Témoignage de Mme Philippe (100ans, AIMV de Valbenoîte)

Un témoignage de Françoise Philippe,
né(e) le 16 avril 1910
Mémoire recueillie à



Jeunesse et guerre


J’ai eu une enfance bien normal, mais après il y a eu la guerre de 1914 à 1918. J’avais 4 ans quand la guerre à commencé. Mon papa est parti, j’étais qu’avec maman. Mon père est resté deux ans en Allemagne puis après il est rentré car son métier était de faire des cercueils pour ceux qui ne pouvaient pas revenir. Durant la guerre, à St Etienne, on pouvait voir des gens aveugles, à qui il manquait un bras, une jambe… vous savez ça n’était pas formidable.


Malgré tout cela, je suis quand même allée à l’école jusqu‘à 12 ans mais je n‘aimais pas trop ça. On n’avait pas d’uniforme car j’étais dans une école laïque de filles mais on avait un ruban bleu blanc rouge qu’on portait sur l’épaule. Pour s’amuser, on jouait au palet (la marelle aujourd’hui).


En ce qui concerne ma jeunesse, je me suis mariée à 19 ans, un véritable mariage d’amour. C’est la chose la plus folle que j’ai faite durant toute ma vie!! Maintenant on ne se marie plus et ça va bien mieux comme ca, si j’avais vécu à cette époque et bien je ne me serais pas mariée. J’ai passé 50 ans de ma vie avec mon mari ce qui nous a valu d’avoir la médaille de st Etienne. Suite à ce mariage j’ai eu une fille.


J’ai travaillé dans les ceintures médicales pendant 37 ans, j’avais mon propre commerce, je travaillais pour la sécurité sociale.


J’ai connu la guerre de 1914 à 1918 mais aussi celle de 1939 à 1945. Durant la seconde guerre mondiale, avant de commencer l’école, tous les enfants chantaient « Maréchal nous voilà, nous allons la gagner cette guerre, Maréchal nous voilà tous les petits Français sont là. »


Il y avait le couvre feu et des croisillons derrière les fenêtres pour les consolider lors des bombardements. Durant la nuit on pouvait entendre les sirènes, elles nous avertissaient pour qu’on se mette à l’abri. Il y avait les tickets de rationnement, j’avais droit à un supplément car j’étais enceinte.


Mon mari était patron, il avait donc le droit d’employer des allemands. Il allait les chercher en camion, puis ils passaient le reste du séjour dans cette entreprise, ils dormaient sur place. Une fois arrivés, ils s’habillaient en civil et profitaient de leur temps libre pour aller se promener. Entre nous, ils étaient bien mignon, ce qui à mener certains à avoir des enfants avec des françaises. Mais une fois la guerre finit, ces filles se sont fait raser la tête, en public, sur une estrade, car c’était très mal vu par le reste de la population.


La vie à St Etienne


A St Etienne, tout me plait, j’aime et j’aimerais toujours cette ville.


Vous savez les lyonnais et les stéphanois s’aimaient pas, « on n’aimait pas les lyonnais ! Oh non, on ne les aimait pas! »


Le St Etienne de maintenant et celui d’avant, c’est plus pareil. La ville à beaucoup évoluée durant ce dernier siècle. A mon époque, il y avait les patères qui ramassaient les chiffons pour les porter dans les usines. Et puis il y avait la marchande de fromage qui passait de rue en rue en criant « voilà les fromages à la crème ». Et la marchande de hareng qui criait, « voilà les harengs frais, aux œufs, au lait ». Et l’aiguiseur de couteaux.


J’ai aussi vu l’évolution des tramways, les tous premiers étaient à vapeur et étaient aérés.


De plus c’était l’époque où les mines étaient encore en service. La ville de St Etienne, était une ville très sale, noir. On avait toujours les pieds noir et les cols de chemises étaient vite sale, alors on pouvait ne pas changer de chemise mais changer uniquement le col. On se chauffait au charbon et lorsqu’on nous livrait, il en tombait presque plus à coté que dans le containeur.


L’hôtel de ville était mieux avant, on entendait sonner la grande horloge tous les quarts d’heure. Même en étant loin, on entendait quand même l’horloge. Et puis, on entendait les cornes de la manufacture quand c’était midi et une autre quand il fallait reprendre le travail.


Une des rare choses qui n’a pas changé, c’est la rivalité entre les lyonnais et les stéphanois. « On n’aimait pas les lyonnais! Oh non on ne les aimait pas! »



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