Repos bien mérité

Un témoignage de Simone M,
né(e) le 18 août 1931
Mémoire recueillie à

La maison de repos – La Ciotat :

« Il y avait un cousin de la famille qui montait à la Ciotat. La Ciotat c’est entre Marseille et Toulon et c’était à l’époque une ville où l’on construisait les bateaux. Il y avait Saint Nazaire et il y avait la Ciotat. Cela représentait 5000 ouvriers, c’était très important. Donc moi je suis allée à cet endroit que je ne connaissais pas vraiment et ce cousin en question y avait monté une maison de repos pour mère et enfant. C’était un peu l’aventure pour lui, il avait vu çà ailleurs et il voulait faire pareil. Il voulait aider les femmes qui étaient désemparées. On recevait les mamans qui avaient eu des accouchements difficiles, des opérations délicates. Parce qu’à ce moment-là, on restait longtemps à l’hôpital. Ce n’est pas comme maintenant où on sort très vite. C’était très long !

Alors toutes ces femmes venaient avec leur enfants, cela allait des nouveaux nés quelques fois jusqu’à des enfants de 3 ans. C’est la sécurité sociale qui nous donnait le prix de journée. Il y avait un prix de journée pour la mère et un pour l’enfant. Et ce qu’il s’est passé c’est que le prix de journée des enfants aurait dû être supérieur à celui des mères parce qu’en fait on avait besoin de beaucoup de choses pour les enfants. Il y avait le lait, il fallait une puéricultrice, il fallait des auxiliaires de puériculture, un pédiatre. Le prix de journée des enfants finalement nous revenait plus cher que celui des mamans parce qu’en fait les mamans venaient pour se reposer, même s’il elles avaient des remèdes à prendre des fois.

C’était un travail très intéressant parce qu’on était en contact avec les mamans et avec les enfants.

J’étais secrétaire de direction, je m’occupais des dossiers. Quand le dossier arrivait, moi je regardais le dossier administratif. Le dossier médical, c’était le docteur qui le regardait et qui disait si on acceptait ou pas la personne. L’assistante sociale, bien souvent, elle nous envoyait des droguées qui étaient en rémission, c’était très embêtant, ça donnait une mauvaise image. Nous ce n’était pas ça qu’on voulait.

Il y en a qui se sont adaptées, qui sont restées et qui sont même sorties vraiment bien. Mais il y en a d’autres qu’on a du renvoyer parce que ça créait une mésentente dans la maison, entre elles et tout ça… C’était assez guignolesque au départ.

Alors donc je recevais ces dossiers, et moi je travaillais très souvent avec les assistantes sociales. Les assistantes sociales des hôpitaux, les assistantes sociales d’associations qui nous envoyaient les mamans et leurs bébés. Il fallait qu’elles arrivent avec la prise en charge de la sécu et de la mutuelle aussi. Généralement elles venaient pour un mois mais on pouvait prolonger aussi, selon l’état de la personne.

Quand elles arrivaient, c’était moi qui leur montrait la maison et qui leur montrait un peu tout. Il y avait des ergothérapeutes aussi, deux fois par semaine pour leur faire faire des activités.

Il y avait la cuisine, le cuisinier, une salle à manger. Elles étaient libres, elles faisaient ce qu’elles voulaient. Il n’y a que quand le médecin venait qu’elles étaient obligées de rester. On leur faisait faire des virées en bateau aussi. Certains soirs, on faisait des animations, c’était les mamans elles-mêmes qui préparaient çà. On a fait des fêtes qui étaient très bien.

Il y avait 30 chambres sur 3 étages. Elle était très bien et très mal située à la fois cette maison. Elle était au-dessus de la Ciotat dans une forêt de pins. Sur la terrasse on pouvait voir tout le Golfe de la Ciotat. Mais elle était trop loin du centre-ville. Alors, on faisait venir des taxis qui les emmenaient en ville, pour celles qui n’avaient pas de voiture, deux fois par semaine -surtout les jours de marché- parce qu’elles aimaient bien ça.

Les hommes n’étaient pas acceptés dans la maison. Ils pouvaient accompagner leur femme mais ils ne mangeaient pas en salle à manger, ils devaient aller à l’extérieur. Ça aurait fait des jalousies entre les mamans, pour celles qui n’avaient pas d’« homme ». On préférait que ce soit en dehors de la maison.

On a quand même tenu 20 ans et puis la maison a fermé. Toutes les maisons où il y avait des enfants, la sécurité sociale les a supprimées. Il y avait beaucoup de maisons d’enfants et ça faisait vivre la petite ville. Et petit à petit, la sécu a supprimé en disant que les enfants n’avaient pas besoin de tout ça, qu’ils devaient rester dans leur famille. Alors nous, on nous a diminué très souvent la prise en charge de la journée enfant alors qu’on aurait voulu qu’ils l’augmentent. Et petit à petit les maisons mère et enfants ont fermé.

Il y en a une qui est restée un peu plus longtemps, c’était la CAF qui l’avait ouverte mais elle n’est pas restée très longtemps après nous.

A l’époque j’avais 58 ans, je n’avais pas encore droit à toutes mes indemnités. Mais par un système où mon patron me versait quelque chose en plus de mes indemnités partielles, j’ai pu continuer à vivre comme çà sans avoir à rechercher de travail. J’ai été la seule parce que les autres étaient plus jeunes, elles ont dû retrouver du travail, ce n’était pas évident.

Je suis retournée à Marseille où j’avais des amis et encore une sœur. Mais la vie à Marseille n’est pas facile. Ma sœur aînée était à Angers, elle travaillait ici. Et j’ai une nièce aussi. Elles m’ont dit de venir les rejoindre. C’est vrai que j’avais des amis à Marseille mais il y a certaines choses qu’on ne peut pas leur dire. Et il y a 21 ans que je suis à Angers. »

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