« Les allemands, on lavait leur linge et puis on faisait de la résistance »

Un témoignage de Pauline Leclaire,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

Je m'appelle Pauline Mullen, c'est mon nom de jeune fille bien sûr. Maintenant, c'est Leclaire parce que je suis mariée, ça servira après.

Il y avait une base avec des canons pour tirer sur les avions qui venaient d'Angleterre et elle était à 150 mètres de nous. Nous, on avait cinq maisons parce que c'était presque la campagne. Et y'avait un type, là, qui était toujours avec son commandant et il a voulu que les femmes fassent la lessive une fois par semaine à tour de rôle. Je n'étais pas charmée, je vous le dit. C’était fait comme ça, les femmes l'ont fait quand même. Et puis un jour, il y a des avions anglais qui s'amènent et ils ont voulu raser trop près pour pouvoir les avoir, les bombarder tout ça. Et puis eux bien sûr, ils se sont vengés. Ils ont tiré aussi et il y avait un village au dessous, le village où je suis né. Ils ont tiré avec leurs canons et ils ont tué une vache dans le pré. Ce qu'on a rit, vous savez. On a rigolé d'eux. Mon dieu, mon dieu. Ça, c'était la partie comique.

Après, il y a mon père qui s'est débrouillé pour aller dans les champs barboter des pommes de terres et un petit peu tout ça pour pouvoir manger. Enfin, on n’a pas tellement été malheureux parce qu’avant ça, il y avait toujours des bêtes à la maison, des poulets, des canards, des oies. D'ailleurs, on les élevait, mon frère et moi. On avait 11 mois de différence et on nous prenait d'ailleurs pour des jumeaux. On a été élevés au lait de chèvre. Alors c'est un comique aussi. Mon père, il avait une sœur qui habitait Seclin, le village un peu au dessus et on allait souvent voir ma tante Jeanne. Un dimanche, on allait voir ma tante Jeanne et maman n’avait pas rentré la biquette. Elle a dit « Je vais la rentrer ce soir » mais on est rentré fort tard alors on était fatigués, nous. Maman nous avait habillés pour aller coucher. Elle dit à mon père « Va rentrer la bique-là, parce que je vais pas avoir le temps de le faire ». On n’était pas encore déshabillés que mon père s'amène. Il était sale. « La bique, il dit, tu la rentreras toi-même » parce qu’il c'était pris un coup de corne. Oh, cette bique !!!

Après, il y a les ouvriers qui étaient venus et ils ont demandé une échelle, alors je n'ai pas osé la donner. J'ai dit « Vous reviendrez quand mon père sera là ». Alors mon père revient le soir et il demande ce qu'ils font là alors je lui raconte. « Si, si. Il faut leur donner. Tu vas voir, ils vont se casser la gueule avec ». Et ça n’a pas loupé parce qu’ils l'ont arrangée. Le premier qui est monté dessus s'est sûrement cassé la figure. Après ça a duré presque 5 ans. A la fin de la guerre, on avait faim quand même.

La guerre a fini, j'avais 20 ans. Donc pendant la guerre, j'avais 15-16 ans. Je travaillais à ce moment-là à l'usine chez Terrier qu’ils l'appelaient et ils leurs manquaient des filles en Allemagne et des jeunes. Et ils avaient parlé de nous emmener. Alors mes parents, c'était fini. Ils n’ont pas voulu. Et j'ai été travailler quand même dans une... – vous allez dire que je suis rigolote mais c'est vrai, tout ce que je vous raconte, c'est vrai – … dans une laverie où on faisait le linge des allemands pour ne pas partir en Allemagne. Bien sûr j'étais là, hein ! Les allemands, on lavait leur linge et puis on faisait de la résistance. C'est à dire que, quand c'était des caleçons, on faisait un nœud et puis on tirait, on tirait. Les manches des chemises aussi, on tirait. Quand il y avait un petit trou de craqué, on le craquait jusqu'au bout. Jusqu’au jour où le patron est rentré furieux dans la salle où on était. « Ça va durer longtemps ? » il dit et là, il a commencé à gueuler « Si vous faites encore ça, vous allez être toutes dehors ».La vieille repasseuse qui était à côté de moi a dit « Mais qu'est ce qu'il va faire avec son linge ? ». On ne l’a plus fait hein !

J'avais mon frère qui avait 11 mois de moins que moi et j'ai eu un frère quand j'avais 12 ans. J'avais une demi-sœur parce que maman s'était mariée pendant la guerre de 14. Son mari était mort à la guerre et donc elle a eu ma demi-sœur qui était ma marraine. Avec mon frère, on ne pouvait pas faire l'un sans l'autre. D'ailleurs, quand on rentrait « Où il est ? Où elle est ?». On allait à l'école tous les deux. Il fallait quand même faire un bout pour aller à l'école. Et puis on ramenait toujours des chiens à Maman et elle, elle en avait par dessus la tête. Alors une fois, mon frère a dit « Regarde, il est beau celui-là. On va le ramener à Maman ». J'ai dit : « Fais pas ça, c'est toujours moi qui me fais attraper, toi elle ne te dit rien ! » Et c'est vrai, elle ne lui disait jamais rien, c'est toujours moi qui me faisais attraper. Je prenais un caillou, je le jetais et l'chien me le ramenait. Alors on a pris le chien et on l’a porté à Maman. Et ben, j'me suis fait attraper.

J'avais 20 ans quand j'ai connu mon mari. Il est parti sur les côtes. Les allemands l'avaient emmené. Et il est revenu j'avais 20 ans. Je le connaissais depuis un an et demi. Il était malade là-bas sur les côtes donc ils l'ont renvoyé. Ils avaient horreur des malades, les allemands. Il est donc revenu, on s'est marié j’avais 20 ans. Il habitait Loos et, nous, on habitait Ennequin. Ça faisait Loos Ennequin. C'était la même chose, on avait la même mairie et tout mais les écoles étaient séparées. Il y en avait à Loos et il y en avait pour nous aussi à Ennequin. On s'est connu à une ducasse, certainement avec mon frère. Ah oui ! il a fréquenté la fille, lui, et moi j'ai pris le garçon. Mais lui, il n’a pas pris la fille, il ne s'est pas marié avec. Il est revenu d'Allemagne et un petit peu après, on a su qu'il avait la tuberculose. On s'aimait bien mais je n’ai pas vraiment été heureuse car j'ai dû le soigner. Alors j'ai toujours travaillé, tout le temps, tout le temps. Et quand ça a été presque la fin, il fallait donner un médicament toutes les deux heures. Je dormais dans une chaise longue dans la cuisine et je faisais sonner un réveil pour lui donner le médicament. Je devais travailler dans la journée, il n’y avait rien à faire. Il a été malade 18 ans. Il était bien soigné, et on lui a enlevé le poumon droit.

On m’a mis premièrement dans l'école officielle, l'école publique. Mais après ma grand-mère habitait Paris et elle aurait voulu que l'on aille dans une école privée. Donc on est allé, mon frère et moi, dans une école privée. Moi j'ai eu mon certificat mais lui l'a pas eu. Qu'est ce qu'il a pris !

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