De mes mains

Un témoignage de V,
né(e) le 23 février 1938
Mémoire recueillie à

Témoignage recueilli le : 12/03/2015

 

Les Gants Ariane :

« Ensuite c’est là que je suis rentrée aux Gants Ariane, rue Belle Poignée à côté du Grenier Saint Jean. J’y suis restée de 58 à 75. Des fois ils faisaient faire des grosses commandes pour le Portugal. Ils embauchaient même ici des personnes pour découdre les étiquettes où c’était marqué Portugal pour rajouter « Ariane ». Ça n’a seulement duré qu’un temps. Faisant faire ça au Portugal, c’était beaucoup moins bien fait. Il y avait des défauts alors on avait beaucoup de retours, on devait ensuite les refaire.

Ce qui était dûr à faire, c’était entre les doigts.

On faisait les ourlets, mais par contre la broderie était faite ailleurs. On les envoyait dans une autre entreprise.

Les gants allaient beaucoup en Amérique, et aussi à Monaco. Les commandes venaient beaucoup de l’étranger. C’était fait aussi pour les artistes, pour tourner les films. C’était pour les grandes dames, quelques fois pour des mariées. C’était bien quand il y avait des grandes commandes, ça permettait à l’entreprise de se faire beaucoup d’argent.

Je ne me souviens pas du tout de combien ça coûtait, mais je sais que c’était cher. Moi personnellement, et même toutes les ouvrières n’auraient pas pu se les acheter.

Par contre il y avait une journée par an où on pouvait acheter les gants qui avaient des défauts, ils les revendaient un peu moins chers. Mais même pour nous ça restait difficile.

Ceux que j’ai récupéré, c’est mon chef qui me les a donnés. C’est des gants de présentation, pour exposer. Des modèles pour essayer d’avoir des commandes. Comme j’étais avec lui pour faire les étiquettes parce qu’il trouvait que je n’écrivais pas trop mal, un jour il me les a donné.

On était à la chaîne pour certaines choses. D’autres choses étaient faîtes à la main. Ca prenait beaucoup de temps pour faire un gant. Il ne fallait pas le moindre petit défaut dans les points. Il fallait des aiguilles toutes fines. Ce qui était très dur, c’était entre les doigts ! Si jamais on voyait que ça machinait un tout petit peu, il fallait tout refaire.

Il y en qui se sont piqué avec les aiguilles, mais moi jamais.

Ça m’arrive de faire de la couture de temps en temps, si j’ai quelque chose à réparer. J’ai aussi fait beaucoup de canevas. Je faisais ça en revenant du travail. Je faisais aussi beaucoup de tricot. Il n’y a que le crochet que je n’y arrive pas ! »

 

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