Odette et l’usine de chaussures

Un témoignage de Odette Bismes,
né(e) le 12 novembre 1923
Mémoire recueillie à

L’usine de chaussures
Moi c’est Bismes Odette. Alors comme métier j’ai travaillé à la chaussure. J’étais d’abord au finissage, vous savez quand on finit la chaussure, qu’on passe le « polish »… Et puis après j’ai fait coupeuse… La coupe, avec un trancheur, on nous donnait un modèle et puis voilà. On n’était pas aux pièces mais au rendement, enfin ils n’étaient pas trop exigeants, non. Et puis au début, quand j’ai commencé au finissage, moi je n’avais que 13 ans. Alors le patron il avait dit « Ne la faites pas trop travailler parce qu’elle est jeune, qu’elle n’a pas 14 ans ! ».
Le patron était gentil. L’ambiance c’était assez bien, moi je parlais toujours. Alors une fois la patronne, elle était en train de poser des œillets aux chaussures - parce qu’avant c’était des chaussures avec des lacets - alors je parlais avec une copine, on était 4 ou 6 à la table, alors à un moment donné - je m’appelais Odette Neveton à l’époque parce que je n’étais pas mariée – « Neveton ! Vous auriez fait une bonne sœur ! Pour réciter les litanies vous auriez été fameuse ! », mais en rigolant quand même. On faisait que parler, parler avec ma copine… Et j’ai dit « On travaille ! » et elle a dit « Je le sais que vous travaillez ! ». Bon ça allait.
Toulouse
On s’amusait dans la rue, parce qu’il y avait pas beaucoup de voiture à ce moment là, il y avait que les riches qui en avaient ! On jouait à la balle, à saute-mouton aussi, mais ça c’était plutôt les garçons parce qu’à ce moment là nous on n’avait pas les pantalons !
La campagne moi j’y ai jamais habité. Bon là où on était ce n’était pas trop la ville, c’était un quartier. Il y avait un commerçant qui vendait un peu de tout, ça faisait épicerie tout ça, on y allait une fois par semaine et puis après les commerçants ils passaient plutôt, les boulangers, le laitier… Il y avait une dame qui vendait des fruits et des légumes, c’était marrant parce qu’elle passait et elle nous appelait « Perlotte ! Perlooootte ! » alors on disait « Tiens il y a la Perlotte qui arrive ! ». Il y avait des marchés en ville, sur les boulevards de Victor Hugo tout ça. Quand j’étais jeune j’y allais, à partir de 15 ou 16 ans.
Le restaurant
Après j’ai travaillé dans un restaurant. Je faisais la vaisselle, puis après quand le cuisinier partait un mois en congé et le samedi et le dimanche, je le remplaçais. Au début j’avais un peu peur et puis j’ai réussi, j’y suis arrivée, personne ne s’est plaint ! Ca me plaît de cuisiner alors ça devait aller… Il y avait 40 repas au moins, mais il y avait beaucoup d’ouvriers d’une laiterie qui venaient et puis il y avait quelques personnes qui passaient comme ça. Les repas c’était un peu comme à l’ancien temps, on faisait des cassoulets, ou alors des lentilles aussi. Un jour il y avait des steaks avec des frites, le jour des omelettes, ça c’était long ! Faire les omelettes pour 40 personnes… et puis il en arrivait d’autres des fois… quand il y avait des gens de passage on arrivait à 60 des fois ! Enfin j’y suis arrivée, à ce moment là j’avais que 50 ans. Non mais ça va ils étaient gentils les patrons, ça allait.
Se déplacer
J’allais à Verfeil dans la campagne en vélo, on allait chercher du ravitaillement parce qu’on n’avait pas grand-chose. Alors on prenait une bonbonne de 4 litres sur le porte-bagage, après on avait aussi des sacoches et puis encore 2 filets au guidon. On allait chercher du pain, des pommes de terre, du lard, un poulet, des œufs, des trucs comme ça. Et puis il y avait les allemands, mais ils étaient gentils, ils étaient jeunes, eh ben ils nous ont jamais rien dit, en pleine campagne on n’était que toutes les 2 et eux aussi… Et puis ils étaient armés ! Non, ils nous saluaient, même en revenant ils ne regardaient même pas ce qu’on avait, ils devaient se dire à vélo on ne porte pas grand-chose. Ca faisait rien parce que tout ce qu’on portait c’était pour la famille, c’était peu de choses, un poulet, 2 ou 3 kilos de pommes de terre, des trucs comme ça… Ce n’est pas des choses qu’on pouvait revendre.

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