Ma vie à la ferme

Un témoignage de Georgette S.,
né(e) le 25 décembre 1932
Mémoire recueillie à

« Etant jeune, à la maison, on avait une ferme, et j’ai dû y travailler très tôt.


Cette ferme se situait à Westhouse, près de Sélestat. C’était une grande maison. Il y avait onze chambres. Je suis née là-bas. En effet dans le temps les parents n’allaient pas à l’hôpital pour les naissances comme aujourd’hui.


Dans la ferme, on avait de tout comme animaux : des vaches, des cochons, des poules, des lapins, des chevaux, des dindes, des canards. On avait même un paon. Il était tellement beau quand il s’ouvrait, mais mon père a dû le tuer car il cassait tous les arbres.


En général, les animaux, on les gardait pour nous mais quand il y en avait de trop, on en vendait un pour se faire de l’argent.


Je n’ai jamais réussi à tuer des animaux, c’est mon père qui le faisait.


Le travail à la ferme c’était bien, mais c’était dur et on était obligé de le faire.


En effet, pendant la guerre, on ne pouvait pas employer de personnes à la ferme et c’est pour cela que nous les enfants avons dû y travailler. Mon père a eu la chance de pouvoir rester chez nous étant donné qu’il avait quatre enfants, car normalement les hommes devaient partir à la guerre.


Pendant la guerre, la plupart du temps, on n’avait pas école. Il fallait alors travailler à la ferme, et comme travaux ; il fallait tout faire.


J’ai dû nettoyer les étables des vaches et des cochons, ainsi que l’écurie des chevaux.


Les chevaux je les montais. Ce n’était pas des chevaux de course mais des chevaux pour travailler, des chevaux de trait pour tirer les charrettes. On en avait besoin pour cultiver la terre, pour la retourner.


Souvent, il fallait que je parte rejoindre mon père qui était dans les champs et j’amenais les chevaux avec la charrette pour chercher du foin, des pommes de terre, du maïs, du blé, de l’orge, de l’avoine.


Je me rappelle encore quand on récoltait le blé, mon frère allait devant avec les chevaux et la machine, et ma sœur et moi on était derrière et on devait ramasser le blé à la main.


On faisait tout le travail à la main. Il n’y avait pas encore de machines. Les machines ont seulement existé après.


On cultivait aussi beaucoup de tabac. Il fallait l’enfiler, et après mon père le vendait.


On avait aussi des œufs. Des gens venaient en chercher, ceux qui n’étaient pas cultivateurs.


Ma mère trayait les vaches à la main deux fois par jour. Ainsi, on avait du lait frais le matin et le soir. On avait une quinzaine de vaches. Le lait, on le vendait. Il y avait quelqu’un qui venait faire le tour du village, et il prenait le lait de tous les cultivateurs pour le vendre.


On avait tout, à tel point que pendant la guerre, on n’a manqué de rien pour manger. On avait tout ce qu’il fallait. On était des grands cultivateurs. Il y a même des Français de Strasbourg qui venaient chez nous pour chercher à manger, car à Strasbourg, le quartier du Neudorf par exemple a été beaucoup détruit pendant la guerre. Ils prenaient de la nourriture, et nous donnaient des habits à la place.


Dans le village, il n’y avait que des cultivateurs. On était environ trois cents. Avec le temps, les jeunes ne voulaient pas tellement reprendre, faire la culture, car c’était dur. Ils ont donc arrêté et le nombre a diminué. Maintenant, il doit en rester quatre, cinq ou six.


On avait un jardin tellement grand derrière la maison. Je me rappelle quand j’étais encore petite, souvent le dimanche, au lieu de se promener comme les autres, on était en train de cueillir les fruits. On avait des pommes, des poires, des mirabelles, des quetsches…. Quand ces fruits étaient mûrs, il fallait qu’on aille travailler au jardin le dimanche.


Avec les fruits, on faisait des confitures. Mon père et mon frère faisaient même du schnaps. Pendant la guerre, il fallait faire attention, car on n’avait plus le droit d’en fabriquer. Si on s’était fait prendre au moment où on faisait du schnaps, on nous aurait mis en prison. Heureusement, on habitait tout au fond du village. Il n’y avait donc pas tellement de risque. Mon père, quand il faisait du schnaps, il nous disait toujours : « les filles, regardez bien et si quelqu’un vient, vous le dites ! »


On faisait aussi du vin. On mettait les pommes et les poires, et tout ce qui était encore beau dans une presse. On les pressait pour faire du vin, mais c’était du vin de table, pas du vin à vendre. Le vin, quand il était tout frais, il était bon. C’était comme du miel, très sucré. C’était du vin simple, pas du tout alcoolisé.


On avait au moins une soixantaine d’arbres dans le jardin. Il y avait des gens qui venaient pour chercher des fruits.


J’ai beaucoup travaillé à la ferme mais c’était bien, car on était toujours aux champs, toujours dehors. »

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