Mon enfance pendant la guerre

Un témoignage de Anonyme J-D,
né(e) le 25 avril 1930
Mémoire recueillie à

J'ai 80 ans et je suis né à Rouen.
Mon père travaillait dans le textile, il était dessinateur industriel, il faisait des dessins sur tissus .Il était très doué pour ça. Il a fait des aquarelles pendant nos vacances, c'était avant la guerre, vers 1936-1937, en Bretagne.
Mon souvenir de vacances, c'était les premières vacances que l'on a pris en 1936, on prenait le train de bonne heure, on avait abouti sur la Manche. On avait été logé dans une annexe de pensionnat de famille. J'avais 6ans. Mon plus vieux souvenir, c'est la naissance de mon frère, j'avais quatre ans. On était quatre, j'avais une sœur ainée qui souffrait d'Alzheimer. Elle était née en 1914, à cette époque mon père avait vingt ans.
Mon père a fait la guerre de 14 mais il n'aimait pas en parler, ça l'avait tellement bousculé. Mon grand père dirigeait une usine de textile dans la région rouennaise. Ma mère était révoltée de la manière dont on faisait travailler les ouvriers et surtout les gamins.
Mon père partait à vélo pour chercher des pommes de terre et de la viande de porc, et il prenait du tissu en échange.
En 1940 mon père n'avait pas accepte le régime de Pétain et s'était engagé dans la résistance. Il a fait parti d'un réseau de résistance et sa manière de résister c'était de faire des petits dessins de propagandes sur les murs contre les Allemands. On lui disait que ce n’était pas prudent.
On avait évacué Rouen parce qu'on pensait que la Seine ferait un barrage pour empêcher les Allemands de passer, les ponts étaient minés.
On est partis sur les routes en marchant à pieds puis en payant un paysans pour nous ramener sur une voiture a cheval, on avait avec nous une vieille tante .On est arrivé comme sa jusqu'au Mans. Et ce qui nous faisait un peu peur c'est qu'on croisait des voitures de l'armée française qui roulaient dans le même sens que nous.
Pour moi, à dix ans, c'était un souvenir extraordinaire car on n’avait jamais passé des vacances comme ça!
Je me souviens, on avait payé un gars pour qu'il nous amène un peu plus loin en voiture, mais sa voiture est tombée en panne. Il nous a donc laissés dans sa voiture, on a couché dedans pendant toute la nuit. On se nourrissait de lait Nestlé en tube. C'était extraordinaire ! !
Puis on a repris la route à pied. On est revenus à la maison, on l'a retrouvée comme on l'avait laissée. Pendant cet exode, on était logés dans des dortoirs de couvent. On s'amusait comme des fous.
Mon père était resté le plus longtemps possible a Rouen .Le réseau de mon père s'est fait choper. Mon père est resté en prison pendant 3-4 mois avant d'être expédié en Allemagne pour travailler dans une mine de sel, il avait la cinquantaine à l'époque et il est mort d'épuisement 4 mois après. On l'a appris assez rapidement après la libération car les Allemands étaient très méthodique. Tous les noms étaient inscrits sur le registre. Ce qui nous avait un peu dégoutés c'est qu’à côté de la maison, il y avait une caserne de CRS et c'est eux qui sont venus faire la perquisition pour retrouver des papiers après l'arrestation de mon père. Ils n'ont pas été très malins car tout était derrière une botte de paille qu'ils n'ont pas vue.
Des fois, les réunions de résistance se passaient à la maison même et ma mère était choquée car elle avait entendu un gars dire qu'il avait descendu un soldat allemand.
Pendant la guerre, on a transformé notre bout de jardin en jardin potager, pour refaire des pommes de terre, des haricots...
Après la libération, j’étais dans un collège laïc. Ma mère vendait du textile en sous-traitance .Deux ans plus tard , ma mère a pu avoir une pension de veuve de guerre .

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