Tiena, la coiffeuse

Un témoignage de Tiena Barbeau,
né(e) le 4 juin 1916
Mémoire recueillie à

Je suis née le 4 juin 1916, pendant la guerre. Ma Maman était mariée et son mari n’était pas français puisque moi je m’appelle Tiena. Mon père était un estonien. Il est venu en France par les bateaux parce qu’avant il y avait pas mal de bateaux qui rentraient à Gravelines. Elle l’a connu là, ils se sont mariés à Gravelines. Je suis née à Gravelines. Moi, mon père, je ne l’ai jamais connu, il est mort en avril à cause de la guerre. Et puis Maman m’a élevée toute seule comme ça à Gravelines en basse ville. Elle tenait un café, Maman ! Alors moi, j’ai été élevée là avec Maman et mes tantes. Je n’avais ni frère ni sœur ! Alors après, elle voulait que je sois institutrice, quelque chose comme ça, Maman. Mais… moi… non… ce n’est pas ça ! Je voulais être coiffeuse mais avant pour être coiffeuse il fallait aller aussi à l’école. Mais dans le temps passé, dans c’temps-là, y avait pas d’école par ici. Alors à ce moment-là, les mamans, elles nous laissaient pas partir comme maintenant. Vous, les enfants, vous avez une chance formidable. On n’avait pas le droit de partir de la maison. Il fallait être gardienne, toujours garder… Mais j’ai quand même été coiffeuse après, quand j’ai grandi, parce que, après sur Calais, on a pu aller dans une école de coiffeuse. Maintenant, on appelle ça des écoles. Avant c’était une dame qui apprenait comme ça. Maman avait séparé son café en deux pour faire un salon de coiffure à côté. Oui, d’un côté, c’était coiffeuse et l’autre côté son café. Et je suis restée là sans doute un bon moment. J’ai tenu le salon de coiffure jusqu’en 1945 puis j’ai arrêté et je suis devenue mère au foyer. J’ai connu mon mari longtemps en avance. Disons que nous étions rien l’un pour l’autre, que des amis. Maman le connaissait bien et moi aussi je le connaissais bien, il venait au café. Il venait déposer son vélo dans le couloir du café. Mon mari était un instituteur. Il est allé à l’école normale. Il était du Pas de Calais, d’Arras.

array(0) { }