Rencontre amoureuse

Un témoignage de Anonyme 1,
né(e) le 31 mars 1925
Mémoire recueillie à

Comment avez-vous rencontré votre mari?

Je m’occupais de la presse, c’est-à-dire des journaux à distribuer à l’église. Le dimanche je poussais les garçons à faire la distribution. J’aimais bien pousser les gens à faire quelque chose.

(Elle explique) Il y avait des églises et on formait des petits groupes. Par exemple, il y avait un père de famille qui devait, tous les dimanches, distribuer les journaux.

Je l’ai rencontré car il rentrait d’Algérie et on faisait une exposition de presse.

Et lui est tombé dans le panneau!

J’ai dû l’dire aux garçons (qui travaillaient avec elle) parce qu’en passant ils me regardaient avec des yeux tout ronds.

Il n’y avait pas d’arrières pensées. Mais avec l’ivresse de le retrouver chaque fois là-dedans quoi. Puis il a dit: «est-ce que vous venez à la réunion cette semaine?».

Moi j’y allais pas mais je lui proposais quand même parce qu’il y avait une réunion à faire à Paris, mais je ne lui ai pas dit que j’y allais pas donc il était déçu. Moi je travaillais.

Donc il a été à Paris et puis alors après il est rentré dans l’équipe. Et puis chacun avait son dimanche pour aller travailler.

Alors chacun faisait de son côté, c’était sympathique comme tout. Puis un beau jour il s’est accroché à moi.

Une fois il m’a dit: «Voulez-vous être ma femme?»

Ah oui, ça c’était net! Au bout d’un certain nombre de temps hein!

Moi j’étais attirée vers lui mais je me disais: «j’ai 10 ans de plus que lui, l’écart est trop grand ça peut pas aller quoi.»

On était assez réservés. Quand on avait un rendez-vous, c’était à la maison, même pas un café non, non, c’était sérieux.

Mais on avait été à des réunions ensemble.

Au fond ça s’est décidé parce que… il a dit: «voulez-vous être ma femme?» J’ai pas dit «non merci», j’ai dit: «c’est impossible».

C’est impossible oui, quand on a les yeux en face des trous quoi. J’étais prête à lâcher.

Ça, c’était impossible de ne pas l’aimer parce qu’il avait beaucoup de tonus, il m’a dit: « ça vous fait rien de faire souffrir un homme?» Et il a tourné les talons, il est devenu vert et il est parti.

Il était en colère, alors j’ai été voir sa mère. J’suis partie voir sa mère expliquer la chose, j’ai dit: «est-ce que vous pouvez persuader votre fils que ce n’est pas une bonne chose si c’est possible?» Elle a rien dit, elle était très judicieuse… Mais son père il ne voulait pas.

Il tournait les talons quand il me voyait et même longtemps après, quand on était marié. C’est-à-dire que mon beau père s’était marié dans les mêmes conditions avec une jeune fille qui était plus âgée mais qui était malade, elle est morte au bout d’un an de mariage alors il voulait sans doute pas la même chose pour son fils.

On allait aussi à des retraites de temps en temps. Des moments de prières où on priait longtemps, on réfléchissait quoi.

Le curé qui mariait les gens, il avait essayé de dégouter mon mari. Il a dit: «vous voyez pas quand elle aura tel âge et vous tel âge comment vous serez tous les deux?». Il a dit: «vous, vous êtes grande et lui, il est petit». Il a essayé de le dégouter parce que moi je lui avais dit de voir un psychologue pour voir clair quoi, pour le dégouter un petit peu aussi. Rien n’y fait alors il a dit: «bon bin mariez-vous!».

Et puis une fois que j’ai dit oui et bin c’était oui. J’ai été longtemps à dire non.

Oh ça traine jamais chez nous! L’ensemble faut bien compter 3 mois.

Faut savoir ce qu’on veut. Après une fois que j’ai dit oui et bin c’était oui, je suis jamais revenue sur ma décision.

Aucun remord ! On a eu des difficultés, mon mari était courageux, très ingénieux. C’était un créateur.

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