Ma vie à Ste-Elisabeth

Un témoignage de Paulette TUROUNET,
né(e) le 5 janvier 1927
Mémoire recueillie à

Je suis arrivée ici, un 25 Avril 1950, c'était un mardi. Un jour de lessive et les supérieures qui devaient me recevoir n'y étaient pas, il y avait eu un malentendu. Cette année, c'est la soixantième année que je suis dans cet établissement. Avant j'étais à la ferme Monlord derrière l'école actuelle, car l'école n'existait pas. Encore avant, j'étais à l'hôpital Saint-Antoine de Tardets.
Quand maman m'a amenée ici, j'étais impressionnée par ce grand bâtiment. A la place de l'école, il y avait une grande grange. Et dans cette grange, c'était plein de bois. L'économe l'entreposait là, puis on le coupait pour pouvoir l'utiliser en cuisine et pour tout autre chose.
Dans une autre grange, il y avait des vaches. A côtéde làoù il y avait les vaches, il y avait une petite maisonnette pour les domestiques ; j'y ai dormi moi, mais c'était vieux, on l'avait fait arranger pour une famille.
Une fois que maman estpartie, elles m'ont fait visiter. Il y avait le réfectoire, tout en ciment, et alors on mangeait làet il y avait un autre petit coin où on se faisait la vaisselle, mais c'était très pauvre. Ensuite, on a fait le tour du jardin. Tout au fond, là où il y a une petite statue de Saint Joseph, il y avait les abeilles pour faire le miel. Je me suis éloignée car j'avais peur de me faire piquer, un peu plus loin, il y avait les arbres fruitiers et le jardin. Après avoir visité tout le fond on est allé en bas, là où il y a maintenant la grande route. Je l'ai vu faire cette route parce qu'avant, c'était tout du pré. Ce pré se trouve sur l'ancien lit du gave. En 1947, il y a eu une grosse crue et le gave était passé de l'autre côté de la voie ferrée. Dans ce grand pré on faisait le foin et le regain.
J'étais contente parce que je me suis dit que j'allais être bien ici au grand air avec les animaux. Il y avait les vaches, et le cheval aussi. Les vaches étaient dans la grange et le cheval avait son écurie mais quand on laissait le portail ouvert il se cavalait, et on se faisait gronder parce qu'il fallait fermer le portail. On le voyait venir quand il faisait l'œil blanc, il donnait un coup comme ça avec les pattes avant, comme on dit en patois «quate pet aréguinet i en avant». Le cheval servait pour le travail, quand on faisait le bois ou qu'il fallait labourer et passer la herse, autrement on faisait tout à la main. Ce cheval, il se serait couché par terre pour vous tirer le bois, il était brave. On avait du le remplacer parce qu'il avait eu un ulcère dans le foie et il avait fallu l'abattre, on l’a pleuré ce cheval.
Après on m'a fait voir le jardin, qu'est ce que c'était grand! Il y avait de tout, des choux, des tomates, des fèves, des poireaux, des petits pois, des citrouilles, des violons on appelait ça comme ça parce que ça avait la forme du violon, mais c'était très dur et des fois on s'y abimait les doigts. Il fallait de grands couteaux pour pouvoir les couper dans la moitié. On travaillait tout ça à la main mais on était nombreuses, il y avait une religieuse puis il y avait nous autres. Les allées aussi, ça se faisait à la main, il n'y avait pas tout l'outillage de maintenant, mais à cette époque là ça se faisait comme ça.
Sur les cotés du mur, il y avait les châssis pour faire les plants. Les gens du village venaient pour nous en acheter. Et on ne faisait pas que ça, il y avait le maïs aussi. Tout à fait dans le fond là ou l'on faisait le regain vers le gave, il y avait un chemin. Des paysans d'Igon menaient leurs vaches aux champs, on appelait ça la “Filette”. On y faisait du foin à la belle saison. On prenait le cheval et on coupait le foin à la main. Qu'est ce qu'on a pu rigoler la dedans parce que quelques fois le cheval s'en allait en bas. Une fois, à 21 heures, on a du ramasser tout le foin parce qu'il était tombé du chariot, c'était avec frère Yves. Heureusement il faisait jour à cette époque de l'année tandis que maintenant en hiver ça n'aurait pas était possible. Après, on allait vider le char en haut du grenier, au dessus de l’endroit où étaient les vaches, frère Yves nous faisait passer le foin et nous on était tout en haut. Je peux vous dire que les gouttes de sueurs, elles tombaient. Puis, on faisait passer le foin aux vaches par les petits trous et il tombait dans les râteliers.
Un jour, j'avais demandéàla sœur qu'est ce que c'était cette armoire au fond du grenier ? Elle m'a dit:« non! non! ce n'est pas une armoire, c'est une petite chambrée où le domestique dormait quand une vache vêlait !». Pour faire le paillage, on allait chercher la «Touille» (fougère séchée) en haut de l'Hermitage.
Avant que l'établissement scolaire ne soit fait, il y avait la cour avec les canards et les poules qui se baignaient dans une vieille capote d'auto. A côté, il y avait les cochons que l'on nourrissait avec de grandes gamelles en fonte, en vraie fonte. On faisait cuire toutes les épluchures et c'est comme ça qu'on les engraissait. Puis vers la Noël ou le premier de l'an après l'épiphanie, le mardi, on les tuait. Il y en avait 6. On en tuait d'abord 3 puis 3 la semaine d'après. C'était du boulot, il fallait nettoyer la cours avec de l'eau et des balais. Une fois qu'ils étaient tués, on mettait le sang dans un grand chaudron et on emmenait le cochon tout pelé, puis il fallait laver les boyaux à l'eau froide. Ensuite on les suspendait pour en sortir les jambons que l'on mettait à la cave le jeudi suivant pour les saler dans les bahuts (sac à jambon). Après, on coupait la graisse et le lard en petits morceaux. En plus de tout cela, nous nous occupions aussi du cimetière. Autrefois, tout était en terre, maintenant, c'est du ciment et du béton. Les tombes étaient fleuries directement en terre avec des boutures d'œillet, c'était beau.
Tous les hivers, on faisait du bois dans la «Saligue» et on l'empilait en stères. On montait tout ça dans la grange mais parfois, on avait des surprises, vous savez ce qu'on y trouvait : des vipères. Il fallait les tuer avant qu'elles ne nous piquent. Il y avait des couleuvres aussi mais ce n’est pas méchant les couleuvres, et en plus ça attrapent les rats. Une fois on avait même attrapé une fouine dans le piège d'en bas.
La grange a été défaite et on y a construit l'école.

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