la vie n’est pas un long fleuve tranquille

Un témoignage de Bernadette D.,
né(e) le 20 décembre 1929
Mémoire recueillie à

Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Bernadette. Elle nous attend dans la salle d’animation, prête à nous raconter un passage marquant de sa vie, son enfance à Royan lors de la Seconde Guerre Mondiale.


Bernadette est née en décembre 1929. Son père travaillait au ministère de la Marine et sa mère était musicienne issue du conservatoire de piano de Paris. Sa famille est essentiellement composée de médecins, pharmaciens, enseignants et voyageurs. Elle-même a travaillé pendant quarante-cinq ans en tant que pharmacienne.


La Seconde Guerre Mondiale s’est déclarée dans l’année de ses dix ans. Pendant l’occupation, dans les environs de Royan, les Allemands étaient environ cinquante milles pour dix milles Français. La cohabitation de la population locale était forcée. Il y avait une base militaire accompagnée d’une flotte très importante. La famille de Bernadette a eu essentiellement faim et froid pendant cette période, heureusement les hivers n’ont pas été trop durs. Les militaires Allemands réquisitionnaient les réserves alimentaires et la population locale ne pouvait donc plus manger à sa faim.


Dans la famille de Bernadette, on ne pouvait faire à manger plusieurs fois par jour aux deux parents et à leurs trois enfants. Seul le père avait le droit à deux repas par jour car il était grand et en avait besoin. Heureusement, les enfants avaient trouvés une solution pour manger plus à leurs faims. En effet Royan étant une station balnéaire, beaucoup d’habitations appartenaient à des parisiens et n’étaient pas utilisées du fait de l’interdiction d’accès de la région. Les enfants allaient donc de jardins en jardins, escaladant les clôtures pour aller manger les fruits présents dans les arbres et buissons. Lorsque les Allemands les questionnaient sur leurs présences dans un jardin, ils répondaient habilement que c’était le jardin de leur tante habitant Paris. Ces fruits les ont bien aidés car il n’y avait vraiment plus rien à manger. Leurs mères était au courant de leurs petits « méfaits » mais ne pouvait rien leur dire car elles n’étaient pas en capacité de leurs trouver de quoi se nourrir.


Les Allemands avaient instaurés des heures de sorties, il fallait laisser les volets fermés à certaines heures. Ses parents faisaient aux mieux pour leurs enfants. Le père et la mère leurs ont donnés des cours car il n’y avait pas la possibilité d’aller dans une école. Ils passaient de bons moments malgré tout, d’après Bernadette, grâce à la proximité de la mer où les Allemands les laissaient assez libre. Les enfants allaient pêcher la crevette rose, les bigorneaux et les huitres tout en se baignant.


Ses parents avaient la radio ce qui n’était pas fréquent à l’époque. Il fallait faire le moins de bruit possible à table afin d’entendre malgré le signal qui était brouillé. Bernadette et sa sœur allait porter à l’occasion des messages même si à l’époque elles ne savaient pas ce qu’ils voulaient dire. C’est comme ça qu’un peu avant le débarquement, elles lurent un poème de Verlaine qui signifiait l’arrivée du débarquement : « Les sanglots longs des violons de l’automne berce mon cœur d’une langueur monotone ».


Le 2 novembre 1944, après la libération de la quasi-intégralité de la France, il ne restait que deux villes sur la côte Atlantique encore occupée par les Allemands, La Rochelle et Royan. Les Allemands ont donc décidés de faire partir l’essentiel des habitants à part quelques médecins et infirmières. La famille entière, à l’exception de son petit frère qui était partis avant du fait des évènements, a donc pris la route avec seulement une tenue qu’ils portaient sur eux et les principaux papiers importants. Bernadette s’en souvient encore, elle était habillée avec une jupe écossaise et un pull. Il faisait un temps magnifique quand ils ont traversés la ligne de démarcation qui séparait Allemands et Français. Comme ils étaient en Charente maritime, pays de vins, il y avait des vignes à perte de vue, les vendanges n’avaient pas été faites alors ils mangèrent du raisin, ce qui reste un bon souvenir dans l’esprit de Bernadette.


Le 6 janvier 1945, la ville de Royan a été complètement détruite à la suite de bombardement, il ne restait plus rien, tous ceux qui avaient vécus là n’ont rien retrouvés.


Après cet entretien très agréable, nous avons remerciés Bernadette d’avoir partagé ces moments de son enfance avec nous.


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