l’horloge de geo

Un témoignage de Geo ,
né(e) le 3 mai 1924
Mémoire recueillie à

Petite fille… j’avais dans les huit ans, quand chaque jeudi, « mèmère » venait me chercher pour aller passer la journée avec elle. Deux kilomètres à pieds, c’était formidable ! Ma petite main serrait très fort cette main qui me rassurait, qui me donnait tant d’amour, tant de chaleur ! …

Étant l’aînée de la famille, maman m’appelait toujours « la grande ». A l’époque, nous étions quatre enfants … et je trouvais chez « mèmère » tant de chaleur, tant d’amour, que mon cœur ressentait une immense tendresse pour celle qui m’appelait si chaleureusement « ma poupée » ! Il nous fallait une bonne heure de marche pour arriver au « bois du roi », là où habitait « mèmère ». En arrivant mes petites jambes en avaient assez et très vite « mèmère » me faisait asseoir sous « la pendule » qui égrenait régulièrement heure, demi heure… et je me retournai pour la regarder, comme si elle était magique. Que de fois je croyais voir le petit cheval remuer quand les heures résonnaient les unes après les autres… et puis… j’ai grandi !

J’ai eu 10 ans et brutalement cette grand-mère adorée nous a quitté, fauchée par un train. Il fallait traverser le passage à niveau pour aller de chez mes parents jusqu’à chez ma grand-mère. Je l’avais baptisé « mèmère tétin » car elle s’appelait madame CELESTIN ! Dire mon désespoir est impossible, « mèmère tétin » emmenait mon cœur avec elle …

Maman étant seule (son frère tué à la guerre de 14), elle hérita bien sûr de la fameuse horloge, où un mot était collé : cette pendule est destinée à « Geo ». Maman me l’a appris quand j’avais seize ans.

Après la débâcle, notre maison ayant été pillée, la pendule, elle, était restée miraculeusement, mais n’égrenait plus les heures…

Je revois mon père furieux dire à maman : il faut la vendre, elle vaut de l’or ! Et la scène qui suivit me fait encore mal… Et maman lui dit : nous la garderons jusqu’à notre mort, mais après elle ira à Geo…

Cette pendule serait à moi… Je crois que si cela avait été possible, mon cœur aurait éclaté de joie. Ma « mèmère » avait pensé à moi … Jamais je n’oublierai pas ce que mon cœur a ressenti !

Les années ont passé… Ma vie après bien des aventures est devenue ce que l’on peut appeler « normale » … après avoir été prise dans une raffle, rappatriée, m’être enrôlée comme AFAT dans l’armée, entrée au couvant, ressortie, mariée, mère de famille…

Mon père encore vivant avait toujours « mon horloge » et quand il est parti pour son long voyage, je pris enfin possession de « mon horloge » ! Mes frères et sœurs savaient qu’elle était à moi.

Cette horloge elle est là, à sa place et très souvent quand je la regarde mon cœur devient si gros, si gros et je revois ces jeudis où il se passait tant d’amour…
Cet amour qui m’a aidé à devenir une grande fille ! Oh ! Merci « mèmère », ta petite fille ne t’oubliera jamais. Mais cette pendule où ira-t-elle … J’espère à un de mes petits fils ou une de mes petites filles… afin que cette horloge continue notre histoire !!!! …