Madame Poilane

Un témoignage de Mme Poilane,
né(e) le 11 août 1918
Mémoire recueillie à

Parlez-nous de votre enfance…

J’ai vécu à la campagne jusqu'à l’âge de 11 ans avec mes sœurs et ma cousine, parce qu’on se plaisait énormément chez les grands-parents. Ils avaient la vocation dans ce temps là, ils adoraient les enfants, ils avaient un grand jardin. On se promenait dans la campagne, ils nous enseignaient l’histoire naturelle. Une de mes cousine avait 6 ans de plus que moi, et deux petites sœurs qui étaient bien plus jeunes que moi.

J’avais mes autres grands-parents qui étaient à 8 km, mon grand père avait une scierie.
Alors il y avait de la sciure, énormément, puisqu’ils sciaient des arbres entiers pour faire des toitures, des charrettes. Nous on s’imaginait dans ce chantier-là comme au bord de la mer, on prenait des seaux et des pelles, ont allait dans la sciure tout simplement. Ce n’était pas bien loin d’ici c’était à 50 km d’ici à peu près.

Et après vos 11 ans ?


Après mes 11 ans je suis venue à Nantes pour étudier à l’EPS, c’est là qu’on forme les institutrices et pleins de trucs. J’ai fait les études du second cycle jusqu’à ce que je rentre à l’école normale, mais je vais vous dire pourquoi je n’y suis pas allée : j’ai horreur des grands murs, j’ai horreur d’être encadrée, c'est-à-dire que parfois la directrice devait dire que j’avais une grosse tête de cochon.
Alors je suis allée aux Beaux Arts… J’avais une grande amie qui adorait dessiner, on est allées toutes les deux aux Beaux Arts. On est allées au mariage de l’une, et au mariage de l’autre !

Et pour finir je me suis mariée à 20 ans…, 20 ans et 8 mois. J’étais allée à une réunion d’ingénieurs, avec des jeunes filles qui étaient de l’école….
Et puis il avait 28 ans mon mari, et puis je me suis mariée et 4 mois après il partait à la guerre, 4 mois après ! Alors là je n’ai pas rigolé ! La guerre je la raconterai pas, nos maisons, celles de nos parents sont tombées, euh, il y avait des bombardements, on a perdu beaucoup d’amis, on a eu la chance de s’en sortir je ne sais pas par quel miracle. Il y a eu la résistance. Tout le monde en a fait, plus ou moins suivant ses possibilités. Les maisons à Nantes étaient détruites alors on est allé se réfugier dans mon pays d’origine à 40 km d’ici.

On est revenu à Nantes, ah oui, j’ai eu mon fils ! En 1941 on l’a fabriqué avant que mon mari parte à la guerre ! Il a 67 ans aujourd’hui, j’aurais voulu en avoir un autre mais j’ai eu une phlébite, je suis restée 53 jours dans une gouttière. Mon fils était désolé il aurait bien voulu avoir une petite sœur.
On est revenu à Nantes, on n’avait plus de maison où se loger, tout avait été fichu par terre par les américains. C’étaient nos alliés mais ça fait rien, ils nous ont quand même bombardés Nantes et St Nazaire copieusement !
On a d’abord été du côté de la rue de Rennes dans un vieux couvent pendant 4 ans ! (Rires) Avec d’autres gens. Ensuite on a trouvé une gentille propriétaire à Chantenay, elle a partagé son appartement, son jardin et tout pendant 5 ans jusqu'à ce que la reconstruction se fasse.
Ensuite ont s’est retrouvé rue des Halles parce que notre ancien propriétaire a regroupé ses maisons démolies et nous a donné un appartement rue des Halles pendant 5 ans aussi ! Et puis après… après on a acheté un appartement route de Vannes avec un prêt (…) On y est resté 2 ans dans cet appartement mais on l’a gardé. Et après on est allé à St Nazaire.

D’abord, le temps qu’on était à Nantes mon mari travaillait pour une entreprise de grands barrages et tout ça...des travaux publics. Et puis mon mari a travaillé pour les chantiers de l’Atlantique pendant 13 ans. On est revenu à St Nazaire, on nous a donné un grand logement, mon mari a travaillé pour les bateaux, aux chantiers.
Alors il a été mis en préretraite il avait 62 ans, normalement il aurait dû aller jusqu'à 65 ans !
Ils avaient déjà délocalisé en ce temps là ! En Corée ! Alors on est revenu à Nantes, on a retrouvé tous les amis Nantais. On avait des amis supers à Nantes, c’est vrai que mon mari avait des amis sensationnels !


Comment se passaient vos vacances ?

On est allé en vacances pendant 15 ans dans le massif central, parce que ça reposait mon mari. Ensuite on est allé en Provence parce qu’on aimait bien la Provence, on est allé dans les Pyrénées orientales, on en a fait des trucs finalement…! (rires)

D’abord dans le massif central on allait dans un petit hôtel qui était à 10 km de St Four, on se baladait dans la région, c’est très joli cette région, ces petits paysages c’était…euh … oh ça me reviendra… « Ruines en Marjerite » que ça s’appelait, c’était dans la montagne.
Et puis après en Provence on louait à Scerré et on rayonnait partout c'est-à-dire, c’est les Pyrénées orientales et on allait partout. En plus, on allait dans un hôtel une fois et dans un autre une autre fois. On est allé en Suisse aussi deux fois autour du lac de Genève et partout en Suisse. En Suisse on allait à l’hôtel mais dans les Pyrénées orientales on faisait une location.

On n’allait pas bien loin, au Perthus parce que c’est à la frontière espagnole, on avait des amis Catalans, on les avait connu à Nantes. Entre autre j’ai fait 32 cures pour ma phlébite à Bagnoles de l’Orme, alors là c’était de belles vacances ! Mon mari m’accompagnait aussi quand il pouvait car il ne pouvait pas toujours.
J’en ai fait des trucs finalement !
La dernière fois, ça n’a pas été possible pendant 8 ans il était malade on louait une chambre à l’hôtel avec des amis à Ste Maxime. C’est tout finalement ! Ça se résume à pas grand-chose …enfin...

Mon mari est mort en 1990, je suis restée 15 ans toute seule et comme mes enfants pensaient que j’aurai de plus en plus de difficultés et qu’ils habitent Sautron, ils m’ont gentiment poussée vers la maison de retraite. La première année, je n’ai pas supporté, enfin bon. Maintenant je m’y suis faite…ça fait 5 ans, cela va faire 5 ans le mois prochain, quand elle s’est ouverte cette maison.

Avez-vous travaillé ?

Je voulais être institutrice, j’avais le droit pendant la guerre et je me suis inscrite. On pouvait à cette époque avec l’EPS être institutrice. Quand mon mari est revenu, on a décidé que je n’irai pas car c’était à la campagne. Il avait une bonne situation, à peu près pas mal, alors je n’ai pas travaillé…

Quelles étaient vos activités au sein de votre foyer ?

J’ai élevé mon fils.

Parlez nous de votre fils…

Il a fait des études de dentiste, il s’est marié, il était chirurgien dentiste mais il est en retraite maintenant vous savez ! Ça fait 4 ans déjà. J’ai deux petits enfants : une fille et un garçon.
Elle, elle travaille à Sautron elle a ouvert une boutique de toilettage de chiens. Mon petit fils a fait des études prolongées jusqu’à 26 ans, il a travaillé 2 ans, et il est au chômage.

Il a fait quoi comme études ?


Il a passé son bac à 18 ans, il a fait 6 ans d’école professionnelle pour travailler en entreprise, il est allé en Hollande, il est resté un an dans une université spécialisée, il a eu un diplôme de logistique.

Parlez nous de l’école des beaux arts…

Oh oui, oh oui, il me semble que c’était rue Chainelon, ça a été les meilleures années de ma vie !

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