Mon mari, ce héros

Un témoignage de Renée Hoffman,
né(e) le 22 novembre 1927
Mémoire recueillie à


Renée Hoffman est née en 1927 à Villard de Lans. Lors de notre rencontre elle nous a dressé, avec fierté, le portrait de son mari. C’est à travers la parole d’une femme passionnée que l’on découvre la vie des maquisards à l’époque, plus particulièrement celle d’Edgar, l’homme de sa vie.


J’ai rencontré mon mari à Villard de Lans en 1944. Nous ne nous étions jamais vu alors que lui et ses copains tournaient pas mal dans le coin. Nous avions convenu avec une amie de nous rejoindre devant chez elle un dimanche après midi pour aller se promener. Lorsque je suis arrivée elle était avec trois garçons. Ils nous ont proposé de les accompagner repêcher des armes ou des parachutes qu’ils avaient cachés dans le massif du Vercors, car le maquis était encore sous pression à ce moment là. Malgré quelques réticences j’ai fini par me laisser embarquer et tout s’est bien passé. Parmi les trois garçons il y avait Edgar, il était attentionné et poli. Par la suite il a demandé à me revoir et à partir de ce jour là nous ne nous sommes jamais quittés.


En 1942, il avait 20 ans, l’âge du STO ( service du travail obligatoire) et était donc obligé de partir travailler en Allemagne comme tous les autres jeunes de son âge, mais il a refusé. C’est pour cela qu’il a été contraint de se cacher et de vivre comme un clandestin au maquis.


Lui et les autres maquisards dormaient dehors dans les bois, par terre sous la pluie ou sous la neige. Ils se déplaçaient par petits groupes pour ne pas se faire voir. Ils n’avaient pas toujours à manger et devaient se nourrir de feuilles d’arbres, de fraises et de framboises. Même pour boire c’était compliqué, les moindres petites sources étaient gardées par les allemands. C’était vraiment une vie difficile, ils vivaient comme s’ils avaient tués pères et mères et ils n’avaient plus aucuns droits. Ils devaient sans cesse se cacher pour ne pas se faire prendre, ils étaient comme des bandits. Ils ont tous perdus leur santé à vivre comme ça, vous savez les feuilles d’arbres ça doit pas se digérer facilement. Il y a eu des moments où ça a était vraiment « hard »…


Le 13 juin 1943 les troupes Allemandes attaquèrent Saint Nizier mais elles furent repoussées par les maquisards. N’acceptant pas cet échec, le 15 juin au matin les Allemands commencèrent leur seconde attaque. Ce fut un massacre pour les maquisards qui étaient en terrain découvert. Il y eu beaucoup de morts. Mon mari me racontait que ses copains tombaient les uns après les autres, il les entendait crier et demander de l’aide. Pour des gens qui ne s’étaient jamais battus, c’était l’enfer. Vous savez mon mari me disait souvent : « La première fois qu’on appuie sur la gâchette on s’en souvient toute sa vie… »


Les Allemands avaient attaqué Saint Nizier car la population locale aidait beaucoup les résistants. En effet, il y avait plusieurs personnes qui les avaient planqués et aidés à dormir la nuit pour qu’ils aient chauds. Une fille qui habitait dans une ferme du coin aidait souvent mon mari et ses amis. A l’époque les Allemands se permettaient d’aller écouter la radio chez les paysans, alors, lorsqu’ils venaient chez elle, elle et mon mari avaient convenu qu’elle mettrait une fourche sur le chemin pour les prévenir qu’il ne fallait pas approcher. Les femmes ont fait beaucoup de boulot pour aider les maquisards. Une autre femme les à également beaucoup aidés, toute la journée elle chauffait son four à pain pour qu’ils puissent dormir au chaud la nuit. Mon mari n’a jamais oublié cette femme et lui a d’ailleurs donné sa médaille du Vercors pour son courage.


Voilà, ils ont vécu tout ça… Ca n’était pas gai hein… ils ont vraiment eu une drôle de jeunesse. Vous savez, les guerres ça n’arrangent rien, ça détruit tout… c’est horrible.


Heureusement lui, il ne s’est jamais fait attraper … Même si on aurait bien voulu le tuer, je vous jure…


Après la guerre mon mari est devenu porte drapeau dans la section de Grenoble. C’est à dire que, à chaque fois qu’il y avait quelque chose nous devions y aller… Des enterrements, des commémorations, des mémoriaux, on a fait tout ça… Nous étions obligés d’y aller.


Voilà, voilà ma vie… aujourd’hui les enfants sont mariés, je suis arrière grand-mère, alors j’ai bien travaillé.



array(0) { }