Leçon sur l’amour

Un témoignage de Jean Piger,
né(e) le 3 septembre 1927
Mémoire recueillie à



M. Piger nous reçoit une deuxième fois dans sa chambre pour une nouvelle rencontre pleine d’anecdotes… Assis dans son fauteuil, bien habillé, il nous parle aujourd’hui de sa vie intime et se livre à cœur ouvert. Soucieux de vouloir transmettre aux plus jeunes des valeurs qui lui sont chères, il a souhaité nous parler d’une de ses expériences les plus douloureuses : le divorce. Ainsi, sans que nous le lancions sur le sujet, il commence ce nouvel entretien par un message auquel il tient. Homme de lettres, son discours est clair et précis : il ne reste plus qu’à en prendre de la graine…





« Je voulais vous mettre en garde contre le divorce. Ca vous gâche une vie. C’est mauvais que ce soit généralisé. Il faudrait que les couples, avant de se dire le « oui » définitif, échangent leurs inspirations car chacun a en lui des goûts, des facultés et des désirs qu’il souhaite réaliser quand il y réfléchit un petit peu ou quand il se renseigne. Il faudrait se promettre à l’un et à l’autre d’aider le conjoint à réaliser ses projets. »



Il hausse alors la voie et reprend d’un air grave : « Il faut que ce soit deux êtres tournés l’un vers l’autre et non pas chacun de son côté CAR vous êtes dissemblables et donc il est forcé qu’il y ait des frictions à un moment ou à un autre. J’ai tellement souffert du divorce que je me permets de vous dire ça : rodez bien la recherche que vous avez de votre idéal de vie pour la communiquer à l’autre et promettez-vous de vous aider. »





Il nous montre alors du doigt : « Je ne parle pas de vous deux, pas vous deux individuellement. Promettez-vous de vous aider à les réaliser en passant sur les défauts de l’autre car personne n’est parfait, ni l’un ni l’autre. Si vous ne passez pas tous les jours, si vous ne reconstruisez pas cet amour, ça se creuse, ça se creuse, ça se creuse. L’autre jour, je disais à un ami qui venait me voir : « Dans un couple, il ne faudrait jamais s’endormir sur un malentendu sans s’être réconcilié ». Ne laissez pas grandir dans un couple la mésentente. Sachez que vous en aurez toujours ! Mais c’est à vous de faire le premier pas pour l’atténuer, accepter les spécificités de l’autre.



Voyez vous, j’ai été conseillé municipal, j’ai été même adjoint, j’ai marié beaucoup de couples. Il y a au moins trois ou quatre fois où je me demandais si je devais interrompre la cérémonie parce qu’ils n’étaient pas prêts. Premièrement, une fois la mariée a pleuré sans arrêt toute la cérémonie. Et ce n’était pas sous le coup de l’émotion !!! NON !! C’était parce qu’elle était sous contrainte il me semble… Une deuxième fois, c’était un camarade de classe de mon père qui avait soixante-cinq ans qui s’est marié avec une jeunette de 23 ans. Croyez vous que ce soit du durable ? Croyez vous que ce soit souhaitable ? Ce serait presque un « enlèvement de mineur »… Ah ah ah ah !! Et je vous passe les autres.





Mais enfin, je me permets de vous le dire, même si vous ne m’avez pas interrogé sur ça. Ca gâche tellement la vie et même encore maintenant, parce que, évidemment les enfants ils sont déchirés, surtout quand ça arrive avant leur mariage. Moi même j’ai attendu que mes enfants soient mariés pour régulariser tout ça. Mais ça les a blessés quand même… J’ai deux enfants…




Vous voyez, le mariage, fonder une famille, c’est dans la nature des choses mais il faut tout mener à bon terme autrement c’est un déchirement. J’ai essayé moi un deuxième mariage mais il n’a pas réussi. Il faut que se soit le premier qui réussissent, après il y a pleins d’obstacles. Surtout que je vous le répète, vous n’êtes pas semblable, vous avez des différences, vous avez des … L’amour ça se réinvente tout les jours… »


Et c’est sur ces belles paroles que Monsieur Piger clôt sa parenthèse sur l’amour. Il précise qu’il ne nous impose rien. Seulement qu’il se tient à une de ses formules fétiches dont il prône la véracité « Une vie idéale serait le premier tiers à apprendre, le deuxième à exercer une profession, le troisième à enseigner aux jeunes ». A méditer.





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