Ma vie

Un témoignage de Yvette BRUNEAU,
né(e) le 15 juin 1928
Mémoire recueillie à

De l’école j’en ai des bons souvenirs, j’étais dans une école primaire dans le Val de Loire. A ce moment là, j’habitais dans une ville de 2000 habitants, je m’en rappelle j’allais à l'école à pieds, je marchais environs 4 km par jour. A cette époque l’école n’était pas mixte, un souvenir me revient, les garçons enjambaient les grilles des portes pour venir voir les filles et passer de bons moments.
Le temps a vite passé et j’ai grandi, j’ai été domestique pendant 3 ans pour pouvoir me payer mes cours de sténo car mes parents n’avaient pas d’argent. C’est ma mère qui m’a forcé à devenir « Bonne ». Je ne lui ai pas parlé pendant 3 mois car je n’arrivais pas à digérer ça. Les gens du village disaient « Comment Yvette, qui était si brillante à l’école, est-elle devenue une bonne à tout faire ?». C’était mon premier salaire, je gagnais 200 francs de l’époque. Par la suite j’ai eu le temps de prendre des cours de sténo et de rentrer dans une petite filière où je gagnais mieux ma vie. De plus j’ai réussi à avoir le diplôme de sténo, ce métier ne me plaisait pas mais c’était une porte ouverte sur autre chose. Dans ma vie j’ai fait des métiers très différents dans diverses branches. J’ai fait du secourisme, j’étais très aimée par mes maîtresses qu’on appelait « les Châtelaines », elles m’avaient dit de ne pas m’inquiéter car j’allais aller à Paris chez les petites bleues, pour devenir infirmière.
Puis mon mari est arrivé et j’ai pris l’opportunité de partir avec lui, les Antilles, l’Afrique, le climat tropical. Mais l’armée ne nous laissait pas partir avec nos maris, j’étais alors contrainte de retourner à la maison et je ne pouvais pas non plus travailler car mes enfants étaient malades. Lorsque je suis repartie en Afrique, je me suis remise à travailler pour faire face à la misère, j’avais un bon boulot car je pouvais être avec mon mari. De retour en France, personne ne voulait m’héberger par manque d’argent. Un monsieur qui habitait dans l'Oise à coté de chez mon beau-frère, m’avait prêté une maison. Ce que je peux dire c’est que mon parcours de travail a été modulé au hasard des endroits où j’ai vécus. Je me suis toujours adaptée à toutes les situations auxquelles j’ai été confrontée. J’ai été Etat majeur chez Renault et hôtesse d’accueil dans les maisons de vacances. J’ai fini ma carrière professionnelle dans un hôpital où j’étais secrétaire dans les écoles d’infirmières. Pour les élèves j’étais la personne qu’on venait voir le soir, j’étais très appréciée. J’ai vécu de très bons moments en tant que secrétaire, j’étais épanouie du fait d’être polyvalente, j’aidais les familles et les élèves.

La guerre, moi, j’étais petite, je suis née en 28, j’avais 11 ans. Mon père a été réquisitionné dans une usine qui travaillait pour la guerre. Dieu merci car il n’avait pas la santé pour aller à la guerre. J’ai vécu la guerre comme tout le monde, les privatisations, les couvres feu etc.… Le jour de mon anniversaire nous nous sommes fais bombarder par les italiens qui avaient choisi de nous tourner le dos. Nous avons marché des km et des km à travers la Sologne. On se cachait pendant les alertes, on buvait l’eau des Marigaux de la Sologne. La libération, j’en ai un souvenir abominable car j’ai vécu l’épuration c'est-à-dire les règlements de compte entre voisins qui se dénonçaient au maquis. La guerre je l’ai connu à travers mon mari, il était plus vieux que moi de 3 ans et c’était un résistant. Ils allaient dans les salles de cinéma piquer les armes des Allemand pour les donner au maquis. Avec mon mari nous avons vécu des moments très difficiles, on s’est toujours soutenus, on a toujours été solidaire car on s’aimait.


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