LAISSONS LA GARONNE EN PAIX !

Un témoignage de Paul Toitot,
né(e) le 13 mai 1956
Mémoire recueillie à


Paul est né à Langon le 13 mai 1956. Grand amateur de pêche depuis son enfance, et très enthousiaste à l’idée d’être interviewé, c’est la mémoire chargée d’anecdotes qu’il est venu nous rendre visite.


« Lorsque j’avais 10-12 ans le commerce fluvial s’exerçait encore, mais je n’ai pas connu le temps des bateliers. C’est bien trop vieux ! A chaque marée, on pouvait compter une trentaine de péniches naviguant sur la Garonne. Étant amateur de pêche, avec mes copains du moment, on attaquait les bateaux avec des mottes de terre car ils faisaient fuir les anguilles. Nos anguilles ! A l’époque nous n’avions pas les mêmes loisirs que les jeunes d’aujourd’hui, les bords de Garonne était notre terrain de jeux favori. »


L’air pensif, il poursuit :


« Malheureusement, tout est tombé à l’abandon, l’extraction de gravier a causé beaucoup de dégâts. Contrôlés la journée, les dragueurs, une trentaine environ, profitaient de la nuit pour tout saccager. Toutes les berges se sont effondrées et les frayères ont été détruites. Le bouchon vaseux qui venait de l’estuaire n’arrivait jamais chez nous. Il allait au plus jusqu’ à Cadillac. Toutes les plages de gravier et les accès aux berges ont disparu, recouverts par la vase. Le bouchon vaseux est un phénomène irréversible qui monte chaque année un peu plus. Je me rappelle aussi de certaines inondations qui ont marqué l’histoire locale. La plus marquante a été celle de 1981. L’eau est montée, par endroits, jusqu’à onze mètres. Suite à ces impressionnantes crues, la Garonne a été régulée par des barrages. Nous avions l’habitude de « recevoir l’eau », nous nous informions auprès des mairies où les crues étaient annoncées. L’entraide et la solidarité étaient de mise. »


C’est en se remémorant ces épisodes, que Paul reprend son récit quelque peu agacé :


« Aujourd’hui les habitants des bords de Garonne sont des citadins qui ne connaissent le fleuve que par ses belles cartes postales et sous ses meilleurs jours. La Garonne ne meurt pas l’hiver ! Je me méfie maintenant des moindres projets liés à la Garonne comme le transport ou le tourisme fluvial. On ne sait jamais à qui cela va réellement profiter. Dans ces projets le profit personnel prend souvent le pas sur l’intérêt général. Chaque aménagement est une nouvelle agression. Le niveau de la Garonne a baissé de deux mètres, aujourd’hui elle est inexploitable et les dégâts causés sont irréversibles. Laissons la Garonne en paix ! »


Les bons souvenirs radoucissent son discours :


« A mon époque, le loisir principal des habitants était la pêche. Ceux qui ne partaient pas en vacances allaient se divertir en bord de Garonne. J’ai d’ailleurs appris à nager entre deux « biroles », sorte de filet tournant pour pêcher. On y trouvait beaucoup de poissons et en très grande quantité : aloses, esturgeons, saumons, gardons, lamproillons… On pêchait les aloses par centaines. Il y avait des montagnes d’anguilles. Elles sont aujourd’hui comme les dinosaures, elles ont disparu ! »


Avec un large sourire, il conclut :


« J’aimais tellement pêcher ! Je dois vous avouer qu’à mes douze ans, sur le souhait de mes parents j’allais faire ma première communion. Mais comme j’avais, à plusieurs reprises, séché la messe pour aller à la pêche, le curé ne voulait rien savoir. Heureusement pour moi, il a changé d’avis. C’était le bon vieux temps comme disent les vieux d’aujourd’hui ! »



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