On faisait des tommes de Savoie

Un témoignage de Thérèse M.,
né(e) le 31 mai 1934
Mémoire recueillie à

Sa vie à la ferme et son métier d’agricultrice


Volontaires : Donc nous avons déjà souvent discuté ensemble et vous nous disiez que vous aviez une ferme dans un petit village, à la chapelle du Mont du Chat, comment vous viviez là bas ?
M. Thérèse : Oui on avait une grande maison, et puis on avait la grange qui était grande pour mettre le blé et quand il y avait pas de batteuse on mettait le blé d’un côté et les bêtes le soir de l’autre côté. On avait deux trois vaches c’était des « tarines », elles n’étaient pas très grosses. On leur tirait le lait, au début il y avait personne qui passait mais plus tard avant qu’on vienne à Chambéry, il y en avait un qui venait, ils avaient fait une coopérative à Yenne donc on donnait le lait à la coopérative de Yenne, mais ils ne payaient pas le lait grand-chose ! On faisait tout, notre fromage, notre beurre. On faisait des tommes oui, des petites tommes. On mangeait des tommes fraîches, on aimait bien ça. Mais c’était pour nous, on le vendait pas. On avait des terres aussi, on cultivait du blé et puis un peu de foin pour rentrer pour les bêtes oui, un peu de sarrasin, un peu de bricole pour les bêtes. On avait des bœufs on les faisait travailler dans les champs, pour retourner la terre. On avait aussi des poules, et puis deux trois lapins, deux chats et un chien.


V : Et votre principale source de revenus c’était quoi ?
M : C’était les vaches ! Mais ça faisait pas beaucoup, même après quand on avait le lait ils nous payaient pas bien cher. Et les veaux on les vendait, les maquignons venaient les chercher à 10, 15 jours les veaux ils les mettaient en batterie, quand ça s’est modernisé c’était comme ça. Comme ils ont mis les poules en batterie. Ca a commencé à ce moment là, c’était après la dernière guerre. Il paraît que ce n’est pas bon du tout, ils les nourrissaient pas avec ce qu’il fallait quoi.


V : C’était qui les maquignons ?
M : Ceux qui viennent chercher nos bêtes, ils n’en donnent rien (de l’argent) et ils les revendent bien cher ! Tout ce qui sort de la ferme, ils ne donnaient rien ! Et allez voir deux trois jours après le prix qu’ils en demandent ! Une fois on avait fait ça, on savait à qui ils avaient vendu la bête, une vache qui donnait du lait, enfin elle n’était pas tellement bonne et puis l’autre c’était un petit taureau et ben ils ne voulaient pas nous donner grand-chose et puis à celui qui les avait rachetés le prix avait triplé ! Et on est allé lui dire ça (à celui qui l’avait acheté), et les maquignons ont dit « mais ce n’est pas vrai, ils ont mentis ! ». Alors là ça a été fini hein, j’ai dit ben alors tout ça c’est fini, c’est terminé, je voulais plus avoir à faire à eux !


V : Et alors pourquoi on les appelait les maquignons ?
M : On les appelait les maquignons parce qu’ils maquignonnaient on savait très bien qu’ils nous payaient rien et après c’était vendu deux fois plus cher ! Ils trichaient quoi. Il y avait des sacrées différences dans leur prix d’achat et de revente !


V : Du coup c’était dur de gagner correctement sa vie ?
M : Oh ben on ne gagnait pas grand-chose, c’était les autres qui gagnaient ce n’était pas nous ! Parce qu’on achetait des petits veaux on les nourrissait et quand ils avaient grossis on les vendait, mais c’est pareil, le prix qu’ils nous donnaient ça pouvait jamais payer les petits qu’on rachetait ! Alors que quand même il y avait du poids en moins ! Les maquignons nous arnaquaient dans tous les coins !


V : Vous gagniez combien sur une vache ?
M : Oh je n’en sais rien ! Ca dépendait, mais avec eux c’était vite fait, le poids il disait à peu près, à l’œil quoi ! Une fois on avait un bœuf il était vraiment lourd et quand on l’a vendu il nous a quand même bien payé, c’était un maquignon qui n’était pas roublard il avait payé le prix qu’il avait dit, mais c’était le seul ! Le seul ! Les autres, ils ne les pesaient pas, c’était à l’œil !


V : Et le blé, qui venait le chercher pour l’acheter ?
M : La batteuse elle venait chez nous je me rappelle, et après c’était la moissonneuse batteuse qui venait mais ce n’était pas bien vieux parce qu’il fallait payer la moissonneuse batteuse et puis il y a beaucoup de grain qui sont perdus et puis ce n’était pas mieux. On faisait les foins aussi, on coupe le foin une fois par an, en été quand il est mûr et après on le fait sécher puis il faut mettre de l’herbe pour ne pas qu’il y ait trop d’air dedans, autrement il verse comme on dit, il tourne quoi, alors c’est tout perdu. Mais on faisait tout nous même on mettait des gravats tout, des fois c’était avec des petits couteaux qu’on coupait l’herbe pour faire les foins. Il fallait enlever les mauvaises herbes dedans… oh j’étais jeune, j’en avais marre, il fallait se baisser tout le temps ! On ramassait les mauvaises herbes, les chardons, ils avaient plein de pics ! C’est des gros machins, c’est dur à couper avec un couteau, ça faisait mal !
Et puis on avait un chariot pour charger le foin dessus, c’était quatre roues et puis on mettait des échelles pour allonger le chariot quand on pouvait. On chargeait beaucoup. On mettait beaucoup de foin dessus. Des fois il y avait des côtes ça penchait comme ça le long du lac, après ça montait moins mais il fallait qu’ils montent le chemin pour arriver, ils y en a qui montaient bien, mais on a eu des peurs bleues et moi je disais à ma mère moi je ne peux pas le faire monter le bœuf il ne veut pas, il m’écoute pas ! Ah ça, on ne faisait pas ce qu’on en voulait !


V : Comment vous avez appris votre métier d’agricultrice ?
M : Nos parents c’est tout, autrement on n’a pas appris nous, c’est en voyant nos parents.


V : Et pouvez vous nous expliquer comment se passe une journée type quand on travaille à la ferme ?
M : Quand il faut traire, il faut se lever de bonne heure, je sais plus à quelle heure, mais l’été il fallait se lever très tôt, l’hiver moins mais de toute façon quand les vaches sont en lait il faut les traire.


V : Et ça prend combien de temps de traire ?
M : Ca dépend de la vache, il y a des vaches qui donnent bien et d’autres non, ça dépend. Un quart d’heure, ça dépend. C’était à la main, on tirait aux pis. Il fallait faire les traites deux fois par jour, matin et soir. Et après la traite, l’hiver on soignait les vaches mais l’été il fallait aller au champ à droite à gauche, faire le jardin, aller dans les champs. Quand c’était le moment de couper le foin il fallait couper le foin, quand c’était le moment de couper le blé il fallait couper le blé. Et il fallait aussi aider les vaches à faire leur veau ! C’était autre chose ça ! Des fois elles n’arrivaient pas à les faire. Le voisin il l’avait fait une fois ou deux, ce n’était pas trop mauvais, on l’avait tiré par les pattes. Mais quand ils viennent à reculons c’est plus difficile que quand ils viennent par devant. Le vétérinaire il nous avait dit « attention s’il vient à reculons il faut bien soulever la queue de façon à ce qu’il passe, autrement vous l’avez pas le veau ! » Mais si finalement on l’avait bien eu, mais faut tirer ! Des fois les vaches elles faisaient les vilaines ! Elles criaient. Mais si on l’avait pas esquinté c’était déjà quelque chose, mais il fallait faire attention à pas trop les esquinter. Les « Tarines » ce n’est pas trop mauvais. Une fois les maquignons ils nous avaient amenés des Montbéliardes, mais on nous a dit qu’il ne fallait pas garder ça, parce que ces vaches quand elles font un veau elles ont tout l’intérieur qu’il faut remettre en place par le vétérinaire et puis des fois elles sont perdues. Alors que les « tarines » ça ne risque rien, elles font des veaux qui sont tous petits d’accord mais ça ne risque rien, par rapport aux autres qui font des gros veaux mais qui n’ont pas de lait.


V : Et du coup avec tout ça, vous pouviez prendre des vacances ? Vous avez pu voyager ?
M : Oh non, non ! Je ne suis pas allée bien loin. Même le dimanche quand il y avait des choses à faire on travaillait ! Et puis on ne prenait jamais de vacances ! Une fois on est allé à Nice et à Cannes et c’est tout, on nous avait invité on y était allé en voiture. Sinon avec des voisins on était déjà allé quelques fois au lac d’Aiguebelette. Nous il fallait rentrer tôt on ne pouvait pas rester parce qu’il fallait traire les vaches, personne n’allait le faire à notre place et quand c’était l’heure de traire les vaches fallait les traire ! Ca n’attend pas le lendemain ça, autrement ça fait des mammites !



Son enfance et sa famille


V : Vos parents étaient stricts ? Vous aviez le droit de sortir ?
M : Ah c’était strict oui, il fallait rester à la maison ! Mais avant c’était comme ce n’est pas comme maintenant ! J’ai eu le droit de sortir après avoir eu une vingtaine d’années ! Pas avant ! Je n’ai jamais été au bal, mes parents ne risquaient pas de me laisser partir !


V : Vous n’aviez pas le droit d’aller dormir chez des amies par exemple ?
M : Ah, ah, non !! Bah de toute façon des copines on en avait pas beaucoup ! On voyait presque personne c’était vite fait ! On avait même pas des copines d’école parce qu’on n’allait pas tous à la même classe, après ils allaient au Bourget, à la Motte, pour l’école ils nous emmenaient à droite à gauche mais il y avait plus d’école la haut ! Il y avait une petite école, une seule classe mais il n’y avait pas beaucoup d’élèves ! On y allait mais ceux qui venaient nous faire l’école, les professeurs il y en avait des nuls et puis c’est tout. Oh oui, oui, il y en avait des nuls, ils ne nous faisaient rien faire !! Oh oui, des sottises. Mon père il me disait que quand il y allait lui à son époque, ils étaient une cinquantaine, soixantaine, mais quand on y allait nous on était que deux ou trois c’est tout. J’ai eu le certificat d’études puis c’est tout je n’ai pas continué, ma sœur elle est allée plus loin puisqu’elle est allée à Chambéry elle était comptable.


V : Quand vous étiez à l’école vous commenciez déjà à aider vos parents ?
M : Oh tout de suite il fallait aider, dès très jeune, il fallait donner à manger aux lapins, couper l’herbe, aider à tout. Surtout moi, ma sœur moins mais moi oui ! Moi je faisais le garçon, je savais garder les vaches mais le plus gros c’était tirer le lait. Quand ma sœur venait de temps en temps en vacances ça lui plaisait pas parce qu’il fallait garder les vaches. Il y avait des neveux et nièces qui étaient venus en vacances chez eux mais c’était des chambériens ils ne voulaient pas garder les vaches ! C’était des citadins ! Mais moi oui je faisais le garçon et puis c’est tout. Il fallait aider mon père à tronçonner, à faire des gros morceaux de bois avec la scie circulaire enfin je sais plus comment ça s’appelait mais il y en avait un de chaque côté qui tirait chacun son tour. Ouh, moi je n’aimais pas ça ! C’était : « tu ne tires pas comme il faut, tu ne tires pas droit ! » Ooouh ! Fallait voir ! Et puis après c’était avec les vaches ! Et puis mon mari avait acheté une fendeuse maintenant c’est le voisin qui s’en sert, une fendeuse avec tout ce qu’il faut électrique, mais autrement avec le tracteur on faisait tourner et le bois ça le fendait bien quand même. Mais quand c’était du bois dur du chêne ce n’était pas pareil, enfin le frêne était moins dur !

V : Parce qu’en fait votre exploitation, c’était celle de vos parents qui l’avaient eu de vos grands parents ?
M : Oui, voilà ! Mais je sais pas à quand ça remonte, un jour quelqu’un est passé et m’a demandé à quelle date avait été construite la maison mais on a jamais su ! C’est tout en pierres là-haut.


V : Et vos parents une fois qu’ils ont eu fini de travailler ils sont restés habiter avec vous dans la même maison ?
M : Oh ben bien sûr. Il n’y avait pas de maison de retraite à ce moment là. Il n’y avait pas de retraite avant. Nous sommes les premiers à avoir commencé à cotiser pour les autres oui. Mes parents ont travaillé jusqu’à leur mort enfin si on peut dire, parce que mon père il avait été gazé en 14 et maman était plus vieille elle avait 90 ans quand elle est morte


V : Ah votre père a été gazé ?
M : Il a été gazé oui, donc il a eu des séquelles, il toussait tout le temps il crachait, on ne savait pas trop, il ne pouvait pas respirer, le docteur disait qu’ils ne savaient pas quoi faire, il n’y avait rien à lui donné pour ça ! Il avait mal, il crachait tout le temps, il ne pouvait pas respirer. Bon je ne sais pas trop comment ça s’est passé là-bas, je ne sais pas où il a été gazé, il n’en a jamais parlé. Il ne voulait pas parler de la guerre. Et on l’a pas bien questionné non plus, une fois quand un voisin venait discuter il en parlait un peu, alors on écoutait mais on n’osait pas lui en parler ce n’était pas la peine. Il y en a beaucoup qui aiment pas parler de la guerre après c’était des mauvais souvenirs alors non.


V : Et du coup votre papa avec ces problèmes de santé il pouvait quand même travailler ou pas ?
M : Oh quand on allait faucher il était sur la faucheuse, il ramassait ça le gênait aussi pour rentrer le foin, pour charger, bon au Grand Villard il y avait quelqu’un qui venait nous aider, mais ça le fatiguait. Ca l’a fait mourir plus tôt qu’il aurait dû sûrement, il avait à peu près 70 ans quand il est mort, il n’était pas âgé. Ca a dû l’aider ! Parce qu’on touchait une petite pension d’invalidité avant, pas grand-chose, 10%, mais ça ne l'a pas aidé beaucoup. Mais pendant quelques temps seulement, après ils avaient tout supprimé, à beaucoup d’anciens combattants ils l’ont enlevé cette pension.


V : Et comment vous avez rencontré votre mari ?
M : Il y avait des voisins qui rentraient leur foin dans leur champ au Grand Villard, et puis on les aidait et lui aussi, c’est comme ça qu’on s’est connu. Et puis après il est venu avec un de la Chapelle qui est le mari de ma sœur. Elle a pris ce gars et puis moi j’ai pris l’autre. On s’est marié j’avais une vingtaine d’année, à ce moment on se mariait pas si tôt que ça. Oh il n’était pas méchant. Cette femme était très brave, elle allait porter le lait et puis lui il trotte derrière et il ne porte pas le lait ! Ah oui il mériterait quelque chose ! Elle m’avait demandé un jour si mon mari était comme ça, j’ai dit non ! Parce qu’on travaille autant qu’eux il n’y a pas besoin qu’ils nous tabassent !
Mais mon mari est décédé de bonne heure il n’avait pas 60 ans. Il savait parce que son frère aussi était décédé très jeune. Il est mort d’une crise cardiaque. Oh il y a longtemps qu’il est mort, ceux qui sont venus le chercher ont dit que c’était une crise cardiaque. Après ça j’ai continué la ferme, j’ai gardé la vache qui était bien gentille et puis c’est tout après j’ai arrêté avec la deuxième et j’ai dit ça suffit ! Mais une vache seule qui a l’habitude avec l’autre c’est fini elle s’engraisse pas, le temps lui dure et puis c’est tout ! Alors je l’ai vendue tant qu’elle était encore bonne.


V : Et vous vous avez eu des enfants ?
M : Non mon mari a eu les oreillons pendant la guerre en Allemagne, il est devenu stérile. Il faisait partis des quelques uns qui ont été gardés par les allemands à la fin de la guerre, à coté de la frontière. Les allemands étaient comme les français ! Surtout les jeunes ! Personne n’avait demandé la guerre ! C’était toujours le même qui avait mis la guerre en route ! Mais ils n’avaient pas été retenus longtemps, quelques jours je crois, mais je le connaissais pas mon mari à cette époque là.


V : Justement comment vous l’avez vécu la guerre ? Comment ça se passait dans votre village pendant la guerre ?
M : Oh ben nous on était loin de Chambéry on entendait les bombardements à Chambéry. Et puis des fois il y avait des faux maquis qui venaient nous demander à manger ! Ils étaient du côté de Chevelu ma maman les connaissait ! Et nous on donnait toujours une bricole à manger à tout le monde on ne savait pas à qui on avait à faire ! Ils demandaient un peu à manger, de la tomme, du beurre, des œufs tout ce qu’ils pouvaient. Et puis tout le monde ne mangeait pas à sa faim pendant la guerre.


Les conditions de vie dans un village de montagne


V : Et l’hiver comment vous faisiez quand il y avait beaucoup de neige ?
M : Personne ne passait à part mon mari parce qu’il avait un petit « rabelais » qui raclait un peu mais autrement non ce n’était pas bien déneigé ! Enfin si, il y avait les vieux garçons qui dégageaient les routes avec les bœufs qui passaient ! Deux, trois paires de bœufs qui passaient à la « queue leu leu » avec le chasse-neige. On dégageait les chemins pour aller donner à manger aux lapins et aller soigner les vaches et on ne faisait pratiquement rien d’autre. On ne pouvait pas. Avant les hivers étaient beaucoup plus rudes. Je me rappelle quand j’étais jeune il y avait beaucoup de neige ! Il y avait plusieurs mètres de neige. Mais après il y en avait beaucoup moins. L’hiver il durait assez longtemps, des fois on tricotait ou des fois on bricolait le soir mais rien d’autres. C’était dur avant ce n’était pas comme maintenant, il y avait pas de lampes, pas d’électricité. Enfin au début il n’y avait pas l’électricité.


V : En quelle année vous avez eu l’électricité ?
M : Oh c’était mes parents moi je m’en rappelle pas. Mais c’était assez tard, c’était après la guerre. A la chapelle du Mont du Chat, on n’avait rien, tous les autres hameaux c’était bon mais nous non ! On n’avait rien ! On avait des petites lampes à pétrole mais ça n’allumait pas beaucoup.


V : Et vous avez eu la machine à laver rapidement ?
M : Oh c’est après qu’on l’a eu mais longtemps après. C’est avec mon mari qu’on l’avait acheté. Je crois que la machine à laver elle a tourné une fois ou deux avant que je parte du village pour venir là. Avant il y avait un bassin qu’on avait devant la maison qu’on tirait avec la citerne et on faisait à la main. La citerne elle faisait 10 mètres de profondeur il y avait jamais beaucoup d’eau dedans, elle ne se remplissait que quand il pleuvait ! Ca tombait du toit alors c’était simple ! Et quand il ne pleuvait pas et on n’en avait pas ! Et puis à la grange il y avait deux grands toits et on y mettait des tonneaux, on en mettait où ça coulait pour les bœufs et les vaches. Oh des fois on prenait des tonneaux qu’on allait chercher auprès du Grand Villard et du Petit Villard s’il y avait de l’eau. Mais c’est sur qu’on ne devait pas gaspiller l’eau !


V : Et l’eau elle était potable quand elle tombait du toit ?
M : Oh oui dans la citerne oui et dans les puits qui étaient bonne, elle était potable ! Tant qu’on n’avait pas d’eau on nous disait que l’eau du puits elle était potable, des qu’on a eu l’eau qui venait de je sais plus où en haut là, de la station de pompage, ils ont tout de suite trouvé à dire que l’eau dans le puits n’était plus potable ! On ne risquait pas de rester au puits alors qu’on avait l’eau courante quand même! Pour aller au puits fallait remonter les rochers, les pierres et tout, on ne savait pas comment faire. L’hiver on emmenait bien des fois les bœufs pour aller boire mais surtout pas les vaches. C’est déjà arrivé qu’il y ait des étés où on n’avait vraiment pas d’eau. Alors on allait au Grand Villard, c’était un endroit où il y avait plus d’eau, on y allait avec la charrette et les tonneaux et on les ramenait.


V : Et il y avait des distractions, comme une fête du village ?
M : Oh dernièrement avant qu’on descende de temps en temps il y en avait une à Yenne, c’était le 14, 15 juillet, je me souviens plus on faisait le pain au four, mon mari a fait longtemps le pain au four. Avant, chaque hameau avait son four. Fallait chauffer au bois. On ne savait pas si c’était bien ou pas bien, des fois c’était trop cuit, des fois pas assez, fallait faire attention. C’était de la pierre exprès pour ça, mais nous il n’était pas plat alors ça allait pas, mais à Villard ça allait mieux. Ils grattaient avec du son, du gros son qu’on mettait sur le pain, pour pas que ça le brûle, et si le son prenait tout de suite c’était que le four était assez chaud. C’est tout ! Il y avait ni thermostat ni rien du tout. Des fois il était pas bien cuit mais on le mangeait quand même !

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