Ma vie au Cameroun dans les années 50

Un témoignage de Marthe Castinel,
né(e) le 12 juin 1927
Mémoire recueillie à


J'ai obtenu mon diplôme d'infirmière en 1951. J'ai travaillé ensuite dans une clinique-école médico chirurgicale pendant un an en banlieue parisienne. J'avais un poste en salle d'opération avec un professeur qui opérait les goitres et maladie de Basedow (goitre exophtalmique). Au cours de cette période, la directrice de mon école d'infirmières m'a proposé de rejoindre une équipe de soignante à l'hôpital Laquintinie de Douala, au Cameroun. J'ai accepté la perspective de voyager m'emballait.



La première fois que je suis partie, ce fut par bateau. La traversée fut magnifique sur le FOCH. Il y avait des activités à chaque escale. Nous sommes parties, une collègue et moi, du port de Marseille. La première escale fut à Alger. Sur place, nous sommes parties en taxi dans la ville et le chauffeur nous a fait visiter des sites intéressants, notamment le marché très pittoresque. Il ne voulait pas nous conduire à la casbah, car c’était dangereux en 1952. Au port, je me souviens d’un petit garçon sur le quai qui réclamait des pièces de monnaie. Il ramassait celles que les gens lançaient du bateau. Notre deuxième escale était Casablanca. On n’est pas resté longtemps. Nous sommes allées à Rabat où nous avons déjeuné dans un restaurant sur la route. C’est la première fois que je voyais des cigognes, perchées sur un pont. On était allée à la plage où on nous avait offert du thé à la menthe, c’était la première fois que j’en buvais et je me rappelle que je n’avais pas du tout aimé. Ensuite nous avons fait escale à Dakar, Conakry, Abidjan et Cotonou. Puis nous sommes arrivées à Douala où les collègues de l'hôpital venaient nous accueillir. La traversée avait durée une quinzaine de jours.



Il y avait parfois à bord des bals, des conférences, du cinéma. Des transats étaient disposés sur les ponts pour lire, se reposer, ou échanger avec les passagers. Nous admirions la mer et le sillage d'écume. Les commissaires de bords veillaient à ce que les passagers ce sentent bien et ne manquent de rien.


A Douala, mon travail consistait à soigner les malades dans un hôpital public. Nous étions logés par la structure, dans la communauté des infirmières (maison). Il y avait plusieurs infirmières de garde de jour comme de nuit, et on nous appelait en fonction du service qu'on occupait dans l’hôpital. Les médecins locaux étaient également logés à proximité de l’hôpital mais dans des cases, très confortables. Les médecins français quand à eux, habitaient dans des appartements avec leurs familles, au sein même de la ville de Douala. Tout le personnel européen était contractuel du service de santé, qui était militaire à l'époque.


Quand on avait cumulé au moins une huitaine de jours de congés, on allait dans «en brousse» (dans les terres du Cameroun). On rejoignait des amis, certains étaient missionnaires et d’autres s'occupaient d'une école et formaient les jeunes à l'éducation, à différents métiers...)


On y allait avec des voitures assez résistantes, parce que les chemins de brousse n'étaient pas carrossables, on les appelaient les routes en «taule ondulée», la terre était rouge et quand nous arrivions à destination, nos vêtements et nos visages étaient imprégnés de cette poussière. Il fallait plusieurs jours pour faire le trajet. Nous allions à Bangangté, Foumban et Ndoungué, qui était un peu plus près de Douala. C’était des stations scolaires et médicales, et on était reçus par des missionnaires. Ils travaillaient avec les camerounais, et s’occupaient aussi de la culture, de plantations.


Les maladies les plus répandues au Cameroun étaient le paludisme, la dysenterie, la mal nutrition, la déshydratation, les enfants qui étaient vraiment d'une maigreur..heu...heu...........d'une maigreur affreuse car ils étaient sous alimentés et.…........déshydratés. Et alors là, à l’hôpital, les mères restaient avec leurs enfants. La mère était logée sur place. C’était très rudimentaire! Les lits étaient en fer et il y avait une natte dessus. Les familles venaient avec leurs couvertures, leurs draps car l’administration ne leur donnait que l’hébergement et la nourriture pour le malade. Les mères préparaient leur repas à l'extérieur sur des réchauds.

L’économie de la région tournait surtout autour de la pêche, du caoutchouc et de l’agriculture. En ville, il y avait des marchés très pittoresques tenus par les africains. On trouvait des produits alimentaires, des produits de la pêche et des vêtements. De Douala on pouvait aller vers les plantations d’hévéas (arbres à caoutchouc), situées à proximité de la ville d’Edéa. C’est très intéressant de voir la façon dont on recueille le caoutchouc. C’est un petit peu comme la résine en France. On fait des entailles sur l’arbre et on voit le caoutchouc couler dans des petits pots. Le latex se solidifie et devient blanc. Les noirs qui travaillaient à ce genre d'extraction étaient payés au tas.



Nous avions beaucoup d’amis missionnaires qui s’occupaient d’écoles de dispensaires. Ils partaient au Cameroun pour des raisons humanitaires, mais aussi pour connaître un nouveau pays, une autre culture. Ils étaient très dévoués et s’intégraient très bien avec les gens du pays. Il y avait une grande fraternité. Les missionnaires que j’ai côtoyé étaient envoyés par les églises de France, ils étaient donc très peu rémunérés. A ce moment là, il y avait aussi une question de rétribution. La monnaie au Cameroun était le franc CFA, qui doublait de valeur quand on revenait en France. C'était un avantage heureux.


En 1956, il commençait à y avoir des conflits. Les Camerounais luttaient pour leur indépendance. On recevait des blessés à l'hôpital avant que je ne résilie mon contrat pour rentrer me marier en France. Mon futur mari et moi même ne pouvions attendre encore une année de séparation. Je suis donc revenue plus tôt que prévu à la métropole. Ce fut un séjour éprouvant, mais riche d'expériences et de souvenirs inaltérables.


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