La vie de Joséphine

Un témoignage de Joséphine Buchwald,
né(e) le 1 janvier 1917
Mémoire recueillie à

Ceci est une retranscription des conversations dont je me souviens avoir fait entre Novembre 2008 et Janvier 2009. Les dialogues de Joséphine Buchwald ne sont pas des originaux.
J'ai fait un seul enregistrement avec Mme Buchwald que j'ai trouvé par hasard. Je lui ai demandé si elle était d'accord pour parler de sa vie encore fois, elle m'a demandé si j'avais déjà oublié notre conversation ! J'ai lui expliqué que je devais enregistrer tout ça, sinon j’allais bientôt oublier tout. On s'est dit « on va commencer la séance prochaine ». Jamais on n'a commencé cet enregistrement. Joséphine Buchwald est décédé au mois de Février 2009. Elle avait 92 ans.

J'ai complété les souvenirs de ses conversations avec Mme Buchwald en discutant avec sa fille Monique.

Joséphine Buchwald : Moi je sais que mon nom c'est pas forcément polonais, mon nom de la famille c'est Marciniak. Tu vois, je ne veux pas te raconter tout. J'avais 12 ans et demi (1928) quand je suis arrivée en France. D'abord, c'était mon Papa qui est arrivé, après, nous tous. J'ai commencé à travailler une année après, comme Papa, en ferme.

Sa fille Monique :
Son Papa, il était venu le premier, mais combien d’années avant les autres, ça je ne peux pas vous le dire. Mais il était tout seul et après quand il était plus à l'aise, comme il a mis un peu d'argent de côté, il a fait venir sa famille. Sa mère est venue avec 4 enfants et la petite dernière c'était Alice qui avait 3 ans. Je me souviens quand ma mère m'a dit, il n'y pas tellement longtemps encore, que quand son père l’a prise dans ses bras, elle a dit: « Qui est ce monsieur? ». Donc il était parti déjà depuis plus 2 ans, parce qu’Alice ne le reconnaissait pas. Ils sont venus en train. Moi je disais toujours « arrêtez, arrêtez, Maman, c'est pas possible ! » parce qu’il y avait une histoire qu’elle me racontait toujours. C'était celle de Linda de Suza, une chanteuse portugaise qui a beaucoup souffert aussi. Quand elle est arrivée en France, elle est venue toute seule avec un bébé et une valise en carton. Elle se plaignait que sa Maman, elle, avait voyagé avec une valise en carton et un bébé et tout ça. Et ma mère me toujours disait « Mon Dieu, elle se plaint, mais elle avait une valise! Nous on n'avait pas même de valise! » Alors quand elle m'a dit ça, moi j'ai dit: « Mais comment ça? ». Elle m'a dit: « Tous les enfants avaient leur baluchon et c'est tout ». Et c'est comme ça qu’ils sont arrivés (sauf ma grand -mère qui avait des valises).

On ne connaît pas la raison pour laquelle son Papa est venu en France. Je pense que c'était la misère, un manque de travail ou quelque chose comme ça. Je ne sais pas s'il est venu comme la plupart des polonais pour travailler dans des mines et après comme il avait essayé un peu, il a arrêté. Je ne sais pas… Je me souviens ma mère m'a dit que son père disait souvent « L'enfer sur la terre je connaîtrais pas ». Alors, s'il a travaillé dans les mines ou s’il a travaillé directement à la ferme, ça je ne sais pas.

Joséphine Buchwald : Tu sais, quand on est venu en France, j'avais 12 ans et demi. Surtout, j'ai détesté la nourriture française. Tu aimes la nourriture ici? Moi non plus, ah oui, ça je n'aime pas trop ici, même maintenant.

Sa fille Monique : Oui, c'est sûr que ça devait être difficile au début. La langue, le logement, la nourriture... Mais après, vous savez, elle s'est mariée rapidement quand elle avait 18 ans, et quand vous êtes jeune et vous devenez adolescent, ça doit passer assez vite, je pense. Alors elle avait 18 ans et mon père 21. C'était jeune, n'est-ce pas?
Après elle avait du malheur parce qu’elle a perdu son enfant. Elle a perdu sa petite fille de 2 ans et demi. Ca doit être vraiment dur. Elle avait une méningite. A l'époque, on ne savait pas soigner la méningite. C'était sa première. En 1935, elle s’est mariée, en 1936 elle avait sa petite et en 1939 elle l’a perdu. Et après c'est moi qui suis arrivée. Elle était contente parce que je lui ressemblais un peu mais on ne remplace jamais un autre enfant. Puisque jusqu'à la fin, elle en a toujours parlé. Moi je disais: « Mais tu avais aussi un mari qui est décédé ». « Oui, elle m'a dit, mais c'est d'abord la petite, la petite. ». Pourtant il y avait longtemps, mais elle en parlait tout le temps, tout le temps.

Elle a travaillé dans la banlieue lilloise. Il y avait un ramassage de car et il y a eu un accident. Il y avait 37 filles dans ce car, je pense, parmi lesquelles 23 blessées, 8 tuées. Donc, il n'y en avait pas beaucoup qui n'avaient rien eu. Et ma mère aussi était blessée. Je ne sais pas comment il peut appeler ça, certain vont dire c'est le sort, certain le destin, d'autre …. je ne sais quoi.
Ma mère m'a toujours dit que quand elle était très jeune, elle avait une amie qui a travaillé avec elle plus âgée, de l'âge de sa sœur, qui lui a dit: « Ecoute, toi tu es toujours en train de dormir en rentrant, on change de place, parce que moi j'ai envie de lire » et là où elle était il y avait de la lumière. Donc cette fille a changé de place avec maman et la fille a été tuée. C'est le destin, finalement c'était cette fille qui a cherché la mort.
Elle m'a toujours dit: « j'étais jeune ». Mais jeune, ca veut dire quoi? Jeune, jeune. Mais moi, je n'étais pas trop curieuse, je n’ai pas demandé. Ma mère avait 13 ans et demi.

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