Ma vie, la guerre (Saumur)

Un témoignage de Jean Duballet,
né(e) le 12 août 1922
Mémoire recueillie à

- Quelle éducation avez-vous reçu de vos parents ?
- Sévère et juste parce que je m’aperçois qu’il y a trois hommes à ma table, pas de mon âge, qui mangent comme des cochons et ils m’énervent. J’ai trop de patience, j’en ai toujours eu beaucoup mais alors là, il commence à vraiment m’énerver et en plus ils s’y croient.
- Et donc vos parents étaient sévère avec les bonnes manières ?
- Non. On était 14 enfants, enfin il y avait de l’ordre mais on savait manger comme même, on savait se tenir à table. On n’était pas riche mais on avait de bonnes manières.
- Pouvez-vous raconter votre plus grande histoire d’amour ?
- J’ai fréquenté une fille en 1944, ce n’est pas hier, pendant un an. Et comme j’étais complètement fauché, je n’avais pas d’argent. Elle est partie pour un militaire.
- Ce n’est pas sympa.
- Oh non mais qu’est ce que vous voulez, c’est comme ça. Et je me suis mariée. Elle n’était pas grande, elle est en photo là derrière vous.
- Vous étiez en voyage ?
- Oui, à la sortie de l’aéroport. Il y avait 14 heures de voyage. Si vous compter 4 heures de car pour aller jusqu’à Paris, 2 heures d’attente à l’aéroport et enfin les 14 heures d’avion, on voit le résultat sur ma tête. En plus je supporte mal l’atterrissage.
- Vous étiez partie où, sur la photo ?
- Bangkok. On a fait beaucoup de voyages tout les deux. C’est ma femme qui a fait ce canevas, et elle l’a fait en un rien de temps pendant sa retraite. Elle l’a fait très vite et c’est très bien fait. Elle faisait la cuisine aussi, et oh la la, je ne veux pas dire mais vraiment, tout le monde se régalait.
- Elle s’appelait comment ?
- Jacqueline Marchand.
- Et vous vous êtes marié quand ?
- Quand j’ai eu un peu d’argent pour acheter une table, une chaise, un lit et une armoire; c’est ça que je voulais, un peu de confort. Mais pour avoir un logement à cette époque là, il fallait être marié. Ah oui, c’était après la guerre en 1945. Donc vous savez ce qu’elle a fait ? Elle a prit un comptoir moderne pour pouvoir nous payer un logement. Autant vous dire que c’était Leclerc en beaucoup plus petit. On l’avait prit pour pouvoir nous marier ensuite. On a du attendre 5 ans. Et c’était très dur. On travaillait 16 heures par jour, tous les jours de la semaine donc pas de congé.
- Elle était courageuse.
- Oui et pourtant elle en a bavé. Elle a été opérée et vraiment, elle était très courageuse et très dynamique. Vous savez pourquoi nous avons réussis à tenir 5 ans ? On voulait s’en aller, on ne voulait pas rester là. Et ils ont prétexté que ma femme était enceinte pour nous virer. Vous vous rendez compte, vous voyez comment c’était la vie. De toute façon, je leur avais dit que je m’en irai et j’étais tout à fait consentant de partir. En travaillant 16 heures par jour, on n’a pas eu le temps de dépenser donc, ça nous a permis de mettre de côté. Alors j’ai acheté un appartement à Angers et ma femme était enceinte. On est allé voir le docteur pour suivre la grossesse. Elle trouve le moyen de faire une fausse couche chez le médecin. Voyer ce n’est pas drôle. Elle a reprit un magasin de laine en gérance. Notre logement qui se trouvait sur Angers était un très beau logement dans un ancien hôtel. Et j’habitais tout l’étage. On avait un beau logement. Moi, j’étais peintre en bâtiment de métier pendant 5 ans et ensuite, j’ai travaillé dans un magasin d’alimentation de pelotes de laine.
- Et vous êtes resté longtemps dans votre appartement ?
- 10 ans. Le problème c’est quand on habitait quelques part pendant 10 ans, ma femme voulait déménager. Elle était toute seule dans la rue des lys comme marchande de pelotes de laine et, en bas de cette rue, il y avait un autre magasin et c’est moi qui le ravitaillais en gros. Plus tard nous sommes allés nous installer à Saumur pendant 2 ans mais l’appartement n’était vraiment pas beau et c’était vraiment trop bruyant. Alors nous avons fait construire une maison à St Lambert; et nous sommes restés là-bas jusqu’à ce que je vienne ici.
- Avez-vous des souvenirs ou anecdotes de la guerre ?
- Oui hélas. J’ai été peintre en bâtiment, parce qu’à ce moment là c’est ce que j’étais, et j’ai été réquisitionné en 1942, en décembre 42 dans la classe 42. Ce qui intéressait les allemands ce n’était pas les grattes papier ou les vendeurs de pelote de laine, c’était les ouvriers dans le bâtiment. Et bien figurer vous que j’étais très content de l’officier qui nous commandaient; et si je pouvais le retrouver, enfin il est mort évidemment, mais j’aurais toujours voulue le revoir, c’était un brave type. Et puis il devait être assez gradé parce que quand on réclamait quelques choses, il contrôlait premièrement que c’était vrai, et il allait à la direction ensuite. Nous nous sommes plaint un jour, que la soupe était dégueulasse, et on avait le droit qu’à ¾ de litre de soupe par jour, et ce n’était pas de la soupe comme ici ! C’était vraiment dégueulasse ! Nous lui avons dit : « un cochon n’en voudrait même pas ! ». Le lendemain, il est venu au chantier, nous sommes allés présenter la fameuse soupe au cochon, et effectivement il n’en voulait pas ! Non mais c’est vrai. Alors je peux vous dire que ça à barder. Il est donc allé à la grosse küsche, la grosse küsche c’est la cuisine en allemand, il est donc allé là-bas, à côté de Lorient, réclamer de la soupe; largement meilleur. Il c’est toujours débrouiller pour que mon copain et moi on reste en France. Quand nous devions partir pour l’Allemagne à cause de la décision de monsieur Mitterand, l’officier nous à promener de bureau en bureau à Lorient pour nous garder. Et le soir, c’est bizarre mais il nous a dit : « je regrette, je ne peux plus rien, je dois vous emmener au camp de rassemblement » et il nous a payé un coup à boire. Alors au camp de rassemblement, vous savez où j’ai couché ? Sur ma valise, mon copain pareil. On était des centaines, des centaines et des centaines et on n’avait pas la place ; donc on posait les valises par terre et on dormait en boule dessus. Et à 3 reprises j’ai eu une maladie de peau, j’étais maigre. Car à ce moment là, les milliers de jeunes devaient passer une visite médicale. C’était un docteur français, et il en a refoulé la moitié : « inapte pour l’Allemagne » disait-il. Deuxième visite le lendemain, beaucoup d’inaptes donc ; pour la troisième visite, c’était un docteur allemand. Il avait la liste des noms, demandait aux jeunes de se déshabiller, et tout le monde étaient devenu apte pour partir. On c’était fait une raison.
On se promenait dans la cours, mon copain et moi quand un officier allemand s’approcha de nous pour nous dire : « vous et vous, suivez-moi ». On a voulu se cavaler mais il nous a rattrapés. Et du coup fallait marcher devant lui. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Il nous a renfermé dans une petite baraque, de temps en temps il y avait une sentinelle avec un fusil à la porte qui surveillait, et je me disais : « ça y’est on est foutu ». Parce qu’il y avait eu des bêtises dans le camp et ils on sûrement penser que c’était nous. On était complètement renfermer, les volets fermés, dans le noir. Il y a une petite camionnette qui s’est amené, un motard devant, un motard derrière, et défense de regarder ou que se soit car c’était une camionnette bâchée. Moi j’étais nommé jardinier au camp, on plantait des rosiers. Et le dimanche matin, nous étions des ouvriers d’élites. Et tous ces dimanches matins, fallait aller défiler dans les communes alentour. On y allait ça nous promenait. Mais un dimanche matin, tout le camp était garder par des sentinelles et la « polizei », c’est la police allemande, et avec mon copain on c’est dit : « il y a quelques choses qui n’est pas clair là ». On reste coucher. Alors on est resté coucher. Mais tout les autres qui était sorti pour aller défiler, comme d’habitude, et bien hop ! Direction l’Allemagne ! Embarqué ! Mais comme nous, nous étions resté coucher, ils nous on « oublier ». Mais il a bien fallut sortir à un moment ou un autre, et heureusement que l’on n’est pas sorti le soir même; nous avons attendu le lendemain matin, comme si nous allions prendre notre bol de café; enfin ce qu’ils appelaient du café. L’officier qui était resté au camp nous voit et crie : « mais qu’est ce que vous faite ici ? ». Il a donc téléphoné je ne sais où mais le train était déjà parti pour l’Allemagne. Donc notre ancien chef, l’officier allemand, est revenu nous chercher pour retravailler chez lui. Mais en attendant qu’il arrive, nous sommes resté trois jours dans ce camps avec l’officier qui passait ces journées à tirer sur des cibles, et on se disait, mon copain et moi : « on va servir de cible s’il continu comme ça ». Mais du coup on a échappé à l’Allemagne. On est donc reparti travailler pour l’officier allemand, mais en début 44, il retourner en Allemagne. Il ne nous a pas emmenés mais il nous a trouvé une place ailleurs pour que l’on puisse rester en France avec mon copain. C’est bizarre la vie. Et je suis revenue de Lorient à Saumur à pieds. Enfin pas tout à fait car on a fait de l’auto-stop à partir de Nantes, enfin entre vannes et Nantes jusqu’à la gare de Nantes pour pouvoir prendre le train; mais il n’y avait pas de train. Les wagons étaient les uns par-dessus les autres. On a donc repris la route et un gros camion qui transportait des tuyaux s’est arrêté en nous disant qu’il allait jusqu’à Angers donc s’il on le voulait on pouvait monter; mais si on voyait des avions, il fallait les prévenir en tapant sur les tuyaux. J’avais la trouille. En arrivant sur Angers le conducteur nous dit : « je files sur Saumur ». C’était très bien donc, on a continué avec lui. Il s’en allait de l’autre côté de St Cyr-en-Bourg en réalité le camion. Il nous a débarqué, pas devant chez moi comme je le pensais, mais à Saumur comme même et, à 2-300 mètre de la maison je croise la « polizei ».
- Que ressentez-vous sur la génération d’aujourd’hui comparé à la votre ?
- Les petits jeunes sont beaucoup plus dégourdis et plus intelligents actuellement que nous on était. Vraiment il y a une différence très marquée. C’est la vérité et vous pouvez le constater dans la salle à manger pendant le repas.
- Comment se passe la vie au quotidien à la maison de retraite ? Et qu’est ce que vous aimeriez changer ?
- Le personnel est très bien, ma chambre est propre. J’aimerai bien que l’on ne soit pas si mélanger. Je participe parfois aux animations mais je préfère aller marcher dans le jardin ou lire dans ma chambre. Mais parfois je m’ennuie, c’est vrai.

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