Les métiers de Monsieur Bourdais

Un témoignage de Victor Bourdais,
né(e) le 29 mars 1920
Mémoire recueillie à

Je suis né le 29 Mars 1920 à Civray-sur-Esves en Touraine près du Limousin, c’est le canton où est né Descartes. J’y ai vécu jusqu'à l’âge du certificat d’études que je n’ai pas passé. Je ne voulais pas être paysan comme mes parents, ni m’occuper des chevaux alors je suis entré en apprentissage en tant que forgeron.

J’ai commencé à travailler dans une entreprise de matériel agricole pendant deux ans. A l’époque, il existait beaucoup de matériel agricole forgé. J’ai appris la soudure au chalumeau et par forge. Au fur et à mesure de ma vie, mon métier a changé, après je suis tombé dans le pétrole. J’étais très très adroit.

Je suis ensuite allé travailler dans un garage dans le Cher, je faisais un peu de tout, mais ça ne me plaisait pas, donc après j’ai arrêté. J’ai alors pris un camion et je suis parti à Paris avec les sous que m’avaient donnés mes parents. J’ai demandé des renseignements à des amis sur Paris, et on m’a envoyé dans une sucrerie. C’était en Seine et Marne, on y cultivait la betterave et on y produisait du sucre. Il y avait beaucoup d’étrangers qui y travaillaient, des Belges, des Luxembourgeois, et des Roumains qui travaillaient dans les champs. J’ai été engagé comme ouvrier et j’y suis resté plusieurs mois.

Plus tard, je me suis engagé dans l’armée et j’ai été envoyé au Maroc. J’étais dans le train des équipages à Marrakech. Je suis resté militaire 3 ans. Etant fils unique, et donc le seul de ma famille à pouvoir transmettre mon nom, l’armée ne m’a pas envoyé au front.

Après la guerre, je suis resté à Lyon où des amis m’ont mis en relation avec le directeur d’une usine. J’ai été envoyé à Marseille pour faire marcher ce qui ne fonctionnait pas. J’avais des clients de Nice à Perpignan. Je faisais donc de nombreux déplacements, les clients importants payaient en monnaie matière*. Je réparais des tracteurs américains car à l’époque, ils étaient plus efficaces que les tracteurs européens. J’ai également exercé à Lyon, dans cette même entreprise, pendant 20 ans. Grâce à ce travail j’ai pu partir à l’étranger. J’ai parcouru l’Europe dont la Norvège, l’Allemagne, la Grèce et l’Angleterre. Dans ce dernier pays, j’ai appris à faire du patin à glace. En Angleterre si vous ne faites pas partie d’un club, vous ne connaissez personne. Je suis également allé en Yougoslavie, en Algérie, en Afrique noire et en Egypte, pays dont je garde d’excellents souvenirs.

Puis j’ai quitté la maison (l’entreprise), et je suis allé travailler chez Pottin (fabrique de grues). J’ai fait un dernier apprentissage en électricité, à l’âge de 50 ans. Pendant le stage, on m’envoyait déjà travailler car je comprenais très vite. J’ai exercé chez Pottin jusqu’à l’âge de 55 ans. J’ai pris ma retraite par la suite.


* La monnaie matière : bon de papier qui servait à payer certaines choses. Cela sortait du ministère qui ensuite était donné au Maire, si la commune était communiste

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