manille), les enfants jouaient entre eux et les parents aux cartes. Après on mangeait ensemble, ces soirs là on allait à pieds chez les voisins.

Comment avez-vous vécu l’arrivée des nouvelles technologies ?
Ce qui a compté le plus c'est la voiture, c'était formidable de pouvoir sortir. Mes parents n'en avaient pas mais il y en avait quelques uns qui avaient une voiture, on trouvait ça merveilleux. Autrement pour les autres technologies cela s'est fait de manière progressive
Pour la machine à laver par exemple, cela n'avait rien à voir avec ce que l'on faisait dans la ferme où j'étais. Il n'y avait pas de lavoir où j'étais, il y avait une planche en bois où on mettait le linge dessus, il y avait la lessive à côté et on frottait comme ça puis on mettait tout à bouillir dans d'énorme marmite.

Comment pensez-vous que la société à évoluer, notamment au niveau de la consommation ?
Maintenant c'est du chacun pour soi, la plupart du temps on pense plus facilement à soi qu'aux autres, l'argent prime. La solidarité il n'y en a que quand il y a des coups durs, c'est même extraordinaire à ce moment là, ça change énormément mais autrement c'est chacun pour soi. Après chacun rentre dans sa coquille et puis repart avec ses habitudes. Et puis l'argent c'est le bon Dieu, c'est la base de tout, avant il n'y en avait beaucoup moins. Dans le milieu où je vivais donc on était solidaire quand même beaucoup plus.

Pensez-vous qu’il y aient des changement dans les valeurs. Comment ont évolué les rapports entre les hommes et les femmes ?
Oh, c'est certain que ça énormément changé, en bien beaucoup de chose, en moins bien pour d'autres, en bien parce que la vie de la femme notamment à la campagne c'était vraiment pas drôle quoique dans les usines c'était pas drôle non plus, c'était dur, les journées étaient longues, il y avait les enfants à la maison, enfin elle avait beaucoup de travaille. Elle avait moins de temps libre, elle sortait pas, maintenant la femme sort comme un homme. Il n’en était pas question à l'époque, que l'homme sorte c'était normal mais là femme restait à la maison ou allait voir ses copines à 2km. Du point de vue maternité aussi, ça a changé beaucoup la vie, surtout la possibilité de choisir le moment où on aura un enfant, c'est très important, jamais on y aurait pensé à l'époque. Alors les femmes, cela dépendait du milieu mais il y en avait des femmes qui en avait tous les ans, le travaille s'ajoutait ça n'empêchait pas d'avoir des enfants puis pas tellement aidé par l'homme à l'époque. Maintenant l'homme partage d'avantage les tâches, il s'occupe aussi des enfants, des fois même c'est lui qui reste à la maison, enfin ça reste anecdotique. Depuis quelques années, il y a eu des changements de mentalités : disons que la femme devait rester à sa place, c'est pas elle qui avait l'autorité c'était l'homme. Elle avait un travail que si l'homme acceptait sinon elle ne travaillait pas. Il fallait l'autorisation du mari pour beaucoup de choses alors que les femmes maintenant en principe font ce qu'elles veulent.
Par rapport au mariage, pour vous, c’est différent ?
Automatiquement parce que d'ailleurs quand on se mariait c'était pour la vie, je ne dis pas que cela tenait toute la vie mais c'était la mentalité. Alors que maintenant il y en a qui se marient mais qui envisagent très bien de se séparer deux ou trois ans après, en disant bon si cela ne va pas, on se sépare et c'est tout on repart avec quelqu'un d'autre. Ca me gène un peu : surtout quand il y a des enfants parce qu'un enfant ne peut pas partager ses parents c'est pas possible, il ne peut pas les couper en deux, il est attaché à son père et sa mère donc se retrouve coupé des deux presque.

Si vous aviez un appareil à remonter le temps, à quelle époque souhaiteriez-vous vivre ?
Chaque époque à son truc bien, je ne sais pas trop, enfant c'était la guerre, après l'école, le travail, les enfants. On a changé avec ce qui se trouvait autour de nous.
Vous n’avez pas d’époque préférée ?
Non, dans ce que j'ai vécu, c'était pas si mal.

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