« Les métiers d’autrefois »

Un témoignage de Mme S.,,
né(e) le 16 septembre 1920
Mémoire recueillie à

Travail à l'hôpital :

J'ai travaillé dans le service du Professeur HURIEZ, j'étais employée en salle de cours et en salle de soins. Il y avait des cours trois fois par semaines: Le lundi et mardi matin, c'était en dermatologie, et le vendredi matin c'était pour les maladies transmissibles (les maladies vénériennes.)
Je préparais tout pour les salles de soins, il y avait des gens qui venaient pour des maladies de peau en consultation du soir, je préparais tout. Et je nettoyais la salle de cours, il fallait tout préparer pour les cours, il fallait essuyer le tableau… ce que le docteur demandait, le lendemain fallait faire autre chose, trois fois par semaine après je suis partie. Parfois on devait enfermer les filles de joies qui avaient des maladies vénériennes pour qu’elles ne contaminentpas!
Puisque j'ai été malade à de nombreuses reprises, il n'y avait pas de médecine du travail, on perdait ses années d'ancienneté, on n’était pas mis dehors. Là, je n'ai pas voulu rester donc je suis partie travailler à l'hospice général, mais je ne suis pas restée.

Comparaison entre les maisons de retraite d’avant et d’aujourd'hui :

Dans le temps, il y avait des grandes salles. Moi j'étais dans un service dans lequel les personnes âgées étaient assises sur des chaises percées, on les nettoyait le matin à 11 h, à 14 h ou le soir avant de partir. Il y a eu beaucoup d'amélioration car avant c’étaient des religieuses et maintenant ce sont des infirmières, ce n'est pas la même mentalité. Les religieuses étaient plus strictes, par exemple elles interdisaient aux personnes âgées de chanter. Mais maintenant les infirmières ne sont pas pareilles, les résidents sont un peu plus libres. Un jour, une religieuse m'a dit méchamment que j'avais la tête d'une cancéreuse, et vous voyez, je suis toujours là!

Quand j'ai travaillé à l'hospice général, il fallait ramener les brancards en longeant les couloirs pour les transporter à la morgue, c'était loin! Il n'y avait pas d'eau courante, il fallait aller chercher de l'eau chaude, c'était ancien. C'est une usine maintenant, avenue du Peuple belge à Lille, de l'autre côté il y a une maison de retraite et un musée, c'est là que j'ai travaillé et ça n'a pas changé.
Il n'y avait aucune vie dans ces hospices, ils étaient très nombreux dans les salles, tous mélangés.
J'ai toujours dis que je ne continuerais pas. Puisque mon mari gagnait bien sa vie, il n'a plus voulu que j'y aille, j'ai arrêté un moment et après j'ai fait du ménage.


Femme de ménage :

J'avais un oncle qui travaillait comme marchand de charbon, il m'a demandé : «Ma patronne cherche quelqu'un.» Donc j'y suis allée mais c'était dur! Du lundi matin jusqu'au samedi soir c'était nettoyage, nettoyage, c'était dur! Le soir j'avais mal aux reins!
Je suis restée quatre ans, c'était dur! Je savais plus me relever le soir tellement j'avais mal aux reins parce qu'il fallait nettoyer à quatre pattes. Je suis partie car mon mari a dit: «Arrête!»
Donc j'ai arrêté un bon moment, et je suis restée sans travailler. Puis mon mari est tombé malade, j'ai du retravailler car nous avions une maison qui appartenait à l'usine.


Emballeuse à la chocolaterie:

Quand mon mari est tombé malade, je suis allée à la chocolaterie DELESPAUL-HAVEZ à Marcq en Baroeul. Nous possédions une maison de l'usine donc il fallait que je trouve quelque chose d'autre pour qu'on ne me mette pas dehors au cas où qu'il arriverait quelque chose à mon mari. Il fallait que je travaille pour pouvoir manger. Là, j'ai travaillé dans une chocolaterie en tant qu’emballeuse pendant 8 ans. Il y avait beaucoup de poussière! Et on nous surveillait pour voir si on ne volait pas de chocolat! Maintenant elle n'existe plus, c'est LA PIE QUI CHANTE qui l'a repris mais j'étais bien là. J'étais bien notée car il y avait deux concierges, je les remplaçais quand elles partaient en vacances.
Après ils ont repris un monsieur parce qu'ils faisaient des roulements, alors ils ont pris un retraité pour remplacer les concierges, dans le temps c'était comme ça. J'en ai eu marre de l'usine parce que je ne suis pas fan de l'usine. Je suis partie en Belgique travailler dans une maison de retraite pendant deux ans et demi.



«Des conditions de travail qui ont beaucoup changées»


Temps de travail et congés payés:


On travaillait jusqu'au samedi soir et dans les hôpitaux, on avait un jour par semaine, on se faisait remplacer. Je travaillais 8 heures. Je ne partais pas, je ne suis jamais partie en vacances. Mon mari travaillait parce qu'il était mécanicien, il fallait que les machines soient réparées pendant les congés, il fallait qu’il répare tout ce qui ne fonctionnait. On ne partait pas, cela m’est égal je n’ai jamais aimé les voyages.
C'était deux semaines de congés payés, je parle de cela il y a cinquante ans, c'est vieux, après ils ont fait trois semaines, puis quatre semaines.

Les grèves des années 1968 :

Des grèves il y en a eu, moi j'ai connu celles de 1968. Moi je suis allée travailler, on est entré dans l'usine à plusieurs mais puisqu’il n’y avait pas de personnel, qui était resté dehors, on a du partir.
Ce sont des étudiants qui nous ont obligés à arrêter, il en a un qui m’a dit : «Vous êtes en retraite!» alors je lui dis :«Pourquoi vous nous faites arrêter? Vous êtes étudiants, nous on travaille, ce n’est pas les étudiants qui vont le faire pour nous!»
Puis ça a duré quelques semaines mais là on avait rien, pas d'argent du tout, on allait à la messe, chercher des bricoles pour manger parce qu'il n'y avait plus de sous qui rentraient.


C'est bien, mais il faut quand même réfléchir. Il y a trop de grèves, les patrons ne peuvent plus subvenir quand c'est trop, je comprends que les gens veulent tout c'est normal, mais il faut bien comprendre cela aussi. C'est triste parce qu’en ce moment ça n'a pas l'air de s'arranger... Beaucoup d'heures, beaucoup, beaucoup de manifestations!


Différences entre les travailleurs d’autrefois et d'aujourd'hui:

Mon père a travaillé cinq ans dans une boulangerie, ce sont des étrangers qui avaient repris la boulangerie car mon frère n'a pas voulu apprendre le métier. Mon papa a commencé à travailler à l'âge de quatorze ans jusqu’à cinquante-quatre ans, il est mort à quatre-vingt-quatorze ans! Le travail fait vivre vieux. Ce qui fait que les gens ne vivent plus aussi vieux, c'est l'alcool, le tabac et la drogue, dans le temps cela n'existait pas la drogue! Dans le Nord c'était la bière. On travaillait quarante-huit heures par semaine et on n’en est pas mort!
Je pense que c'est triste qu'on arrive à ce point là, que les patrons doivent faire cela [licencier], qu'on voit tous les jours des boîtes qui ferment, que vont faire les gens, vont-ils se révolter?
Il n’y a jamais personne qui est content! Si c'est la droite qui est passée, ils ne sont pas contents, quand c'était la gauche, ils n'étaient pas contents non plus! Qu'est ce qu’il faut faire? Il y a toujours deux, trois partis qui se battent pour être maître, ça n'ira jamais, ce n’est pas possible!



«Un mode de vie différent»

L'école et l'éducation:

Moi je n’ai jamais été malheureuse à l'école, je n’aimais pas l'école mais j'y allais.
On obéissait. Au matin sur le tableau, il y avait une leçon de morale, tous les jours on avait une nouvelle leçon, c'était bien, c'est cela qui se faisait dans le temps pour les jeunes. Cela leur permettait de voir et comprendre la vie. A cette heure, ça n'existe plus! Les enfants sont maîtres et les instituteurs ne sont plus maîtres!
Il y avait deux écoles : catholique et communale. A l'école catholique on faisait sa prière en arrivant tandis qu'à l'école communale il n'y avait pas de prière, c'était laïc, chaque jour, il y avait des leçons de morale.

Évolution de la technologie:

Maintenant les gens ont tout ce qu'ils veulent: J'appuie sur un bouton maintenant le linge sort, j'appuie sur un bouton, la musique se met en route. Nous nous n’avions rien, c'est compliqué, on n’avait pas d'électricité, on avait des grandes lampes à pétrole qu'on mettait sur la table.

C'est plus facile pour les jeunes de maintenant car ils ont tout ce qu'il faut. Pour les jeunes ça ne sera jamais suffisant. Les ordinateurs, Internet, je ne sais pas ce que c'est, j'ai jamais vu et je ne sais pas si c'est bien. On m'en a déjà parlé et je connais des jeunes qui font connaissance sur Internet et moi je trouve que ce n’est pas très bien. Depuis la fin de la guerre ça a évolué énormément et c'est trop parce que des robots vont remplacer les gens, ils n'auront plus de travail. Les robots feront tout. Avant, les gens qui ne voulaient plus travailler là, ils partaient ailleurs et ils étaient embauchés, tandis que maintenant c'est fini!

Comment faisait-on la lessive?


On rinçait et on mettait un petit coup de bleu, sur les taches et pour que ça sente bon. Lorsque c’était sec, on étendait, on pliait bien puis on repassait. On commençait la lessive le lundi et mercredi on finissait, après il y avait les machines à laver en bois, il n'y avait pas d'électricité et ça tournait. Après il y a eu les machines à laver modernes. On faisait la lessive par exemple du vendredi soir au samedi ou du samedi au dimanche, on s'arrangeait.

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