L’employé de pharmacie

Un témoignage de Henri Ny,
né(e) le 21 février 1924
Mémoire recueillie à

Bonjour ! Ny Henri, je suis né le 21 février 1924, je suis né à Réalmont. Mes parents étaient à la campagne, ils avaient une ferme où je suis né, là, on vivait nombreux dans les familles et puis on vivait là, on naissait à la maison et on mourait à la maison. Quand moi je suis venu au monde, nous n'avions pas l'électricité à la ferme. On faisait la cuisine sur le feu, le feu de bois. Bientôt après on a acheté quand même une cuisinière. Pour se coucher on avait la bougie ou un petit machin, vous savez, à pétrole. Quand on a mit l'électricité à la ferme, j'avais au moins huit ou neuf ans. Alors Réalmont c'est une petite bourgade, environ 2000 habitants. Il y avait des foires et des marchés très importants. On vendait des bêtes et les gens amenaient les produits avec des chevaux et des carrioles. Il n'y avait pratiquement pas de voiture. Il y en a même beaucoup qui venaient à pied. J'avais un grand-père qui faisait facilement 20 kilomètres pour aller vendre un veau, à pied, de Travanet où il habitait, c'est un village au dessus de la mine là, dans la vallée du Dadou, et allait vendre son veau à Castres. Et il revenait à pied. Il n'avait pas toujours des chevaux, déjà quand ils avaient des chevaux c'était pour travailler et c'était des fermes un peu plus importantes parce que mon grand-père a commencé à zéro et il n'y avait pratiquement pas de possibilité d'avoir des chevaux. C'est venu plus tard. Ça nous parlons de l'époque du début du siècle. Au village il y avait des artisans qui travaillaient avec des outils tout à fait ordinaire, avec une bêche pour travailler le jardin, avec une paire de bœufs et un brabant pour travailler dans la campagne. Beaucoup de gens vivaient à l'époque dans le monde rural, ils travaillaient la terre et vivaient pratiquement avec ce qu'ils produisaient. Ils achetaient très peu de choses. Tout se faisait pratiquement à la main. J'ai commencé l'école à cinq ans et nous faisions ce chemin le matin et le soir à pied et à midi on mangeait à l'école mais il n'y avait pas de cantine, chacun apportait ce qu'il mangeait. A douze ans mon père m'a acheté une bicyclette. Alors ça, c’était un progrès, pour moi considérable, puisque à pied j'avais un rayon de cinq ou six kilomètres, avec la bicyclette j'arrivais à faire cinq kilomètres par jour. Vous voyez déjà l'enchaînement. Pour nous c'était très important parce que j'ai commencé à travailler dans une pharmacie. Normalement on ne commençait le travail qu'à quatorze ans, il faut être allé à l'école jusqu'à quatorze ans, mais du fait que le jeune qui travaillait à la pharmacie est décédé, ils ont cherché quelqu'un tout de suite. C'est tombé sur moi. J'ai travaillé pendant quarante huit ans dans la même pharmacie. À l'époque il n'y avait pas de cours, c'est venu ensuite. Tandis que moi j'ai appris en regardant travailler les autres. À l'époque nous préparions tout, alors j'ai commencé beaucoup plus tard à faire ça. Au début, je faisais surtout du ménage et puis petit à petit on s'est mis à travailler à la pharmacie. On prenait le fruit pour faire du sirop par exemple. Alors on préparait ce qu'il fallait mettre dedans, on avait un mortier, ça s'appelait un mortier, c'était comme un bol en porcelaine, on le pilait, on le mélangeait, et ensuite on remplissait ce cachet, celui qui était vide, on le fermait et c'était prêt. Alors, c'était une technique à acquérir, pour le reste, ça aussi ça a été fait par des laboratoires, des maisons spécialisées, qui l'on fait sur des bases beaucoup plus importantes, nous on faisait un litre par exemple de teinture d'Ordy blanche. D'autres inventions aussi importantes, les vaccins, ça a sauvé combien de monde? Les antibiotiques, on avait 40 degrés (de fièvre) aujourd'hui, demain on était guéri. Vous savez qu'au début, les antibiotiques on faisait 200ml de pénicilline en 24 heures à huit piqures. Donc il fallait faire les piqures toutes les trois heures et quand vous avez fait ça pendant une semaine, vous étiez lessivé parce que dans le village il n'y avait pas d'infirmière, il y avait des religieuses qui faisaient des piqures chez elles mais qui ne sortaient pas. Donc là il fallait sortir la nuit puisqu'il fallait faire toutes les trois heures. Et quand vous aviez trois clients, l'autre là bas, l'autre ailleurs, en bicyclette avec une casserole sous le bras pour stériliser la seringue parce qu'il n'y avait pas de seringue à jeter, et bien je vous assure que vous ne dormiez pas beaucoup. On le faisait gratuitement. J'ai appris à téléphoner à la pharmacie, c'est bizarre parce qu'à l'époque on ne demandait pas le numéro, on demandait le nom. Là il y a eu des progrès important à faire, on se rend pas compte, on se rend pas compte de l'évolution. Internet, c'est quelque chose de formidable.Maintenant on marche à pied, à bicyclette, en voiture ... ça vient naturellement. Et là c'est un petit peu pareil, qui aurait pensé que les savants sauveraient tellement de monde avec leurs vaccins, leurs produits, avec leur travail. Et les gens qui ont des transplantations cardiaques? Ça vous croyez que ça n'a pas été quelque chose de formidable? C'est pour ça que quand on doit citer quelque chose qui vous à frappé, c'est impossible, il y a tellement de choses qui ont été importantes. Mais vous savez, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas nécessaires. Je vais vous dire quelque chose, si on vivait comme nous vivions au début du siècle à l'époque où je suis venu au monde, on travaillerait une journée, on en aurait assez pour vivre largement, parce que maintenant tout ça, ça a crée des besoins.

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