Récit de Mme Pascale Marcelle

Un témoignage de Pascale Marcelle,
né(e) le 16 novembre 1926
Mémoire recueillie à

Je suis malentendante depuis que je suis toute petite.Ca a été un gros problème car ma maîtresse ne savait pas que je souffrais de cette infirmité et mes parents n’avaient pas assez d’argent pour me soigner. J’ai été obligée de changer d’école. J’ai été scolarisée dans une école privée avec des sœurs, mais elles étaient très sévères avec moi, j’ai donc encore changé d’école. Finalement, j’ai arrêté peu de temps après pour travailler dans une usine. J’ai appris à lire et à écrire toute seule, grâce à ma grand-mère qui me donnait de l’argent pour que je m’achète des livres.


La vie à la maison était très dure. Ma mère était dépressive. En effet, mon père travaillait à la mine et buvait pour tenir le coup au travail et nous n’avions pas beaucoup d’argent pour vivre. La maison où nous habitions n’avait que deux pièces et avec mes deux frères, nous étions cinq. Plus tard, ma mère m’a loué une pièce à part pour que je sois au calme, cette pièce était de l’autre coté du couloir en face de notre cuisine.


Quand j’ai commencé à travailler à l’usine, je gagnais cinquante francs par mois. Le week-end, je faisais le ménage chez ma grand-mère. C’est au travail que j’ai rencontré mon mari ; nous travaillions dans la même usine qui en réalité appartenait à son père. Mon mari a fait la guerre d’Indochine pendant sept ans, c’est un évènement qui l’a marqué à vie, c’est en partie pour cela que mes années de mariage n’ont pas été très heureuses.


Ma déficience auditive continuait de me poser problème alors, un jour, je suis allée seule à la sécurité sociale pour me faire ausculter par un médecin, le docteur Hubert. Il a déclaré qu’il fallait que je me fasse opérer car j’avais un bouchon dans l’oreille, j’ai donc mis mon mari au courant de mon infirmité. L’opération a duré deux heures trente. Après l’opération, je n’entendais toujours pas.


J’ai eu trois enfants avec mon mari, deux filles et un garçon. Mon mari était joueur, il jouait au tiercé et nous perdions beaucoup d’argent. Je me souviens qu’un jour, je ne voulais pas jouer mais j’avais deux francs et mon mari m’a poussé à les jouer. Je me souviens encore des chiffres que j’avais joués : c’était 3, 9 et 11. Nous avons gagné deux millions sept cent mille anciens francs !! C’était le plus beau jour de ma vie, nous avons acheté un grand appartement, un F4 avec un grand balcon. Nous avons continué à jouer mais nous ne gagnions plus rien. J’ai donc arrêté de jouer et demandé à mon mari d’en faire autant.


Nous partions en vacances à la campagne, du coté de Boen, nous louions une petite maison de campagne au milieu des champs. La dernière année, le 31 juillet 1982, mon mari est tombé malade, il était fiévreux et ne se sentais pas bien, il s’est allongé. Il n’y avait cette année là que mon fils, mon mari et moi. Mon fils était parti en ville pour jouer à la pétanque. J’ai appelé le médecin, qui visitait la maison au lieu d’ausculter mon mari. Il en a conclu que c’était une simple gastro-entérite mais je ne le croyais pas. J’ai donc appelé le SAMU. Mon mari a directement été emmené à l’hôpital de Bellevue où les médecins ont diagnostiqué une péritonite. Mon mari s’est fait opérer et est resté un mois dans le coma. Il est décédé après.
Je suis devenue veuve, à l’âge de 56 ans, mais je suis heureuse maintenant que je suis à la maison de retraite, car je suis enfin tranquille.

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