Petit Pays

Un témoignage de Simone Jallat,
né(e) le 15 octobre 1928
Mémoire recueillie à


Je m'appelle Simone Jallat, je suis née le 15 octobre 1928 à Barraux dans le Grésivaudan, au moment des vendanges.


J’ai vécu jusqu'à mes trois ans à Barraux, puis mes parents se sont installés à la Tronche. J’y retournais tout de même toutes les vacances, j’adorais ce pays. J’aimais aller garder les vaches avec mes petites voisines, nous nous amusions beaucoup. Je passais beaucoup de temps dans les champs. Une fois à 8 ans j’ai essayé de traire une vache, le papa de mes voisins a voulu m’apprendre. Je me suis assise sur le tabouret et la vache m’a donné un coup de queue, j’ai fini les quatre fers en l’air, le seau par terre… une catastrophe, j’étais pleine de bouse ! Quand il m’a ramené chez ma grand-mère elle m’a dit: «Mon dieu, dans quel état tu es!»


Je me souviens également que je tombais dans tous les bassins de Barraux. Quand j’allais chercher de l’eau, je me penchais automatiquement parce que je n’étais pas assez grande pour atteindre la source et je plongeais la tête à chaque fois, et un des voisins me repêchait. Systématiquement je me faisais gronder par ma grand-mère. Je garde en mémoire de Barraux beaucoup de souvenirs et pas mal de petites anecdotes.


Je me souviens également de la période de la guerre, ce n'était pas une bonne époque. Un jour, ma grand-mère s’était cassée la jambe et donc j’étais chez elle pour l’aider à se soigner. C’était en 1943, et les Allemands occupaient la région à cette époque. Je ne sais qui dans le pays a dit, que je voulais partir au maquis alors que c’était faux car je n’avais que 14 ans. Ainsi, les Allemands sont venus me chercher chez ma grand-mère et m’ont emmené au Fort Barraux chez le commandant. Là-bas ils mettaient tous les déportés politiques et ceux qui faisaient le marché noir. On m’a posé un tas de questions, et on m’a demandé pourquoi je voulais repartir sur Grenoble. Ma grand-mère est allée chercher le maire de Barraux et ils m’ont laissée partir à la seule condition que je rentre avec les Allemands. J’ai eu vraiment peur parce que les maquisards étaient cachés dans les bois et ils tiraient sur le car durant le trajet. Après cet épisode je suis rentrée chez moi sur Grenoble et j'ai continué mon activité de coiffeuse.


En effet, lorsque j’ai obtenu mon certificat d’études à 14 ans j’ai commencé à travailler en tant qu’apprentie coiffeuse. J’aimais beaucoup la coiffure, le fait de m’occuper des gens et qu'ils soient bien coiffés. Toute petite j’aimais déjà coiffer mes copines pendant les vacances. Mais c’était un métier plutôt dur, les coiffeurs n’avaient pas d’horaire, nous travaillions même le dimanche matin. C'est entre autre pour cela que lorsque j’ai eu 19 ans j’ai arrêté le métier de coiffeuse et car je suis tombée enceinte et mon mari n'a plus voulu que je continue. Je l’ai rencontré Cours Bérriat, alors que nous fêtions l’anniversaire et la fête de mon père. Une société de musique était venue jouer devant le café. Mon père installait les tables et moi je distribuais les cigarettes. Un jeune homme a voulu que je lui fasse la bise car c’était également sa fête. C’est comme ça que j’ai connu mon futur mari et que nous avons commencé à nous fréquenter. Nous nous sommes mariés le 3 avril 1948 à Fontaine. A partir de ce moment là il m’a demandé d’arrêter le métier de coiffeuse, qui était trop loin de Fontaine.


J’ai donc commencé à travailler à Prisunic à ce moment là mais notre chef était infernal et nous étions mal payés.


J’ai démissionné quand j’ai trouvé un meilleur boulot chez Raymond Bouton en 1951, où j’ai travaillé pendant 14 ans. Là, j’étais bien payé car nous étions payés à la pièce : plus j’en faisais, plus j’en gagnais. Je travaillais tout de même 56 heures par semaine.


Puis je suis tombée malade et j’ai dû quitter ce travail.


Ce n’est seulement qu’en 1972 que j’ai pu reprendre une activité. Je suis retournée à Prisunic où l’on a bien voulu me reprendre, et j’y suis restée encore 17 ans…


Mes meilleurs souvenirs ont été ceux de ma jeunesse, puis quand j’ai connu mon mari, qui était très gentil. J’ai également eu la joie d’avoir un fils, et aujourd’hui une gentille belle-fille et trois gentils petits-enfants. C’est tout ce que je peux vous dire…


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