La vie de Suzy à Penne

Un témoignage de Suzanne Gizard,
né(e) le 8 avril 1927
Mémoire recueillie à

« Suzy » est née à Penne en 1927 et elle y est toujours restée. Aujourd’hui elle a quatre vingt-deux ans. Suzy est allée à l’école de Penne et à cette époque les conditions étaient toutes autres. Les élèves allaient à l’école 5 jours sur 7 et les jours de congés étaient le jeudi et le dimanche. Les élèves avaient un rôle différent à l’école, il ne s’agissait pas d’arriver en classe et d’attendre que la journée se déroule. En effet les élèves de service veillaient au bon fonctionnement des lieux à savoir, faire le ménage et allumer le poêle à bois une demi-heure avant l’arrivée des élèves, ce qui laisse supposer la chaleur qui régnait lorsque les cours commençaient. De plus à la campagne la cantine n’existait pas, les élèves étaient tenus d’amener leurs « gamelles » qu’ils faisaient ensuite réchauffer sur le poêle.
A l’âge de quatorze ans Suzy arrête l’école et commence à travailler dans l’usine de jouets de Penne. Celle-ci fut crée à l’initiative de Clara Clandiani dans le but de donner du travail aux réfugiés espagnols ayant fui la guerre civile. Son premier jour, elle le passe à faire des pointes (tiges métalliques meulées) et par la suite elle travaille au montage des jouets puis à la peinture. Les jouets fabriqués étaient des cerceaux, des charrettes avec des bœufs, et des jeux de construction. Pendant l’interview Suzy s’arrête et nous dit : « l’usine nous a apporté du bon et du mauvais ».Quand nous lui demandons pourquoi, elle répond : « Du bon parce que l’usine a créé des emplois, du mauvais car durant la guerre un espion dans l’usine a dénoncé et fait attaquer le maquis ». Suzy à vécu le jour de la rafle en direct. Elle était chez elle avec son père lorsque la milice française est arrivée pour arrêter ses deux frères. Les deux concernés étaient absents, son père fut pris à leur place.


A ce moment de l’histoire les distractions pour les jeunes étaient très limitées. Leurs seuls amusements se faisaient à l’abri des regards durant les bals clandestins qu’ils organisaient. Les jeunes se passaient le mot et la nuit venue, ils partaient à pied dans des fermes éloignées accompagnés d’un accordéoniste. Suzy avait dix sept ans.


En 1933, l’électricité arrive dans le village. En 1936 c’est au tour de l’eau courante ce qui révolutionne la vie des villageois. En effet quatre bornes fontaines sont installées supprimant ainsi les nombreux trajets pour aller chercher l’eau. L’arrivé de ces nouvelles technologies permet l’arrivée de la machine à laver, outil qui a changé la vie de Suzy, il n’était désormais plus nécessaire de descendre à la rivière ou au lavoir pour faire sa lessive.


Durant ces soixante dernières années, la vie à Penne a beaucoup changé. Autrefois, il y avait beaucoup plus d’activités. On y trouvait deux boulangers, deux bouchers, un sabotier, deux cordonniers, un tailleur, une usine de licols, un coiffeur, quatre écoles, une dans le bourg et trois autres dans les hameaux de Belaygue, St Paul de Mamiac et Moncéré. Aujourd’hui il ne reste qu’un bar restaurant et une épicerie.

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