Saga africa

Un témoignage de Annick G.,
né(e) le 3 juin 1937
Mémoire recueillie à

En 1964, alors que j’étais enceinte de notre 2ème enfant, mon mari pris un poste de technicien dans une mine de phosphate au Sénégal à 130 km de Dakar. Je le rejoignis donc quelques mois plus tard avec mon 1ère enfant. Je me faisais une joie de m’y rendre. La société avait déjà fait venir de nombreuses familles françaises et américaines sur place donc cela me rassurait un peu. Nous sommes resté là-bas environs 2 ans et demi. Le premier logement mit à notre disposition était assez sommaire. Le sol n’était pas carrelé, seulement du ciment. Nous avions pour seules fenêtres du grillage. Il n’y avait ni lave-linge ni de téléviseur mais nous avions l’eau courante et c’était déjà pas mal. Les sénégalais, eux, ne l’avaient pas. Ils étaient obligés de se rendre à un puit, donc de temps en temps j’en dépannais quelques uns. Pour me remercier, ils me ramenaient des poignées de cacahuètes et des œufs. Il est vrai que les gens là-bas étaient assez démunis. Les vaches étaient maigres et les enfants se baladaient en haillons, ce qui me faisait un peu mal au cœur mais le beau temps me réconfortait. Nous pouvions nous habiller légèrement pratiquement toute l’année. Ce qui était amusant c’est que pendant que nous, les occidentales, nous baladions avec des jupes courtes, les africaines étaient toutes les seins nus mais avaient interdiction de montrer leurs jambes sous peine d’amende. Là-bas, j’ai découvert, les mangues qui ne s’exportaient pas encore jusqu’en France, la viande de phacochère et le vin de palme. Je vis pour la première fois de ma vie, des singes en liberté et des baobabs. Mon mari s’amusait à ramasser les serpents et scorpions qui se baladaient non loin de notre maison pour les conserver dans des bocaux. Avec d’autres, je partais une fois par mois avec des grosses glacières à Dakar pour faire les courses car dans le village ou nous étions il n’y avait pas grand-chose à part des vendeurs ambulants, et leurs marchandises ne m’inspirais pas vraiment confiance. Après mon accouchement, la société de mon mari me proposa une place de secrétaire, métier que j’exerçais en France. J’ai accepté. Grâce à cela nous avons put avoir une maison un peut plus spacieuse, montée sur pilotis et surtout climatisée. Nous devions commencer de travailler très tôt afin de profiter de la fraîcheur matinale. Nous avions une coupure l’après midi car la chaleur était intenable. Comme je ne pouvais plus m’occuper de mes enfants et de mon intérieur, j’engageai une fille du coin. Vu qu’elle était très agréable, je lui permettais de dormir, partager nos repas et de se doucher chez nous lorsqu’elle le souhaitait. J’ai même songé à la payer un peu plus, mais tout cela fut très mal perçu par les autres, qui n’étaient pas aussi généreux avec leurs employés. Je me garda donc de le faire et me contenta de lui offrir quelques petits cadeaux de temps en temps. Pendant nos jours de repos, il nous arrivait de prendre un pour se rendre à la plage qui se situait à 7 km de chez nous. Souvent, l’océan était déchaîné. Il y avait tellement de gros rouleaux que des petits requins venaient s’échouer sur le sable. J’aurais aimé pouvoir explorer mieux le pays profond, mais les enfants étaient trop petits pour supporter la chaleur et les voitures n’étaient pas encore climatisées. Malheureusement, il fallait bien que tout cela s’arrête un jour ; beaucoup trop tôt à mon gout. Le retour en France fut assez difficile pour moi. Je n’arrivais pas à me réadapter au rythme et surtout au temps. Et puis le coût de la vie était beaucoup plus élevé. Je suis même arrivé au point d’acheter un livre sur l’Afrique et de nous imaginer vite repartir vers d’autres horizons. Bien que mon mari avait l’air de très bien se sentir en France je réussi à le persuader d’envoyer plusieurs C.V. afin de retourner à l’étranger. Un jour, une société fut prête à le prendre pour partir au Gabon. Je le poussai à accepter. On nous a fait voir où nous allions habiter. C’était paradisiaque. Nous avions reçu le contrat et même les billets d’avions lorsque je pris conscience qu’en fait ce rêve était le mien et non pas celui de mon mari. C’est pourquoi nous avons finalement décidé de refuser la proposition à la dernière minute. Et puis le temps est passé et les occasions ne se sont jamais représentées. A chaque fois que j’entends la chanson d’Aznavour : « Emmenez-moi » je repense à tous ces bons souvenirs en me disant qu’eux au moins, personne ne pourra jamais me les enlever. Et puis qui sait… il n’est jamais trop tard pour un petit voyage.

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