Ma vie pendant l’occupation

Un témoignage de Mme G.,
né(e) le 1 mai 1916
Mémoire recueillie à


A 19 ans, je suis employée dans une banque. Certains des anciens employés furent prisonniers, donc en nous embauchant, ils nous dirent «c’est provisoire, on ne sait pas si on vous gardera après la guerre». A partir de 1942/43, les bombardements de la base sous marine allemande par les forteresses volantes américaines faisaient beaucoup de morts. La banque a été évacuée, et comme l'électronique n'existait pas, tous les coupons, chèques, talons gardés dans des sacs furent transférés dans un village près de Langon. La propriétaire d'un château a acceptée de louer quelques pièces à la banque pour installer la comptabilité. On était logés chez l’habitant mais on rentrait les weekends à Bordeaux. On prenait le petit train de wagons en bois à Langon. En cas de bombardements à Bordeaux le train ne partait pas. Je me souviens qu’un jour on voulait rentrer mais le départ fut annulé. En sachant que Langon était à 40 km de Bordeaux, si nous collions nos oreilles sur les rails du train, nous pouvions entendre les bombardements. C’était effrayant! On s’inquiétait pour nos familles!


Deux de mes collègues que je connaissais vaguement étaient passeurs de messages pour les résistants entre la zone occupée et la zone libre. Ces messages étaient dissimulés dans des journaux et pouvaient, par exemple, prévenir les résistants de futurs contrôles allemands. L'un de nos directeur était obligé de collaborer avec les allemands. Ces derniers venaient à la banque et pillaient les coffres juifs. Le directeur n'avait pas le choix et, de ce fait, il se tenait au courant de leurs agissements. Un jour, il eu vent d'une descente de l'armée chez ces deux jeunes employés. Il s'empressa donc de les prévenir et de leur donner un peu d'argent pour qu'ils ne tombent aux mains des soldats. C'est comme ca qu'on compris que ce directeur n'était pas un collaborateur mais qu'il menait un double jeu pour, parfois , arriver à sauver des vies...


Un autre jour ou il n’y avait plus de train là encore à cause des bombardements, deux amies et moi-même étions coincées vers Langon. Il nous fallait rentrer car sinon nos familles se seraient fait un sang d'encre. Nous décidions donc de faire du «stop». Au bout de quelques temps, un camion qui transportait une grosse citerne de vin s’arrêta pour nous prendre. Seulement pour qu’il nous amène toutes les trois à bordeaux , il nous fallait monter tout en haut de la citerne et nous y accrocher pendant les 40 km de campagne qui nous séparait de la ville. C’était une aventure très périlleuse mais de ce temps nous étions obligés de trouver des moyens, aussi précaire soit-il, pour nous débrouiller.



Pendant l’occupation, vous n’êtes pas sans savoir qu’il y avait un couvre feu. A 21h plus personne ne devait se trouver dans les rues à part si on possédait un laisser-passer allemand. Seulement parfois les trains pouvaient avoir des retards pour tel ou tel raisons, et un soir où je suis arrivé en gare à 21h, les employés de la SNCF nous dirent de rester coucher dans la gare. Mais vous pensez bien que les gens ne voulaient pas. Cette nuit là, où les rues étaient complètement plongé dans le noir, pour éviter les bombardements nocturnes sur les édifices principaux, je suis rentré de la gare de bordeaux jusqu’à Caudéran à pied. A l’époque j’ai emprunté les boulevards pour éviter le centre de la ville. Mais vous pensez!!Dès que j’entendais une voiture au loin, je me collais contre les murs des bâtiments pour me cacher dans la pénombre…seulement prés de ma maison au niveau du lycée grand Lebrun, l’occupant disposait d’une kommandantur, et il me fallait donc faire un détour par une petite rue pour rentrer chez moi. J’étais donc presque arrivée. Et à ce moment là, dans une ruelle, à 11h du soir, une porte s’ouvre, je m’arrête. Ce n’était pas mon jour de chance car un allemand sorti de la maison. Pendant qu’il faisait la bise à la femme française de chez qui il sortait, je me suis dit «je passe». Je ne sais pas si c’était un bon ou un mauvais réflexe, mais je ne pouvais pas rester figée. En entendant mes pas, il s’est retourné et à hurlé «terroriste, terroriste arrêtez!». Alors je me suis dis que je ne pouvais pas m’arrêter ... il tira! Je croyais que j’étais morte mais j’ai eu de la chance car il ne m’avait pas touché. J’aurai pu être tuée pour rien!!Je me suis planquée contre un mur et en me retournant je l’ai vu! Il titubait au milieu de la route, il était ivre!! J’ai donc couru du plus vite que j’ai pu, j’ai tourné dans la première rue qui se trouvait être la mienne et j’ai sonné. «Vite vite, il y a un allemand, ouvrez moi». Je suis rentrée et nous avons attendu derrière la porte en écoutant mais nous n’avons rien entendu! Je peux vous dire que j’ai eu une trouille bleue... A cette époque, la vie courante pouvait vous mettre face à des situations telle que celle ci et des gens ont surement été tués bêtement! Ça faisait vraiment peur!!


Quand je travaillais en campagne, des fois le train pour Bordeaux ne s’arrêtait pas à notre village. Il fallait donc faire 5km à pied pour aller en gare de Langon. On a appris à marcher durant cette période! Nous étions une dizaine et on avait su qu’il y avait un château, où, pendant cette période, se cachaient des résistants dans les caves. Surtout il ne fallait en parler pour éviter que les allemands ne l’apprennent!


C’était une époque dangereuse. La guerre c’est affreux! Ça démoli des familles entières.


J’avais des amis qui avaient un fils de 18ans. Quand les américains sont arrivés à Paris, il a voulu s’engager avec eux pour la libération francaise. Il s’est fait enrôlé dans l’armée du général Leclerc. Son père était furieux de savoir qu'il partait pour le front. Il a participé à la libération de Strasbourg avec cette fameuse armée. Ensuite ils ont traversé le Rhin et à ce moment là il se trouvait dans un char. Ces chars… c’était de vrais caveaux! Il y eu un bombardement, les chars sont tombés dans le Rhin, et il mourût! Quand ses parents ont appris sa mort, ils étaient anéantis...


array(0) { }