Le courage et la générosité de Madeleine

Un témoignage de Madeleine Hourcade,
né(e) le 15 février 1929
Mémoire recueillie à


Je suis née un vendredi 15 février 1929, j'habitais le village de Gomer, côté de Soumouloun Alors maintenant que je l'ai quitté, c'est plus mon village presque. Je n’ai pas eu un regret de quitter ma maison ; mais comme je suis tombée j'ai eu un choc à la tête qui a fait que je n'ai pas exactement réalisé ce que je faisais. C'est pour ça que je pense que je suis partie de chez moi sans me rendre compte que je partais pour toujours. Mais ça ne me manque pas parce que je m'y été préparé.


Je suis la 3ème de 11 enfants. Ma mère était héritière d’une maison et d’une propriété et mon père qui est venu pour épouser ma mère s'est occupé des terres et des animaux. J'ai été à l'école de Gomer, on était 12 et après on a été que 8, ce n'était pas des classes uniques, c'était des classes générales. Et les aînés de l'école faisaient lire les petits. Moi je ne l’ai pas fait car j'ai dû quitter l'école pendant 2 ans pour des raisons de santé de l'âge de 7 ans à 9 ans. Ma sœur et moi avions une luxation congénitale et j'ai été opéré à la maison. A 9 ans j'ai repris les études et j'ai passé mon certificat d'études à 14 ans. Je l'ai eu ! L'institutrice tenait à ce qu'il y ait quelqu'un du village qui nous porte les devoirs, donc on nous donnait les leçons qu'ils avaient à l'école, et on les faisait quelques jours après. Cette institutrice était près des enfants elle nous avait pris un peu sous son aile.


Après mon école à 15 ans, j'ai dû m'occuper du petit frère qui est arrivé car ma mère était au lit avec une pleurésie. Alors il a fallut que je m'en occupe pendant 3 mois. Ensuite, j'avais à peine 20 ans j'ai dû aller m'occuper d'un neveu. C'est une école de la vie que l’on n’a pas souvent. Ma sœur était dans le Gers et avec maman on se remplaçait parce qu'elle est tombée malade à la naissance du premier et elle est restée 3 mois alitée. Alors avec maman on partait toutes les 3 semaines, on se relayait car à la maison il restait encore 7 enfants. Il y avait la grand-mère mais qui était très âgée. Alors je suis partie dans le Gers pendant 6 mois. Et puis après, il y a eu une autre sœur qui s’est mariée et donc qu'il a fallut aller aider et ça, ça se trouvait à Jurançon. Alors pendant 10 ans, j'ai été un peu à droite et à gauche pour aider l'un et l'autre et puis après il y a d'autres frères et sœurs qui se sont mariés et qui ont fait leur vie alors à la maison c'est moi qui suis restée parce que je n’avais pas vraiment d'avenir précis.


Je ne peux pas dire que j'ai été malheureuse. J'ai été heureuse parce que j'ai fait ce que je pouvais dans mon état, car j'aurai pu ne rien faire mais des fois j'allais ramasser du foin, des haricots. J'y allais mais moins longtemps que les autres. Mais j'y allais car il le fallait on n’avait pas le choix. « Le rang que tu auras fait toi, je n’aurai pas à le faire ! » En plus de ça, il y en a 2 qui sont nés pendant la guerre, alors là on a vécu des années un peu plus turbulentes.


Il fallait aller chercher le pain et on en trouvait pas alors on faisait avec la pâte de maïs. Heureusement qu'on avait des vaches qui avaient du lait. On faisait donc de la « Broye » (farine de maïs avec de l'eau et du sucre) pour remplacer le pain avec du lait et le soir on soupait souvent avec cela. On allait chercher 2 kilos de pain pour 10 personnes, alors quand chacun avait sa tartine, il n'en rester pas beaucoup. Et on n’était pas sur le lendemain de pouvoir en avoir parce que pendant la guerre on avait des tickets de rationnement. C'était le maire qui les distribuait car on était sous le régime de Pétain. C'était comme une carte d'identité où dedans il y avait un carnet qui contenait des tickets. Alors l'un c'était sucre l'autre c'était farine et un autre pain…Après on allait chercher la nourriture à Soumoulou chez les commerçants mais ils n’avaient pas grand chose. Pendant la guerre il y avait le blocus et donc on avait des rations par personne. Et donc la boulangère qui faisait le pain n'était pas sure d'avoir la farine le lendemain pour le faire. Comme on avait du lait donc on compensait avec des laitages. On avait de la chance d'avoir du lait. De plus le mari de l'institutrice est parti à la guerre, et il a dit à mon père « puisque tu as des enfants est ce que ton fils ainé à l'âge de s'occuper du bétail, alors est ce que je peux te confier mes bêtes ? ». Et pendant 3 ou 4 ans il nous a confié ses bêtes car il a été fait prisonnier. Ca nous faisait donc des bêtes en plus.


A cette époque nous n’avions pas l'eau courante, ni l'électricité. On a eu l'électricité qu’en 1951, donc pour toutes ces bêtes il fallait tirer l'eau à la pompe. Alors c'était chacun son tour parce qu'il fallait y aller qu'il pleuve ou qu'il vente. Nous on avait 8 bêtes et le mari de l'institutrice nous en avait confié 10 donc ça nous faisait 18 têtes en tout. Ma vie ne s’est pas passé en travaillant mais elle s'est passé en de grandes occupations, car après on avait des oies, des canards, des poulets qu'il fallait garder, nettoyer. On mangeait les légumes du potager (carotte, poireaux, patate), les animaux de la ferme.


Je suis restée chez mes parents ça m'avez pris du temps de garder mes neveux et nièces dans le Gers... il fallait aller laver le linge dans une mare... faire des travaux qui n'était pas facile...


J'ai dû beaucoup aider mes sœurs ainées, je ne veux pas dire que ça m'a gêné dans mon propre avenir mais j'ai vécu l'avenir comme il se présentait, événement par événement. Comme j'étais la troisième de 11 enfants je faisais un peu la suppléante de ma maman. Je ne regrette pas du tout ma vie comme elle s'est déroulée. On m’a proposé deux fois d'aller travailler chez la couturière, mais ça me disait rien d'aller faire l'apprentissage, j'étais très casanière. Ça me disait rien de partir, bien-sur quand on a dû partir dans le Gers on est parti même si ce n’était pas très marrant...Mais bon à 20 ans on réalise mal ce qu'est la vie, à cette époque là...Un certain temps j'ai voulu exercer le métier « d'aide familiale »...


J'ai eu l'occasion sans avoir le diplôme de le faire en aidant les gens de ma famille.


Je n'ai pas eu le salaire non plus mais ça ne fait rien, j'ai eu des compensations qui remplace bien des salaires...J'ai mes neveux qui viennent me voir souvent, ils sont reconnaissants, c'est le fait qu’ils ont été élevé comme cela.


Quand j'ai eu fini de m'occuper de mes neveux et nièces, j'avais 35, 40 ans. Mais je n'ai pas vu les années passées, comme je disais on allait aider là où il fallait. C'était l'entraide familiale.


Ce qui m'a été le plus dur c'est qu'un jour il y avait la fête à côté de chez moi et que je n'ai pas pu y rentrer à cette fête alors que je tenais absolument à y aller. Je n'avais pas pu y aller car j'étais dans le Gers pour aider ma sœur et donc j'y suis allée le lendemain mais je voulais y aller le premier jour. C'est la seule ombre qu'il y a au tableau.


Après c'était les années 51 ma grand mère est décédée ma mère avait 50 ans et mes frères étaient partis en apprentissage ; l'un à Jurançon et l'autre à Gelos et alors quand ils rentraient il fallait faire la lessive, raccommoder les bleus de travail et je ne vous dis pas tout ce que j'ai raccommodé...Ensuite on a fait les 50 ans de mariage de mes parents en 1975 et mon père est décédé 3 mois après. Du coup il ne restait que maman et moi avec un frère à la maison. Après maman a eu un cancer de l'intestin et en 1984, j'ai été aidé par ma sœur pour m'occuper de maman. Les années sont passées sans regrets sans rien. C'était mon tempérament, j'ai pris les évènements comme ils se sont passés et ça m'a suffit. Une fois que maman est décédée, je suis restée toute seule à la maison car mon frère est décédé en 2000. Et comme il avait son entreprise juste à coté, il fallait faire manger les ouvriers le midi.


En 1955, j'ai pu aller encadrer des jeunes en camp de vacances. On m'a proposé d'y aller et je leur ai dit que je ne faisais pas de la cuisine raffinée, que je faisais de la tambouille et comme ça leur convenait j'y suis allée. Je n'étais pas rémunérée pendant ces camps, c’était bénévole. C'est un peu comme cela que se résume ma vie, dans le bénévolat. J'ai donné un peu de ce que j'avais. Je me rappelle que même le docteur on ne l'appelait pas tout de suite et je le fait encore aujourd'hui je dis « ça va passer »... Car je l'ai tellement entendu dire que ça fait parti de moi même. Donc du fait de savoir qu’on n’avait pas beaucoup d'argent, ça m'a pas trop motivée à en gagner car je sais que chez moi on en avait juste quand on en avait besoin. Alors on fait confiance à la providence...


Je suis arrivée à la maison de retraite il y a 6 mois, car j'ai fait une chute une nuit à 5 heures du matin. J'avais ma présence verte mais il fallait que je fasse quelques pas pour l'attraper et je n'ai pas pu les faire car je suis tombée en arrière. J'avais de l'aide à la maison, j'avais une aide soignante, une aide pour le midi et le soir quand j'ai pu je me suis débrouillée. Je me débrouille un peu toute seule même ici. A la maison j'avais le secours de ma sœur qui était à côté donc quand j'avais besoin je savais qu'elle était là. Elle venait me voir 2 fois par jours. L'an dernier je suis allée faire un stage de 15 jours à Pontacq car je me suis dis que j'allais soulager les miens, pour aller voir comment ça se passe en maison de retraite. Et après j'ai attendu 8 mois pour avoir une place ici. J'ai encore beaucoup de famille qui vient me voir ils viennent quand ils peuvent mais je ne suis pas malheureuse je suis même plutôt très heureuse !



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