Les voyages forment la jeunesse

Un témoignage de André K,
né(e) le 24 mars 1944
Mémoire recueillie à

« J’ai eu la chance de faire des études à Paris, parce que Paris, pour un français c’est le centre du monde. A Strasbourg, il n’y avait pas tout ce que j’ai pu découvrir à Paris entre autres le musée de l’Homme qui regroupe les cultures du monde entier, et cela était très intéressant. Avec moi, il y avait aussi des étudiants du monde entier. J’avais un ami africain avec qui je suis devenu copain au bout d’un an d’études. Il m’a proposé de venir en Afrique, chez lui, et de découvrir différents pays. J’ai commencé par la Côte d’Ivoire, qu’on a entièrement traversé pour aller en Haute Volta (ancien Burkina Faso) jusqu’au Niger et là, comme le fleuve avait débordé, je ne pouvais plus aller à Niamey au Niger. Il fallait donc faire demi-tour. Et en rentrant, il y avait Dakar en escale de bateau. C’était vraiment une vie en Afrique avec des Africains, pas d’Européens. J’étais dans une case et je mangeais ce que les africains mangeaient, entre autres de l’igname, des bananes plantains, de la sauces gombos et des escargots de la lagune qu’on appelle « achatines », qui font dix fois ceux d’ici. J’étais complètement immergé dans le monde africain, c’est un très bon souvenir. Je suis donc retourné à Paris et plus tard je suis retourné au Niger en voiture et j’ai fait le retour en petit train, comme dans « Tintin au Congo ». Le train faisait Ouagadougou-Abidjan, ce qui m’a pris une journée car il ne roulait pas vite à cause des rails qui étaient étroits. On ne pouvait pas dépasser 40 km/h sans prendre le risque que le train ne se renverse. En face de moi, il y avait un voyageur blanc avec qui je n’ai pas discuté durant tout le voyage parce que j’avais un a priori contre les missionnaires. On n’était les seuls blancs dans le train. Le voyage, s’est bien parce que cela ouvre l’esprit, et cela montre qu’ailleurs on vit autrement. Il n’y a pas qu’une façon de penser, qu’une façon de vivre, qu’une façon de croire ou de pratiquer une religion. Il y avait des musulmans à Abidjan, des catholiques, et ce, déjà, il y a quarante ans.


Le voyage, ce n’est pas du tourisme, il faut bien faire la différence. Et moi, j’ai toujours préféré le voyage au tourisme. C’est pour cela que je suis parti seul et que je suis revenu seul. Parce que dans la solitude, on perçoit mieux ce qu’on est en train de faire. Quand on est dans un groupe de quarante personnes, il y en a toujours un qui chahute, qui chante, qui se saoule qui n’a aucun respect pour ce qu’on lui montre, etc. Le tourisme, pour moi, c’est abrutissant et cela n’apporte rien au niveau culturel, cela n’est que du superficiel. D’ailleurs j’ai toujours atterri, chez des gens dans le pays où j’allais, où je pouvais vivre comme les gens du pays et pas comme un colon.


Après, je suis parti plusieurs mois en Amérique du Nord, à New York, que j’ai visitée à pied de fond en comble. Cela m’a conduit à Harlem, où j’ai rencontré un noir qui m’a demandé de lui offrir un pot, ce que j’ai fait, puis il m’a reconduit à la sortie de Harlem en me disant de ne plus y revenir seul parce que c’est trop dangereux. Je pense aussi qu’il a vu que moi, je n’étais pas hostile et donc il a été très gentil avec moi. C’est cela les voyages, des rencontres imprévues, des choses qui ne sont pas au programme, c’est pour cela que la solitude est importante, cela ne serait pas arrivé si j’avis été dans un groupe de vingt personnes.


Après, j’ai voulu découvrir le monde communiste, parce cela m’interpelait. Je suis donc parti dans l’Union Soviétique et dans les pays de l’Est. Lorsque j’y étais en 1969. Il n’y avait pas de chômage, les gens n’étaient pas malheureux, tout le monde mangeait, il n’y avait aucun problème, tout le monde était gentil et vingt ans plus tard tout s’est écroulé. Et cela m’a fait mal au cœur, parce que tout ces gens ont quand même construit un grand pays. Ils ont fait des exploits dans le domaine spatial, etc., mais ils ont tellement dépensé d’argent pour l’armement à cause de l’Amérique et à cause de la concurrence sur les armes nucléaires. Tout l’argent partait dans l’armement, au lieu d’être dans le développement économique. C’est un sabotage complet. J’ai aussi vu que, malheureusement, le communisme est une idée, mais dans la pratique, il y a un gros problème à cause des êtres humains. Il y en a qui savent ce qu’est l’intérêt commun et il y en a qui ne pense qu’à l’intérêt personnel, que ce soit un monde communiste ou non. On ne peut pas demander à tout le monde d’être un philosophe et un idéologue et d’avoir le sens du bien commun : c’est de l’intérêt général. Il y en a qui l’ont et peut être même qu’une majorité ne l’a pas .Le marxisme c’est cela. C’est une théorie qui est exacte dans les livres, c’est scientifiquement prouvé, mais cela ne marche pas quand on l’applique aux être humains.


Donc j’ai été dans les pays communistes, y compris la Chine, où il ne reste plus rien du communisme ; et en Coré du Nord c’est la même catastrophe. Après l’URSS, j’ai fait la Scandinavie, donc tout le Nord de l’Europe en voiture. A l’époque j’avais une coccinelle. Ensuite, je suis allé au Nord, j’ai fait la Suède, Norvège, Danemark. Et l’année d’après, j’ai fait l’Autriche, la Yougoslavie, j’ai traversé la Grèce, puis j’ai embarqué direction l’île de Crête.


Après, il y a eu la visite du dernier pays communiste, à savoir l’Albanie, qui est devenu maintenant un repère de voyous. Ensuite je suis allé à Haïti, chez des amis Haïtiens, en Indonésie, à Singapour et Bali.


Finalement j’ai été en Afrique du Nord pour mon travail d’architecte d’intérieur »


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