Mes colonies de vacances

Un témoignage de Mme P., Lille,
né(e) le 4 novembre 1914
Mémoire recueillie à

Le patronage :

« Quand on était jeune, il y avait ce qu'on appelait le patronage, pour les enfants de 8 à 12 ans. Ils allaient chez les religieuses et ils s'amusaient. On ne sait plus s'amuser maintenant ! En étant plus grande, j'étais un peu responsable, je conduisais les plus jeunes chez eux, on avait une responsabilité ! J’avais entre 13 et 20 ans. Ensuite, j'ai vécu dans ma famille, elle a eu des ennuis de santé, ce qui m'a pris beaucoup de temps. Puis, je me suis retrouvée seule sans parents, célibataire à 36 ans. Je n'étais pas malheureuse, il fallait que je gagne de ma vie.

Un beau jour, quand j’étais déboussolée, j'ai rencontré un prêtre et il m'a dit qu'il pouvait m'occuper. Tous les ans il organisait des colonies de vacances pour les enfants de la paroisse et il m'a donné des papiers à faire. Puisque je commençais à le connaître, j'ai fait ses papiers. Il est allé à la colonie et il m'a dit :
« Je vais voir les enfants une journée. Vous venez avec moi ? » La journée a duré 8 jours ! Je ne m'y attendais pas, je suis restée avec eux, j'ai continué vraiment et après je faisais l'intendance pour les directrices.
Ce n'était pas un travail mais du bénévolat. Ça m'a ouvert beaucoup aux autres, là j'ai rencontré du monde et ça m'a fait du bien pour le restant de ma vie parce que j'ai recueilli beaucoup de sympathie autour de moi.

On faisait tout ce qui était tenir les comptes, je ne tenais pas les comptes financiers, je faisais les comptes financiers sur place mais pas les comptes financiers de l'année. Et tout ce qu'une directrice devait savoir quand elle était directrice de colonie de vacances. Une directrice a une responsabilité: il faut qu'elle dirige les enfants, il faut qu'elle autorise certaines choses, il faut qu'elle veille sur tout le monde.
Elle passait quand même pour avoir un diplôme, et pour avoir ce diplôme il fallait remplir des papiers avec la date de naissance et ce que l'on peut remplir quand on a une certaine responsabilité. C'était moi qui faisais tout ça ! Je le faisais pour rendre service à la jeune fille qui passait son diplôme mais ce n'était pas une obligation. Je le faisais parce que je le voulais bien mais ce qui m'intéressait c'était d'être avec eux. Je ne pouvais plus prendre un groupe d'enfant sous ma responsabilité, alors je prenais l'ensemble de la vie des trois semaines.

S'il y avait des sorties, des jeux, je participais à tout, ils me considéraient très bien, il me prenait avec eux. J'étais acceptée et je le suis encore et sans me vanter parce que j'ai beaucoup de connaissances, beaucoup de sympathie et je reçois encore beaucoup de sympathie même ici, même à mon âge.
Les colonies, ce n'était pas quelque chose de principal dans ma vie, c'était une aide, moralement c'était une aide, parce que ça m'a empêché de couler !
Les rencontres que j'ai faites m'ont données de l'occupation, cette occupation s'est étendue à d'autres choses, ce qui m'a permis de connaître beaucoup de monde. Les colonies ne se faisaient qu'une fois par an et je faisais les gardes d'enfant à domicile dans la journée et la nuit. Je rendais service. Le lieu des colonies changeait tous les ans, on découvrait toujours des lieux différents.


Avant les colonies :

J'ai été licenciée économiquement, ce qui m'a permis de le faire plus vite aussi. C'est quand je ne travaillais plus que je pouvais faire cela. Quand, je travaillais, je ne pouvais pas prendre des congés trois semaines n'importe quand. Donc, c'est après mon travail tout ça. Donc c'est après mes soixante ans puisque j'ai été licenciée économiquement à soixante ans. Ce n'est pas en travaillant que je pouvais faire tout ça! J’étais employée dans un service commercial.
Je connaissais un peu les écritures, c'est ce qui m'a aidée pour les colonies. Je ne connaissais pas tout mais je savais ce que c'était de tenir des comptes.

J'ai occupé mon temps, pas tout mon temps parce que c'était une crainte de mon père. C'était de famille de rendre service aux autres. Mon père quand il s'est vu mourir, il a dit :« Je m'en vais, je m'en rends compte mais j’ai eu peur que tu en fasses trop. Tu es plus bête que moi ! »
C'était son inquiétude !

Non, j'ai appris à vivre aussi pour moi, il fallait bien que je vive! J'ai eu de la chance d'en arriver là, j'ai perdu mes parents jeune, j'ai eu la chance de pouvoir faire quelque chose de ma vie. N'étant pas mariée, j'aurais pu me renfermer sur moi-même complètement.


Une éducation et des relations différentes :

Je faisais les papiers de la colonie et je vivais avec les gens, les monitrices, et puis on m'a invitée dans des familles. Puis j'ai fini par connaître les frères et sœurs ! J'ai rencontré des familles grâce au patronage. On me demandait : « Tu es libre, tu peux venir ? » Je répondais « oui ».
Je gardais les enfants le soir, j'avais ma chambre où je gardais les enfants. Ils m'invitaient à manger,
j'étais devenue de la famille, je me suis ouverte.
Dans beaucoup de familles, j'étais une amie. Les relations avec les patrons ont changé maintenant !
Je connais une famille, nous sommes toujours amis depuis 1962. Ça fait 40 ans et ça dure encore! Ensuite, ils sont partis dans le Loir et Cher et on correspond encore.


L'éducation des enfants :

Ca se passait bien. Oui, la famille me disait :« Il ne faut pas qu'ils fassent de bêtises sinon tu peux les corriger ».
Une fois, je suis allée dans une famille et la mère m’avait dit :« Prenez ce que vous voulez et mangez»
Et puis l'aînée qui avait le droit de rester une heure de plus que les autres, elle me dit : « Je vais le dire à mes parents que tu manges ici. »
Je lui répondis : « Écoute, ta maman a dis que je pouvais le prendre, maintenant je vais manger.
Tu te tais maintenant ! »Alors elle était toute douce. Puis je lui dis : « Tu as été gentille alors je vais partager. » Je lui ai fait sentir que c'était pour moi mais au moment de manger, je partageai avec elle.

Il y a des enfants qui sont faciles, qui sont compréhensifs, il y a des enfants qui sont très durs! C'est ainsi de tout temps ! C’était son cas, mais après ça elle s'est calmée.
Je ne devais pas être très dure car cette famille dont je vous parlais, les filles quand elles avaient douze treize ans m’ont dit : « Après tout, c'est toi notre grand-mère ! »
Si elles m'acceptaient comme leur grand-mère, je ne devais pas être très difficile !

Les familles me faisaient entièrement confiance, je ne battais pas les enfants. Je ne veux pas que l'on frappe des enfants, je pense qu'il faut leur expliquer pourquoi on leur interdit telle chose pour telle raison. La fessée n'a pas de sens, les enfants ne comprennent pas pourquoi on les frappe.
On avait des fessées dans le temps, des claques en pleine figure. Je n'aimais pas les familles dans lesquelles on faisait ça. Quand j'étais témoin de cela, je ne pouvais rien dire, ce n'était pas mes enfants, je ne pouvais pas remettre en cause leur autorité. Derrière la gamine, je demandais au père: « Qu'as-tu de plus? »
Je disais à la petite : « C’est ton père, tu l'as mérité ! »
Quand les parents sont présents c'est à eux de s'en occuper, quand ils ne sont pas là, j'ai toute autorité!
Nous [les enfants] nous ne faisions rien, nous n'aurions pas répondu à nos parents! Je n'aurais pas osé répondre à mes parents, une fois j'ai répondu!!
Nous c'était trop dur! Mais l'éducation dépend des familles.


L’éducation aujourd’hui

Maintenant, il y a des comportements que je ne comprends pas: des enfants partent des heures, des journées entières et personne ne sait où ils sont, et les parents ne s'inquiètent pas!
Il suffirait de dire aux parents :« Je pars chez telle personne et je rentre à telle heure! »
Moi, je suis convaincue que les parents peuvent et doivent être au courant !
Quand vous voyez des jeunes filles de 13 ans faire des choses comme cela, c'est trop! Il fallait être à l'heure pour rentrer. Je préparais mon trousseau jusqu'à 20 h, à 20 h 10 je devais être chez moi sinon quand j'étais en retard ma mère regardait la pendule ! On ne disait rien mais on me faisait constater par les gestes que j'étais en retard! On était très surveillé à tous points de vue.

Aujourd'hui, allez dire à un enfant: « Tu es invité, tu t'assoies, tu ne bouges pas, tu ne demandes rien si on te donne un gâteau tu le prends et tu dis merci! » C'était la leçon avant de partir !
Je pense qu'il faut respecter la liberté des enfants, savoir les éduquer en étant poli.
Les parents n'expliquent pas suffisamment!! Expliquer le pourquoi et comment agir autrement.
Au niveau vie personnelle, entre jeunes filles et jeunes gens, vous êtes beaucoup plus libres que nous. Un exemple, à l'école, nous les filles et garçons n’étaient pas mélangés. Il y avait des bals bien sur mais, moi je n'y suis jamais allée.

Les gens savaient s'amuser mais ce n'était pas la même chose. C'était beaucoup plus en famille, les sorties maintenant, se font entre amis. Les frères et sœurs et les cousins. Il y a des jeunes maintenant qui sortent plus en amis qu'en famille. Nous quand quelqu'un de la famille nous invite, on devait partir tous ensemble. Maintenant, quand il y a des réunions de famille, il manque toujours un jeune qui est chez un ami. De mon temps, ça ne se faisait pas !

Je veux juste ajouter que je ne suis pas contre, les jeunes et les tout petits m'adorent. J'ai vieilli mais j'ai essayé d'évoluer avec mon temps. Je me suis dit que si je n'évoluais pas, je ne verrais plus personne et maintenant, même les jeunes m'aiment bien!

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