Mais ça c’était mon enfance…

Un témoignage de Monique B,
né(e) le 10 février 1922
Mémoire recueillie à


On entre dans la chambre de Monique. Aux murs, ses propres peintures prennent place aux côtés de nombreuses photos de famille. Tout sourire, elle nous fait asseoir sur un petit banc en bois.


Ambiance détendue, la discussion « entre filles » commence …


-Ecoutez, j’ai été heureuse, j’ai été une enfant heureuse, avec des parents très consciencieux, très affectueux. Mon père d’abord, a piqué une colère parce qu’il attendait un garçon et qu’il n’en a jamais eu, il n’a eu que quatre filles. Mais après il m’a bien gâtée.


C’est dans le quartier de Saint Clair à Nantes que Monique est née. A cette époque là les femmes accouchaient chez elles. Sa mère avait 42 ans, quand elle a accouchée d’une quatrième et inattendue petite fille.


Donc, vous avez été scolarisée sur place, à Saint Clair?


-Oui, scolarisée sur place, au pied du cloché. On commençait à six ans seulement l’école. C’est là que c’était officiel. Il y en a qui rentrait avant. Ça rendait service aux parents peut-être.


Mes sœurs, elles, avaient été en pension au moment de ma naissance. Parce qu’elles n’étaient pas très vieilles, alors mon père a dit à maman « tu n’arriveras pas à tout faire, la maison, les filles… ». Et maman elle s’occupait de sa maison et de son jardin. Elle aimait mieux être dans son jardin que faire la cuisine. Des fois papa disait « pas la peine de chercher votre mère, elle est dans le jardin ! ». Il fallait toujours qu’elle soit là à ratisser. C’était une passion.


Mais sinon elle était lingère de métier. C'est-à-dire que le linge était fait à la main. Comme elle avait beaucoup d’activités je suis allée à mon tour en pension.


C’était des religieuses qui tenaient l’école. Moi j’ai baigné dans les religieuses toute ma vie parce qu’après j’ai travaillé dans les écoles privées donc il y en avait. Elles sont parties dans les dernières années.


Pourquoi votre école voulait des religieuses ?


-Parce que c’était comme ça, l’école catholique voulait des femmes. Il n’y avait pas de professeur masculin. Sauf chez les garçons où c’était des frères. Et donc les garçons avaient des garçons dans l’enseignement. Et nous nous avions des religieuses, des jeunes femmes.


Etait-ce un choix pour vous d’être dans des écoles privées ?


-C’était le choix de mes parents au départ, et puis après ça a continué. Les écoles n’étaient tenues que par des religieuses ou presque. Il n’y avait que quelques cours privées qui étaient laïques. A cette époque, l’Eglise était pleine au moment des offices, les offices religieux étaient très bien suivis. Il y avait des processions pour les grandes fêtes. Ah oui par exemple au moment de la fête Dieu en juin, il y avait ce qu’on appelait des reposoirs, c’est-à-dire que tout le monde s’afférait à décorer les constructions cachées par des grands draps.


Et vous êtes croyante vous ? Si oui, que vous apporte la religion ?


-Oui oui, mais vous êtes curieuse ça m’amuse mais ça m’est égal! Pourquoi je m’en cacherai ?


En plus, ma troisième sœur est carmélite.


Ce que la religion m’apporte, … (elle cherche ses mots), il faut être dedans pour comprendre, un petit peu. Pour nous bien sûr le christ a été un personnage exceptionnel, la vierge Marie, sa mère, aussi. Et mon dieu, quand on a des ennuis, des chagrins, on prie.


Donc vous devez être contente qu’il y ait une église à la maison de retraite Saint Joseph ?


-Je suis bien contente parce que dans une autre maison de retraite, je n’aurais pas eu quelqu’un pour m’accompagner à l’église la plus proche, avec ma canne. Tandis que là on est gâté. Nous on se considère gâté.


Comme vous dites, vous vous considérez comme gâtée ici, mais pensez vous qu’il y a d’autres moments de votre vie où vous avez eu l’impression de l’être ? Par exemple, des sorties assez fréquentes, des vacances…


-J’ai eu le bonheur de passer toutes nos vacances au bord de la mer car mon père avait fait construire une maison de vacances. On était gâtées. C’était pas loin de Nantes, mais on partait par la Loire, il n’y avait pas d’autre solution. Il n’y avait pas de, comment dirai-je, de moyen de transport, alors nous partions en bateau. Nous mettions trois heures environ selon les marées. Moi, j’ai connu la vie du port très vivante. Il y avait des paquebots qui venaient.


Mais ça c’était mon enfance. On n’était donc pas privées de vacances chez nous. Faut dire que j’ai eu des parents (elle cherche ses mots) … exemplaires quoi !


Plus tard, mon bonheur, ça a été d’aller, avec mes petites nièces, la deuxième série, à la montagne. J’aime beaucoup la montagne, J’y suis allée pendant 10 ans, avec eux pour faire du ski. J’ai été dans la vallée de Chamonix par exemple.


Puis je suis allée ailleurs aussi avec des amis, dans les Alpes et aussi le Canada avec ma sœur. On y est restée cinq semaines. Et puis autrement les voyages organisés, on en a fait aussi, on est partie en Yougoslavie.


A l’époque où Monique allait à l’école à Chantennay, les institutrices étaient des religieuses, sa famille était chrétienne et plus tard, elle a enseigné au côté des religieuses. Elle a donc toujours été bercée par la religion.



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