Ma vie à Oran

Un témoignage de Yvette Pons,
né(e) le 23 décembre 1934
Mémoire recueillie à

Mon enfance a été très belle, j’ai eu deux parents formidables, je les adore toujours. Mes deux enfants je les adore, je ne vis que pour eux, mon fils m’appelle tous les jours ! Ma fille est née en Algérie, six mois avant l’indépendance, alors elle est française. Je suis venue d’Algérie à Lyon, après que De Gaulle ait dit qu’il fallait qu’on rentre en France.

De Gaulle, je ne l’aimais pas… Il les a aidés pour leur donner le pays. Les Algériens étaient plus nombreux, ils ont voté, il y a eu un référendum. C’est normal qu’ils aient récupéré le pays mais quand même, on a tout perdu ! Il y a eu tant de violence … les guerres c’est comme ça.
Certains tuaient des gens ; un après-midi, je travaillais au bureau avec mes collègues et on se faisait du souci pour une amie : « Mais, elle ne vient pas encore ? Comment ça se fait..? ».. J’en ai la chair de poule. On a appelé ses parents, leur fille n’était plus là…Dans le quartier, il y avait un petit lac, ils l’ont retrouvé égorgée dedans. Elle n’avait même pas 18 ans la pauvre. On n’est pas venu travailler pendant trois jours. Mon père est mort là-bas, on l’a enterré mais sa tombe n’y est plus. Ils ont eu besoin du terrain alors lui où est-il ? Ils l’ont jeté…il a dû être mangé par les chiens.
Ma mère est venue avec nous en France, elle a tout laissé, ses meubles, ses vêtements, tout la pauvre…

Mon père était policier, il travaillait à Oran. Ma mère ne travaillait pas, elle avait cinq enfants… C’était une sainte, c’est un ange. La vie à Oran était formidable, il faisait toujours beau et chaud. Quand les vacances arrivaient, autant mes parents que mon mari et moi, on louait un studio en Espagne au bord de la mer chaque été. On allait tout le temps au même endroit. On mangeait sur le balcon en face de la mer. Mon plat préféré c’est la paella…Mon fils m’en a préparé une la semaine dernière. Je me suis ré-ga-lée !
On avait un voisin, Monsieur Belkhala, ami de la famille. Il était comme mon deuxième père. Quand on est parti en France, il a même appelé le ministère de l’intérieur pour nous retrouver et venir nous voir. Quelle surprise !! Il nous aimait tant. Il voulait revoir ma mère également, sachant qu’elle était encore vivante. Elle avait plus de 95 ans. Elle a faillit faire une attaque quand elle l’a vu. Ils ont passé la soirée à parler et à pleurer. Il voulait qu’on reste en Algérie. Mon cœur est toujours dans ce beau pays.

Mon plus beau souvenir c’est ma famille et mes amis. Les gens qui comptent pour moi. Mes amies vont bientôt venir boire le café un après-midi avec moi d’ailleurs… Mon fils c’est l’amour de ma vie. J’aime ma fille aussi mais elle n’a pas le même caractère. Mon fils a le même caractère que moi mais il ne chante pas lui… Moi, tant que je vivrai j’aimerai mes enfants…
Les mamans sont toujours belles…
Tous les matins je parle à mes parents. Je m’adresse à eux et je leur dis « Que Dieu te bénisse, te pardonne, te protège et te donne toute la lumière que tu mérites. Au revoir, à tout à l’heure ». « Donnez moi la santé et que je dorme un peu plus chaque soir ». On me prend un peu pour une folle ici mais ça me fait du bien…J’ai l’impression qu’ils sont toujours avec moi.

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