Monsieur et madame TROMP

Un témoignage de M-Antoinette et Gilbert Tromp,
né(e) le 1 janvier 1970
Mémoire recueillie à

Le service militaire et Alain Mimoun.


Laurent (volontaire Unis Cité): Papi, c'est au service militaire que tu as couru avec Alain Mimoun (champion olympique du marathon aux JO de Melbourne) ?
Gilbert Tromp: Oui, c'était en 1952...
L:Il était déjà champion olympique à cette époque?
GT: Oh, ben oui! Quel âge il avait à cette époque? Il était sergent-chef, c'était un militaire de carrière.
L: Mais alors tu faisais du marathon?
GT: Oui, oui.
L: Combien de temps durait le service militaire à l'époque?
GT: Dix-huit mois. J'étais à Rambouillet, avec Vincent Auriol, le président de la République de l'époque. Tous les dimanches, on mangeait au château de Rambouillet, et on partait à la chasse avec le président. J'y ai participé quatorze fois. Je fayotais un peu (rires)! J'étais le seul qui avait mon bureau, le téléphone, alors ça valait le coup!
L: Tu as déjà déserté, papi?
GT: Non, non, je restais.
L: Quoi, même pas pour aller voir mamie?
Marie-Antoinette Tromp: Non, non, je ne voulais rien savoir de lui!
GT: C'est vrai, elle ne savait pas ce qu'elle voulait, comme maintenant!
L: Et maintenant, elle est sûre de son choix?
M-AT: Non, il est à vendre(rires)!


Les métiers.
L: Papi, comment as-tu appris ton métier de menuisier-ébéniste?
GT: J'ai appris sur le tas. J'ai commencé à seize ans. Avant, je travaillais dans la ferme de mes parents, avec mes frères. J'ai fait les Compagnons. Ensuite, je suis allé travailler à Sarrebourg. Mon frère, Joseph, était charpentier; il m'a beaucoup appris.
L: Et toi, mamie,tu travallais, non?
M-AT: oui, j'ai commencé comme couturière.
L: Comment as-tu appris la couture?
M-AT: C'est à l'école que j'ai appris, avec les Soeurs. Celle qui m'a appris s'appelait Sœur Victoria.
L: Tu as eu un diplôme?
M-AT: Non, à l'époque, il n'y avait pas besoin de diplôme. J'ai travaillé deux ans comme couturière, à domicile.
L: Et après la couture?
M-AT: J'ai travaillé à BATA (Usine fabriquant des chaussures). Le PDG avait construit une ville entière constituée des salariés, Bataville, qui existe toujours, au contraire des usines, qui ont fermé). Mais, Oma (la mère de Marie-Antoinette) n'était pas d'accord pour que je parte de la maison. Alors, je suis allée travailler à Saverne (Bas-Rhin), comme serveuse dans un restaurant, l'Hôtel National. Là-bas, c'était pas les 35h! On travaillait 60, 70h! Qu'est ce qu'on a pu chiper comme gruyère là-bas, quand on avait faim, avec Lysiane!
GT: Moi, à cette époque, je travaillais au Camp militaire La Horie...
L: Comme ébéniste?
GT: Oui, j'étais chef d'équipe! Je m'occupais un peu de tout: menuiserie, ébénisterie, maçonnerie, peinture, bref tout ce qui était l'entretien des bâtiments. Parfois, j'aidais aussi en cuisine. J'ai travaillé de 1958 à 1967 à la base. Là, c'était bien! C'était les dernières années de présence militaire américaine en France. Après ça, De Gaulle les a expulsés du territoire. Les Américains étaient restés après la fin de la guerre, en 1945.
L: Qu'est ce qu'ils faisaient, les Américains, au Camp La Horie?
GT: Ben, j'en sais rien(rires)!
L: Ils étaient nombreux?
GT: Il y avait une centaine de militaires. Tout le monde a rouspété! Beaucoup ont regretté leur départ ici.(...) Il fallait savoir mentir là-bas. On était une quinzaine d'ouvriers, on n'avait pas tous du boulot! Quand il n'y avait rien à faire, on se tournait les pouces. Mon frère Joseph m'a appris mon métier, mais à la base militaire, c'est moi qui l'ai embauché (rires)! J'étais son chef!
L: ton frère était charpentier, c'est ça?
GT: Oui, charpentier. Seulement, il avait un penchant trop marqué pour la bouteille! Il avait un litre de vin dans le caisson à 9h du matin. Mon frère avait des éclats d'obus dans la jambe. Alors, quand il avait mal, il buvait, comme ça,
il ne sentait pas la douleur, et il s'endormait.

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