L’histoire de la famille

Un témoignage de Marie Anne Rocchiccioli,
né(e) le 27 février 1941
Mémoire recueillie à


Née le 27 février 1941 à Asnières et arrivée sur Juvisy en 1970, Mme Rocchiccioli est issue d’une famille d’origine italienne et corse, elle a six frères et sœurs et est la cinquième de la fratrie. (« Mon ancêtre avait tué un patient et était parti se réfugier en Corse »).


Je suis devenue pédiatre en 1970, il y avait une seule faculté de médecine sur Paris. J’ai obtenu mon certificat en faculté de sciences, on ne pouvait le passer que 4 fois. A l’époque, on nous orientait très jeune, on passait un concours pour entrer en 6ème (seulement 20% de reçus pour ce concours). Ensuite il y avait un cycle court avec à la fin un certificat d’études et d’apprentissage ou un cycle long avec études secondaires, le bac et les études supérieures.


Par mon engagement politique personnel, je suis devenue élue à la mairie de Juvisy-sur-Orge depuis 2001 car j’ai cessé mon activité professionnelle prématurément avec le MICA (Mécanisme d’Incitation à la Cessation d’Activité), proposé aux médecins à l’époque, afin de réduire les dépenses de la sécurité sociale (en effet un médecin coûtait un million de francs par an à l’époque).


Anecdote : le rappel DT POLIO se faisait à 6 ans, à cet âge c’est très difficile car les enfants se débattaient. Des mères étaient très pointilleuses sur le rhabillage par exemple. Pendant ma carrière j’ai pu être confrontée à des croyances maternelles : les mères refusaient de couper les ongles et les cheveux des enfants tant qu’ils n’étaient pas baptisés. En général les pères refusaient aussi de couper les cheveux des petites filles. Mon métier de pédiatre fut très agréable, voir grandir des petits gamins c’était très stimulant et enrichissant. Je reçois encore des cartes de vœux de mes anciens patients, ou même je revois les enfants que je consultais avec leurs propres enfants.


Un jour, une mère issue de la communauté des gens du voyage, au moment de la fin de la consultation, alors qu’elle allaitait, a sorti des billets de son soutien gorge, j’étais surprise et cela ma bien fait rire. Il faut dire que c’est bien pratique et à l’abri des pickpockets !!


J’ai travaillé dans une clinique d’accouchement où j’ai vu beaucoup de pauvreté à Epinay-sur-Seine. Le niveau socioculturel n’était pas terrible aussi bien de la population autochtone que des immigrés. Les choses ont changé surtout vis-à-vis des complications qui pouvaient survenir pendant l’accouchement. Les gens n’hésitent plus à poursuivre en justice les médecins. A mon avis c’est pour cette raison que l’on fait de plus en plus de césariennes pour éviter toutes complications.


Histoire de mes grands-parents et parents:


Mon grand-père maternel Charles Nicard est né en 1856. A 11 ans il a commencé son apprentissage de tailleur de pierres. Il avait été mis sous une charrette la tête baissée pour qu’il ne puisse pas relever la tête de son travail et resté concentré. Il a épousé une première femme et a eu trois enfants. Sa femme est décédée et a fait promettre à sa meilleure amie Eugénie Laurent d’épouser son mari et de s’occuper de ses enfants. Ils se marièrent en 1898.


Née en 1862, vers Mâcon (Bourgogne) ma grand-mère Eugénie Laurent a eu deux filles, une est née et morte en 1900 d’une diarrhée à cause du biberon de l’époque (un tube reliant le biberon à la bouche de l’enfant lui permettant de boire quand il le voulait, mais ce tube ne pouvait se nettoyer). Ma mère est née à Paris en Janvier 1905, ses parents s’étaient installés à la campagne, à Asnières. Mon arrière grand-père est parti à la guerre en 1870, pendant que mon arrière grand-mère travaillait aux champs, à 8 ans, Eugénie surveillait ses petits frères et sœurs et la soupe. Elle s’est mariée à 37 ans. Mon dernier petit frère est né en 1946, il y a 90 ans de différence entre le grand père Charles Nicard et son petit fils !


Mon frère a eu un fils en 1987. 131 ans séparent cet arrière-petit-fils de son arrière grand père.


Pendant la guerre de 1914, mon grand père paternel était « entrepreneur » au chômage, il faisait vivre sa famille en jouant aux cartes. Il mourut de la grippe espagnole, cette épidémie a fait beaucoup de morts.


Mon père, quant à lui, est né en Algérie en 1901 à Bône (actuellement Annaba) il avait trois sœurs et un frère. Il est venu en France en 1919 à la mort de son père. A son arrivée à Paris, mon père a rencontré ma mère au Moulin de la Galette (qui existe toujours !) le 1er janvier 1925. Mes parents étaient très fiers de nous, fiers que leurs sept enfants aient terminé leurs études supérieures ; en même temps il valait mieux avoir de bonnes notes… ma sœur aînée est devenue avocate, les autres : dentiste, chercheur au CNRS, anesthésiste, pharmacien.


Bêtise : Une fois, vers la Ferté-Alais, on avait pataugé mes frères et moi dans une cressonnière (culture du cresson) alors qu’il fallait de l’eau claire pour une bonne culture. On avait beau dire que ce n’était pas nous, mais mon frère avait perdu une chaussette qui l’identifiait à coup sûr…



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