Neuvième dans une fratrie de quatorze enfants, mon père était lui aussi d’une famille nombreuse.

Un témoignage de Julia BERGERET,
né(e) le 1 avril 1914
Mémoire recueillie à

L'école
Je me souviens, j'étais à l'école de Bosdarros jusqu'à mon certificat d'études. Nous avions une maîtresse très pieuse (sûrement une religieuse qui avait choisi d'enseigner à la suite de la séparation de l'église et de l'état en 1901), elle était plus que compétente et arrivait à tout nous faire apprendre. Le jeudi, nous allions au catéchisme au village, à pied cela faisait deux heures aller-retour. Mon père était berger et issu d'une famille pieuse, en conséquence la religion a pris une place importante dans notre éducation. Le soir, en rentrant, après avoir mangé la soupe, nous nous mettions auprès du feu et nous récitions chacun notre tour la prière. La soupe était obligatoire pour tout le monde si nous ne la mangions pas le midi, mon père nous la resservait à 16heures pour le goûter. Heureusement j'avais un frère qui adorait la soupe, s'il en restait dans la soupière, elle était pour lui. Nous avions des terres, que mon père et ma mère cultivait et ma mère faisait elle même le pain dans notre four. Nous avons passé notre certificat d'études à l'école Henri IV ici à Pau, je me souviens que nous y sommes allés emmenant la maîtresse avec notre voiture, tirée par une très belle jument rousse nommée Rigolette. Au retour, alors que nous étions toutes reçues, le voisin qui aimait bien embêter les filles qui rentraient de l'école, m'a demandé (en patois): « tu l'as eu ton certificat ou t'as eu des pots de colle? »; je lui ai répondu qu'il n'avait qu'à regarder la tête de la maîtresse pour savoir.
Le travail et la vie de famille
Après le certificat d'études, nous étions envoyées dans des familles pour travailler et faire le ménage, moi je suis restée 4ans à Pau à la rue Henri Faisans. Mon père est décédé à ce moment là, ma mère a voulu que l'on rentre et que l'on reste une semaine jusqu'à la messe de huitaine (comme cela se faisait toujours à l'époque). Je suis revenue à Pau le lundi en car avec les transports Labarthe, qui avaient la charge d'emmener les gens du coin vendre leurs produits au marché à Pau.
Quand je suis arrivée chez la patronne, elle s'est plantée devant moi comme un gendarme et s'est écriée: « Alors, vous êtes restée huit jours chez votre mère? Ça l'a fait revenir votre père? », s'en était trop, je lui ai répondu du tac au tac: « Non, madame, ça ne l'a pas fait revenir mais ma mère m'a choisie pour l'aider à la maison avec elle ». J'ai donc trouvé une remplaçante et je suis repartie à Bosdarros.
Je me suis mariée à vingt deux ans, mon mari en avait trente et nous avons eu une fille à l'aube de la déclaration de la guerre en Alsace. Elle fut baptisée par la sage femme qui m'avait fait accoucher dans une robe rose de sa propre fille, c'est une des plus belles images de ma vie. Quand mon mari est rentré de la guerre, nous n'avions plus d'intimité, donc nous avons fait bâtir une maison à Jurançon sur la route de Gan. Nous y avons vécu jusqu'à ce que nous venions ici. La promenade préférée de mon mari était d'aller sur la place Verdun pour y voir les boulistes.

array(0) { }