Le retour de la guerre de mon père

Un témoignage de René Bricou,
né(e) le 1 janvier 1940
Mémoire recueillie à

Mon père, il y a 64 ans maintenant, est arrivé d’Allemagne, à la fin de la guerre en gare de Cognac. Ce jour-là, la lune était rousse, la vigne végétait, il faisait froid, mais le ciel était uniformément bleu. J’ai traversé les voies et me suis jeté dans les bras de mon père en disant : « Voilà papa !». Je me vois lui sauter au cou comme si c’était ce matin.

J’ai reconnu mon père parce qu’à la maison, il y avait son portrait en photo dans toutes les pièces. Autrement, je ne le connaissais pas, car je suis né le 5 janvier 40, pendant la guerre. Et c’est moi le premier qui lui aie sauté dans les bras.

On m’a ensuite raconté que durant tout l’après-midi, je lui ai touché les jambes. Tout le monde riait. Pour eux, c’était probablement parce que sur les photos de mon père, il n‘y avait que le buste. Dans mon cerveau d’enfant, cela voulait dire qu’il n’avait pas de jambes. Voilà mon souvenir d’enfant, impérissable.

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