Le progrès, ca a été un peu vite, ca a bousculé la vie des gens.

Un témoignage de ,
Mémoire recueillie à

Que faisiez-vous le week-end quand vous étiez plus jeune ?
Je vais vous dire quand j’avais 12 ans, j’allais à la ferme chez mon oncle, ils avaient une ferme à Durtal. Je passais un mois à la ferme. Je voyais ce qu’il s’y passait, je voyais ma tante et ma cousine traire les vaches, à la main, avec leurs doigts. Le lait coulait dans le seau qu’elles tenaient entre leurs jambes, je me rappelle de ça.
Ma femme je l’ai rencontré à 17 ans, je l’ai aimé très jeune. A 17 ans, on sortait pas ensemble, c’était ma petite copine. Puis après quand on a eu 18/19 ans, on a commencé à sortir. Et les allemands étaient à Angers, à ce moment là. Ils occupaient la ville d’Angers, ils occupaient la France. Quand on allait au cinéma ils nous laissaient tranquille ; ce qu’il y avait, quand ils marchaient sur le boulevard fallait se déranger s’ils arrivaient contre nous, fallait leur laisser le passage. Et puis on revenait le soir, je reconduisais ma compagne, ma petite amie, je la reconduisais chez sa maman. Mais je n’embrassais jamais ma petite amie devant sa maman ; à cette époque là, c’était un peu impoli. Je l’embrassais toujours avant de rentrer à la maison, dehors. Voila, on faisait nos effusions amoureuses dehors.
On s’est marié on avait 20 ans, alors là ca été fini le bal. On avait notre petite fille, notre petite Marie-Claire qui est venue au monde, alors vous savez notre vie a changé, on était responsable de nos enfants.
Avant d’être des parents est-ce que vous partiez en vacances ?
Non, on est partis après plutôt. Après quand on a pu, on avait des mobylettes, on a été en mobylette à Pornic, y a un village après qui s’appelle Sainte Marie de la Mer, on a été là avec Alain et Marie-Claire (les enfants). On a avait des petits paniers derrière nos vélomoteurs Et on a été jusqu’à la-bas en mobylette. C’était formidable, j’avais pas peur ; maintenant je le ferai plus parce que j’aurais trop peur de tomber en panne.

Comment avez-vous vécu les divers changements technologiques?
Au début, on n’avait rien. Celui qui avait un nouveau vélo c’était un événement. On disait : « qu’est ce qu’il est beau ton vélo, qu’est ce qu’il est chouette ». Et puis y avait rien, on avait rien. Y avait pas de tsf on avait rien. On a eu une tsf d’abord, parce que je connaissais un monsieur, il avait été en Allemagne, et il les fabriquait lui-même alors j’avais été chez lui. Le soir, on écoutait les informations, la musique tout ça. Après, on a eu un petit frigo. Pouvoir conserver les aliments frais c’était un événement.
Et Internet, vous en pensez quoi ?
Pour moi Internet c’est un mot mystérieux. J’entends parler de ça mais je ne sais absolument pas ce que c’est. Le comment, comment qu’on appelle ça, les machines qui calculent … ah oui les ordinateurs. Moi à mon âge ca me dépasse, et je ne cherche pas à comprendre, c’est trop compliqué pour moi. Mon gendre il a un … ordinateur, Alors il prend ses billets de train par internet. Je vous dis ça me dépasse.
Le progrès, ça a été un peu vite, ça a bousculé la vie des gens. Regarder maintenant à quelle vitesse ils vont les avions, c’est incroyable. Ma fille, elle a été en Chine. Vous vous rendez compte, j’aurais jamais cru que ma petite Marie-Claire elle irait un jour en Chine. La Chine c’est formidable, c’est le pays qui va nous engloutir, vous ne croyez pas.

Qu’est ce qui a changé dans la société, au niveau des valeurs, de la consommation ?
Oui maintenant c’est la consommation. Moi j’ai été, avec ma femme, dans la première grande surface à Angers. Alors on a été voir ça, on a attendu que les portes s’ouvrent. Et quand on est rentré là-dedans et qu’on a vu qu’on pouvait se servir, ca a été un événement formidable, une claque. Et pis, maintenant on vit dans la société de consommation. Est-ce que c’est mieux ? Je ne sais pas. Naturellement, y a ceux qui peuvent acheter et ceux qui peuvent pas et puis y a des produits qui sont tellement bricolés, sophistiqués. Est-ce que c’est mieux tout ca ? Y a des aliments bio. Alors autrement y a beaucoup de conservateurs, de ci de ca, dans les aliments, des colorants. Moi ca me fait peur tout ca, on voit tellement de maladies.

Au niveau de la famille, est-ce qu’il y a des choses qui ont changées ?
A oui ca a changé. Moi quand j’étais jeune, on allait à la bonne année, on allait chez les oncles et tantes. On prenait nos vélo, on allait chez nos tantes et on disait : « tante, je te souhaite une bonne année ». On avait une orange, je peux vous le certifier, on avait une orange. Mais la notion de famille a changé, il y a plus le respect familial qu’il y avait dans le temps. Il y avait un très grand respect de la famille : les oncles, les tantes, tout ca, ca comptait beaucoup. Les gens se causent plus, moi je vois dans ma rue, les jeunes en face, y en a, pas tous, s’ils me voient ils me saluent, ils me disent bonjour et c’est tout. Il y a plus de rapport comme il y avait. Les voisins se parlaient, maintenant on se parle beaucoup moins.

Y a-t-il eu des changements entre les hommes et les femmes, à la maison au travail ?
Oui il y avait des différences, c’était l’homme qui gérait. La femme elle s’occupait de sa maison, de faire son ménage, la cuisine. Mais c’était l’homme qui supplantait, c’était l’homme le chef de la famille, en général, à moins que la femme elle est des capacités intellectuelles très évoluées et puis qu’elle puisse diriger au dessus de son mari. Mais en général, c’était l’homme.
Et au travail, les femmes et les hommes étaient mélangés ?
Mr : …vous savez, c’est pas toujours merveilleux le brassage. Ca a amené beaucoup de rupture de ménage, comme à Thomson et tout ça, ca a fait beaucoup de mal. La femme, elle avait son auto, elle a trouvé sa liberté…Ca lui a amené une liberté qu’elle n’avait pas avant, avant elle s’occupait de la maison avec ses enfants, tandis que là, ca lui a amené un changement de vie. Ça a joué dans les couples, ça a amené malheureusement beaucoup de séparation, enfin beaucoup, c’est un grand mot, mais des séparations quand même.

Si vous aviez un appareil à remonter le temps, à quelle époque souhaiteriez –vous vivre ?
Moi je trouve que ceux qui ont la chance d’avoir du travail, ils sont plus heureux que nos aïeux car la vie était très rude dans le temps. Moi, chez ma mère, c’était la cuisinière qu’il y avait. Dans nos chambres, on n’avait pas de chauffage, on mettait une brique enveloppée dans du journal à nos pieds. Alors vous savez remonter dans le temps… Vous savez nos aïeux ont eu beaucoup de mal, c’était dur la vie, le travail était très dur. Non, je n’aimerais pas remonter dans le temps. Celui qui a la chance d’avoir du travail, et d’avoir l’argent nécessaire pour pouvoir vivre (parce que faut plus d’argent que dans le temps), et bien, ils ont le confort et l’autonomie.

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