Portrait d’une famille engagée

Un témoignage de Thérèse De Bénéditis,
né(e) le 4 janvier 1922
Mémoire recueillie à



Mon père est un italien d’origine, venu en France pour travailler. Après avoir été embauché avec mon grand-père, par l’entreprise Bouchayer, il partit chercher tout le reste de la famille: mes oncles, mes tantes, mes cousins, ma mère et moi…


Je suis née Thérèse De Beneditis en début 1922.


Nous vivions tous dans le même immeuble situé rue Saint Laurent à Grenoble. Nous étions toujours en famille. C’était très animé, il y avait très souvent des événements, que ce soit des mariages ou des décès, toute la famille était là. De mon côté, j’avais trois frères et trois sœurs.


Malheureusement c’est lors de son dix-neuvième anniversaire que l’un de mes frères fut fusillé. Il était résistant.


Le jour où les soldats l’ont repéré, il était venu distribuer des tracts dans un café. Les soldats sont arrivés alors il s’est empressé de faire semblant de jouer aux cartes mais c’était trop tard. Ils lui ont pris sa carte d’identité et l’ont convoqué à la caserne, mais il savait très bien que si il s'y rendait il n'en reviendrait pas, c'est pourquoi il s'est enfui dans le Vercors rejoindre le Maquis. Depuis nous n'avions jamais eu de ses nouvelles jusqu'au jour où nous avons reçu une lettre annonçant son décès. Lors de son enterrement à Grenoble toute une foule et plusieurs fanfares s'étaient déplacées.


Ce ne fut pas le seul, un de mes cousins fut fusillé à Lyon et retrouvé dans le Rhône.


Aussi lorsqu'on récupéra le jardin d’un de mes oncles après sa mort on découvrit des grenades et explosifs cachés dans la terre. On apprit aussi comment il approvisionnait les résistants en se servant de gamelles à double fonds.


Une autre fois, pendant le couvre feu, une de mes tantes faisait de la couture chez elle et un bruit attira une troupe allemande qui fut éruption dans l'appartement. Elle fut paniquée de les voir arriver si brusquement. Ils repartirent après avoir constaté que le bruit ne venait pas d'une machine à imprimer des tracts mais d'une simple machine à coudre. Lorsqu'elle avertit mon grand-père, celui ci nous expliqua qu'il était soulagé que la troupe n'ait pas fouillé l'immeuble vu qu'il en possédait un stock au deuxième étage ! C'est ce soir-là qu'on apprit qu'il participait lui aussi à la Résistance en distribuant, en autre, des tracts en les cachant dans les landaus.


Mon mari était soldat mais il dû fuir pendant la débâcle. C'est en 1942 que nous nous sommes mariés et j'ai donc quitté toute ma famille pour m'installer dans mon propre foyer, quelques maisons plus loin. Le soir de mon mariage une troupe italienne est venue dans l'immeuble familial pour voir d’où venait la musique. On leur expliqua que l'on fêtait mon mariage et que je ne pouvais pas rentrer chez moi à cause du couvre feu. Les soldats me proposèrent de me raccompagner, chose qu'ils firent avec la plus grande amabilité. C'était à mon sens, la grande différence entre les italiens et les allemands, qui étaient eux beaucoup plus stricts et intimidants.


Il y avait aussi un écart entre les anglais et les américains lors de la libération. Un jour je me suis retrouvée les pieds dans l'eau car une frappe chirurgicale américaine avait complètement raté sa cible : voulant détruire le pont de la Bastille, ils touchèrent du côté de Saint-Martin-le-Vinoux ! Les anglais étaient bien plus précis.


Une fois la guerre terminée, mon mari et mon frère furent convoqués aux chantiers de jeunesse, un stage militaire de six mois d'intérêt général. Quand ce fut fini, mon mari reprit son travail de coutelier pendant que moi j'arrêtais mon travail de gantière pour me consacrer à nos enfants. J'ai eu quatre enfants, malheureusement l'aînée mourut à l'âge de trois ans suite à une méningite.


Lorsque mon mari ouvrit son propre commerce à Fontaine en 1953, je l'aidais de temps en temps. Sa boutique « Les Galeries du Vercors » proposait des couteaux et de la vaisselle.


Il est mort cinq ans après la vente du magasin.


Maintenant, après une chute douloureuse, j'ai choisi d'habiter à La Cerisaie, un foyer logement situé à Fontaine. J'appartiens toujours à une grande famille qui s'agrandit de jour en jour, je suis actuellement grand- mère de huit petits enfants et arrière-grand-mère de neuf arrières petits enfants.




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