Nous étions heureux !

Un témoignage de Arlette FRADET,
né(e) le 1 juillet 1927
Mémoire recueillie à

J’ai commencé à travailler à l’âge de seize ans, en Algérie. Mon père était le maire du village où nous vivions, donc je suis rentré à la Mairie, en attendant d’avoir l’âge pour pouvoir travaillé au PTT car je ne pouvais pas avant dix huit ans.


Lorsque j’ai eu mon certificat à quatorze ans, je ne pouvais pas travailler à cause de mon âge, donc je me suis mis à aider les gens autour de moi, je tricotais, j’apprenais la cuisine, car ma mère ne m’avais pas apprit tout ça, elle préférait tout faire toute seul car elle trouvait que je ne faisais jamais les choses bien. C’est surtout ma cousine qui m’as apprit beaucoup de choses, la broderie, la couture, le tricot… elle me considérait comme sa fille ainée.


C’est après tout ce temps que je suis rentrée à la Mairie ou j’étais à l’état civil, où je m’occupais par exemple du recensement, le secrétaire de la Mairie était aussi le prêtre du village. A cette époque j’ai appris à taper à la machine à écrire, puis j’ai pris des cours de dactylographie et de sténographie.


Lorsque je me suis marié en 1952 (mon mari venait du village d’à côté) j’ai arrêté de travailler à la Mairie pour l’aider dans son commerce ; il s’occupait de moudre les céréales des Algériens pour les galettes. De temps en temps nous échangions notre commerce avec celui du père de mon mari, qui lui s’occupait aussi de céréale, qu’il faisait moudre pour les vendre aux laitiers. C’était un travail saisonnier (d’octobre à mars), à la fin mars, nous retournions au commerce de mon mari. Cette période a duré six ans. Mon beau-père à l’époque était malade, il devait donc souvent aller en Métropole pour ses cures, pendant ce temps, moi je restais au commerce de mon mari avec les ouvriers, et mon mari s’occupait du commerce de son père.


Seulement, lorsqu’il y a eu la Guerre d’Algérie, mon mari a été un des premiers à devoir laisser son commerce, il a pendant un moment gardé la ferme d’un de ses amis, puis à son retour, il a demandé une place dans l’administration, à la SNCF et au PTT. La SNCF l’a embauché comme grutier, il soulevait les transporteurs qui arrivaient la nuit (il préférait travailler la nuit car il faisait plus frais).
A l’époque nous ne trouvions pas de logement, et vu que nous n’avions pas d’enfant, nous n’étions pas prioritaires, nous avons donc emménagé dans un logement arabe, sans fenêtres ou nous avions la chance d’avoir de la fraîcheur même en été.


En suivant, j’ai trouvé du travail à la sous préfecture, grâce à ma formation de dactylographie et de sténographie. Le sous-préfet à l’époque m’a proposé un logement, mais comme je suis quelqu’un qui n’aime ni s’imposer ni demander, j’ai laissé filer l’occasion et c’est une jeune fille de seize ans qui l’a eu. Mine de rien, nous étions heureux car à l’époque on se contentait de peu.


Et puis il a fallu tout laisser et partir en Métropole en 1963. Mon mari a continué à travailler pour la SNCF et moi j’ai commencé à travailler à l’AFT (association de formation des transports) anciennement le comité de liaison des transports et de la manutention.
Lorsque je suis arrivé, c’était une association modeste, à but non lucratif, qui travaillait avec plusieurs ministères : l’éducation nationale, les transports…


J’ai fait plusieurs postes : la formation des jeunes, le cercle d’étude…


J’y ai travaillé vingt ans : de 1963 à 1983… à la fin c’était une très grosse structure, l’association avait pour siège un château. Nous dispensions des formations au niveau national, et même dans les DOM-TOM !


Puis on m’a proposé une retraite solidarité à cinquante cinq ans, que j’ai accepté car à l’époque j’avais quelques complications suite à un choc psychologique, j’ai donc pu prendre du temps pour me remettre sur pied et m’occuper de moi.

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