Mon histoire

Un témoignage de Sylvia BOURDIC,
né(e) le 7 juin 1924
Mémoire recueillie à

Ma grand-mère nous a élevées avec une de mes demi-sœurs car ma mère était danseuse et voyageait beaucoup. Je suis rentrée à l’école préparatoire à six ans. Elle n’était pas mixte mais nous ne portions pas d’uniforme car c’était une école communale non privée. Après le brevet je n’ai pas pu continuer mes études parce qu’à l’époque elles étaient payantes et ma grand-mère n’avait pas assez d’argent. Elle m’avait inscrit dans une école dite commerciale où il y avait, en plus de l’enseignement général, des cours de steno, dactylo, commerce, arithmétiques commerciales. Cela m’a beaucoup aidé par la suite.


Quand elles avaient besoin d’une secrétaire, certaines sociétés demandaient à l’école où j’étais, qui avait bonne réputation, de leur envoyer quelqu’un. Une des filles a été envoyée à la société de gaz et d’électricité mais comme elle est partie au bout de huit jours j’ai été envoyé pour travailler à sa place. J’ai donc commencé à travailler assez tôt, fin 1941, comme « steno-dactylo » au siège d’une société de distribution de gaz et d’électricité à Paris. J’y suis restée toute ma carrière en tant que Secrétaire de Direction. En 1946 elle a été nationalisée pour devenir EDF/GDF. J’ai rencontré mon mari en 1953 à un stage de sport d’hiver à la Clusaz organisé par Gaz de France. Je ne connaissais que son prénom… Il était ajusteur, ce qui consiste à travailler les métaux avec beaucoup de précision.


Lorsque la guerre a commencé j’avais 15 ans. A ma connaissance, personne n’a fait la guerre dans ma famille. Mes parents se sont séparés quand j’avais un mois et je n’ai connu mon père qu’à 18 ans. La famille de ma mère habitait en Suisse. Je ne me souviens pas exactement comment j’ai appris que la guerre avait été déclarée. On l’a surement entendu à la radio et on écoutait les gens en parler. Les hommes étaient mobilisés. Pendant l’occupation il y avait des couvres feux et des alertes avec des sirènes pour avertir des bombardements anglais. On croisait beaucoup d’Allemands mais nous n’avions pas peur car ceux qui étaient sur place ne combattaient pas et ce n’étaient pas tous des sauvages ! Les fenêtres de chez ma grand-mère donnaient sur un hôtel occupé par des Allemands et ça ne l’empêchait pas d’écouter Radio Londres, même si ce n’était pas très recommandé. Malgré mon jeune âge je me rendais compte de ce qu’il se passait et ce que nous redoutions le plus était les bombardements anglais. Nous n’étions pas au courant pour les camps de concentration mais nous avions des doutes car plusieurs personnes que l’on connaissait ne sont jamais revenues. Je me rappelle très bien de la libération. Il y avait des Anglais et des Américains de partout. C’était la joie et la décompression. Les soldats nous arrêtaient dans la rue pour nous parler et nous embrasser.


Au début de la guerre je ne travaillais pas encore. Ma grand-mère nous a envoyé aux Sables d’Olonne dans un établissement où on allait en vacances l’été. On est resté là-bas à peu près un an. Nous étions dans une école chrétienne et toutes les heures nous devions nous tourner vers la chapelle pour réciter une prière. Nous sommes rentrées à Paris pour l’Armistice. Je me rappelle que c’était le jour du brevet. Pendant l’épreuve on est venu nous dire de poser nos plumes et de rentrer chez nous. J’ai repassé l’épreuve écrite à Paris mais je n’ai jamais passé l’oral. Au final, j’ai obtenu mon brevet !

array(0) { }