» Quand vous avez 15 ans et que vous voyez ca, c’est très impressionnant ! « 

Un témoignage de Paulette Feunteun,
né(e) le 23 février 1928
Mémoire recueillie à

Que faisiez-vous à 20 ans ?
Je faisais encore un peu de couture mais j’étais déjà maman, j’avais un enfant. En cinquante, j’ai eu mon premier enfant et mon deuxième en cinquante deux. Je me suis marié en 1949.
Quels étaient vos rêves à 20 ans ?
Moi j’ai rêvé avant mes 20 ans car j’étais déjà mariée. Je voulais que se soit la fusion avec mon mari car je ne voulais pas que se soit comme mes parents qui ne s’aimaient pas. On s’est beaucoup aimés, vraiment, peut être un peu trop. Je n’étais pas la fille évoluée que peuvent être celle d’aujourd’hui. J’étais habituée à obéir, mais mon mari n’était pas du tout directif. Dans ma tête je n’avais pas du tout l’indépendance que les filles peuvent avoir aujourd’hui, mais c’était l’époque! Je pense que nous étions plus matures que vous ne l'êtes. Vous avez eu une enfance très différente de nous moi je n’ai été qu’à l’école primaire.
Comment avez-vous vécu les changements du 20ème siècle ?
La modernisation : on était heureux ! Parce que ma première machine à laver je l’ai eu en
1954. Alors quel bonheur cette machine à laver et puis ce n’était pas la machine de maintenant parce que c’était la machine qui lavait dans la cuve et après on avait des rouleaux avec une manivelle pour essorer le linge. Et puis il y a eu notre première voiture, en 1956, une 2CH. Et la médecine aussi, maintenant les enfants dès qu’ils ont un petit truc c’est tout de suite chez le docteur, avant on n’avait pas la sécu.
Quel évènement historique vous a le plus marqué ?
C’est la guerre ! C’est le débarquement de Normandie. Pourtant on était heureux de voir arriver les anglais et les américains dans leurs gros chars. Et la période d’occupation c’était très dure. J’avais un nom à consonance allemand car mon père était alsacien. Je suis allé à l’école à 5 ans et la première matinée où je suis sortie avec les autres, ils avaient fait une ronde dans la cours en me disant : « la Bosch, la Bosch ». On était considérée dans le village comme des Boschs à cause du nom ! J’en ai beaucoup souffert et la maitresse qui ne disait rien pour expliquer la situation aux autres ! À cause de ça je ne l’ai jamais aimée, la maitresse. C’est chez nous que les allemands sont arrivés les premiers, à cause de notre nom et nous on vu les SS avec les gros tanks et on a vu un SS énorme nous dire : « je n’ai pas couché dans un lit depuis deux ans : donc je veux coucher dans un lit et manger des frites, si on ne nous donne pas ce que nous voulons nous allons passer dans les rues (qui était trop étroites) avec les tanks et les maisons seront détruites ». On lui a tout fait, il a dormi dans mon lit et maman lui a fait des frites et il était très content, je le vois encore. Quand vous avez 15 ans et que vous voyez ca c’est très impressionnant ! Ce sont des choses qui marquent.
Comment faisiez-vous des rencontres à l’époque ?
C’était difficile, parce que on disait un bon ami, c’est un petit copain et nous toutes les filles en avait un mais ce n’est pas pour ca qu’on lui parlait, on ne le connaissait pas, on rêvait juste dans notre tête (rire). Sortis de l’école moi j’avais 10 ans en 1939, et on ne sortait jamais. La chance c’était que le prêtre de la paroisse faisait un cinéma, alors là c’était un événement et là on faisait des rencontres, on n’avait rien entre jeunes mais j’ai connu après la guerre la JOC (la Jeunesse Ouvrière Catholique) alors la j’ai eu quelques rencontres avec d’autres jeunes et je suis allé a Paris, à un rassemblement où tous les jeunes montaient sur Paris et ça ma marquée. Mais on avait quand même des copines et l’éducation sexuelle ce faisait entre fille.
Que pensez-vous de notre génération ?
J’en pense beaucoup de bien mais on n’a pas assez de contact avec vous! Je pense que votre jeunesse est belle mais qu’il y a beaucoup de choses pas évidentes !
Pour vous quelles est l’invention du siècle ?
L’invention technologique ? Qui m’aurait dit que j’aurais fait de l’informatique !!! Il faut le voir comme l’avenir. Mais faut faire très attention avec ce progrès car il ne faut couper les relations des uns avec les autres.

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