Souvenirs d’enfance

Un témoignage de Anne-Marie Lienhard,
né(e) le 22 septembre 1933
Mémoire recueillie à



Je suis née à Gumbrechtshofen, c’est un petit village près de Niederbronn, dans la région de Niederbronn. Et là-bas, j’allais à l’école primaire parce qu’il n’y avait pas encore d’école maternelle. Nous habitions un vieux presbytère, une grande maison sans confort. Il n’y avait pas d’eau courante, on avait une pompe à la cuisine, et en bas il y avait une cave, dans laquelle il y avait un escalier bien raide.


Nous avions aussi un jardin avec des légumes d’un coté, et même quelques plates-bandes et un tas de sable pour nous les enfants, pour jouer. Et de l’autre coté c’était plutôt un jardin aux arbres fruitiers et au fond du jardin, il y avait une grande cour avec une vieille grange, une étable, un grand réduit où l’on stockait notre charbon, et un vieux poulailler, parce que sans doute ça avait servi de ferme autrefois.


Dans notre grand jardin, en-dessous d’un noisetier, notre père nous avait accroché une balançoire et nous nous sommes régalés là-bas.


Ce n’était pas du tout le temps moderne encore. Je me souviens qu’une fois par semaine, il y avait une dame qui venait laver notre linge. Alors, on le faisait bouillir sur le four de la cuisine qui n’était pas encore électrique, ni à gaz, mais à bois. Et puis, elle allait avec un chariot au bord de la rivière et là-bas, il y avait des tables installées et alors elle le rinçait dans la rivière. Elle le savonnait et après elle revenait pour l’accrocher dans notre cour.


Les tapis aussi, on les suspendait dans notre cour et on les tapait avec une tapette, c’était tout à fait primitif. Mais nous, nous étions bien heureuses là-bas, c’était ma prime enfance. Je me rappelle notamment, de Pâques. Nous allions avec notre père dans la forêt chercher de la mousse. Avec des baguettes, on faisait une petite maison que l’on couvrait de mousse et alors le dimanche matin, le dimanche de Pâques, le lapin avait déposé des œufs là-dedans.


Ma sœur avait deux ans de plus que moi. Elle allait sur ses onze ans et moi sur mes neuf ans, quand mon père a accepté de partir à Illkirch. Il y avait le frère de ma mère qui était pasteur au village voisin, à Graffenstaden et le pasteur d’Illkirch, qui se nommait Binder venait, je crois, de mourir ou il partait en retraite. En tout cas le poste était libre. Et alors nous sommes allés à Illkirch. C’était en ce sens favorable parce que nous grandissions. Ma sœur allait déjà au cours complémentaire à Niederbronn et pour aller de Gumbrechtshofen à Niederbronn elle devait prendre le vélo jusqu’à la gare de Gundershofen. A Gundershofen, elle montait dans le train et allait jusqu’à Niederbronn et à Niederbronn, il fallait encore qu’elle marche un certain temps jusqu’ à son lycée. Donc c’était assez compliqué. Moi, je n’ai plus eu à faire cet exploit, car quand moi j’avais atteint l’âge pour aller en classe secondaire, on avait déjà déménagé à Illkirch. Alors, je suis encore allée à l’école primaire à Illkirch juste à côté du presbytère.


Une ou deux années après, je suis aussi partie à Strasbourg pour aller dans des classes secondaires. C’était en 1942. Alors, pendant une année, on n’avait pas classe du tout. C’était la guerre. Après je suis rentrée au lycée de jeunes filles qui n’était pas payant, parce que mes parents n’auraient pas pu payer l’école. On pouvait entrer au collège Lucie-Berger, mais là-bas on payait l’école. Et comme nous étions quatre enfants, mes parents ne pouvaient pas se permettre de payer l’école pour nous tous. Alors, nous sommes allées au lycée de jeunes filles et mes frères sont allés au Gymnase Protestant de Strasbourg.


Dans le tramway, nous rencontrions beaucoup de camarades qui allaient aussi à Strasbourg en classe.



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