L’école à la campagne

Un témoignage de Marie-Louise P.,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à



-« J’ai été à l’école jusqu’à mes 13 ans à Theys (aux pieds de Belledonne) dans une école catholique et privée mais tenue par des célibataires religieuses. J’habitais la campagne et il y avait avant moi mon frère, qui portait des blouses noires. Je les ai donc récupérées. Ensuite, maman nous faisait des blouses en couleur. J’ai été en internat à partir de mes 10 ans seulement l’hiver. J’étais à 2 km et demi de l’école. On faisait tout à pieds. Et l’hiver mon père attelait le cheval avec la luge et on montait dessus et il nous conduisait à l’école, conduit par le cheval. Ce sont de très bons souvenirs. Je n’ai jamais été très bonne en rédaction, je faisais quelques fautes, j’étais souvent à la traine. Je n’ai jamais été dans les premières. Nous avions deux professeurs, assez gentils mais nous avions une directrice très dure. Vraiment dure, elle ne ménageait pas ses mots. Et ça, ça m’a marquée. Surtout parce que j’étais toujours dans les dernières donc j’étais punie. On nous faisait faire des lignes qu’on devait faire signer aux parents. On commençait l’école à 8 h et l’après-midi on faisait 13h-17h ou 16h, je ne me souviens plus. Maintenant ce n’est plus les mêmes horaires.


Mes frères ont commencés dans la même école que moi. Jusqu’à environ 6 ans, il y avait quelques garçons puis ensuite chacun a eu son école ; les filles d’un côté, les garçons de l’autre. Quand je suis sortie de l’école, à l’âge de 13 ans, j’ai aidé mes parents. Comme j’étais une des plus grandes, je devais m’occuper de mes frères et sœurs. On était 8 enfants, je suis la seconde. Je faisais partie des grands. »


Vous avez des regrets ?


-« Oui, je regrette de ne pas avoir au moins fait de l’enseignement ménager, des formations... Mais vous savez, quand on est pris dans le travail le temps passe… Mais on ne m’a jamais demandé ce que je voulais faire. J’aurais aimé pouvoir avoir une formation plus poussée vers un métier, être motivée vraiment pour quelque chose. Puis ensuite j’ai été placée donc là il fallait encore faire ce qu’on me disait. »


Et quel regard vous portez sur l’école d’aujourd’hui ?


-« Il y a beaucoup trop de violence, c’est ce qui me marque le plus. Alors qu’à notre époque pas du tout. Je trouve que les enfants font trop ce qu’ils veulent, on leur demande ce qu’ils veulent manger, nous non, jamais ! Ce n’était pas comme ça. Nous, il y avait un repas et il fallait manger ce qu’il y avait. »


Et la personne qui vous a le plus marqué dans votre milieu scolaire ?


-« La directrice. Une femme très dure et très sévère. Quand on entrait à l’école, on avait des petits bureaux avec de quoi mettre nos cahiers en dessous puis quand on changé de divisions, on avait des bureaux qui se levaient. On écrivait à l’encre, à la plume, on n’avait pas de stylos Bic. A l’époque, les parents étaient plus fermes que maintenant. »



Et comment s’est passé l’internat ?


-« Vous savez, ça ne me plaisait pas tellement parce que je préférais être avec ma famille qu’à l’internat. La séparation a été difficile. Et puis tous les jours, mes frères qui n’étaient pas en pension passaient sur la route, tout près de mon école... Mais ce n’est pas pour ça qu’ils venaient me dire bonjour… On n’aurait peut-être pas supporté…


On était dans un dortoir, il y avait une dizaine de filles et une institutrice dans le coin qui nous surveillait. Une cuisinière, qui a bien cuisiné. Ma sœur aussi a été en internat mais elle seulement à 14 ans, une fois qu’elle a eu son certificat. Moi j’y ai été surtout pour que je travaille plus parce que le soir quand je rentrais à la maison avec tous les frères et sœurs, il était difficile de travailler, maman n’était pas toujours disponible.


Comme on était à la campagne, mes frères allaient s’occuper des bêtes, nous on chargeait le bois. Puis il y a eu le début de la guerre. J’avais 11-12 ans. Mais on était à la campagne donc on n’a pas eu faim comme certaines de ses dames qui sont dans la maison. Nous, on avait quand même ce qu’il fallait, on produisait, on avait les bêtes.


On vivait de nos produits, on les vendait mais c’était très dur. C’est un métier difficile. On n’avait pas toutes ces machines qu’il y a aujourd’hui. C’était vraiment physique. On allait aider dans les champs, c’était parfois un peu dur mais fallait le faire. Même si on n’était pas content de le faire on filait, tandis que maintenant… ! Mais je ne vous cache pas que j’étais une râleuse. Quand on me disait quelque chose je râlais toujours. Je râlais mais je le faisais. Mon frère ainé, lui, disait oui mais ne le faisait pas. Vous savez quand on est enfant, c’est lourd de toujours devoir aider ses parents, puis arrêter l’école a été une obligation du coup, je devais aider. »




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